Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, II.djvu/675

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livres, c’est-à-dire, un contre quarante-cinq, & la plus grande force qu’il donne au cœur est la force de la percussion. Voyez encore comment le D. Drake Anglois explique le mouvement de systole & de Diastole dans les Transactions philosophiques, n. 180.

☞ Schenchius parle d’un homme qui n’avoit pas de cœur, ce que Molinetti traite de fable ; il nie même qu’il puisse y avoir deux cœurs dans un même homme, quoiqu’on ait des preuves incontestables qu’on en a trouvé deux dans un même corps. Il y a divers insectes qui en ont naturellement plusieurs. Les vers-à-voie ont une chaîne de cœurs qui s’étend depuis une extrémité de leur corps jusqu’à l’autre. On a trouvé des cœurs que des vers avoient rongé & dévoré.

☞ Muret a trouvé le cœur de quelques bandits revêtus d’une espèce de duvet. Ce qu’il y a de plus extraordinaire, est qu’on a vu des personnes dont le cœur étoit renversé ou tourné de haut en bas. Témoin une femme qu’on pendit il a quelque temps en Saxe, & un homme qui souffrit le même supplice à Paris. Journ. des Sav.

Ce mot vient du latin cor, du grec κέαρ, dont on fait par contraction κῆρ. On dit le mouvement du cœur, le battement du cœur, palpitation du cœur, épanouissement du cœur. Ac. Fr.

On appelle cœur chez les Botanistes, le fond ou le milieu de la fleur. Il y en a de deux sortes, les uns sont grenés, & les autres fleuris. Les grenés sont composés de plusieurs filets qui ont au bout de petits grains attachés, comme dans les tulipes & les lis, qui ne sont pas une graine, car ils se résolvent en poudre. Les cœurs fleuris, comme ceux des soucis, des fleurs de tanaisie, & autres, sont ordinairement appelés étamines, parce qu’on les croit composés de filets simples que l’on considère quasi stamina. Mais Monsieur Grew soûtient qu’ils sont mal nommés, & que ceux qu’on croit n’être que des filets simples, sont eux-mêmes composés de plusieurs parties qui ont toutes des figures différentes, fort régulières & fort agréables ; c’est pourquoi il les appelle fleurons. Les Fleuristes ordinaires ne font point ces distinctions.

Cœur se dit aussi, en termes de Botanistes, de la partie intérieure d’un arbre, ou d’une plante, partie qui est molle, moëlleuse & spongieuse, que l’on appelle aussi la moëlle, ou la matrice de l’arbre. Arboris medulla. Harris. Dans l’usage ordinaire, ce que nous nommons le cœur d’un arbre, est le bois le plus dur qui est sous l’aubier. Robur. Les Botanistes se servent aussi de ce mot dans la description de quelques feuilles qui ont la figure d’un cœur. Feuille faite en cœur, cordatum folium. Feuilles faite en cœur renversé. Obverse cordatum. Voyez Cordiforme.

Cœur se prend quelquefois pour l’estomac, ou la partie où se fait la digestion, qui donne des forces au cœur, stomachus, pectus. Cette graisse lui est demeurée sur le cœur, s’est figée sur son cœur, lui a fait bondir le cœur, lui a fait mal au cœur, lui a fait soulever le cœur. Les Grecs ont appelé καρδία, ce que nous appelons l’estomac, comme a remarqué Scaliger.

☞ Le mot de cœur se prend aussi quelquefois comme synonyme à bravoure, courage, intrépidité, valeur. Animus. Le cœur bannit la crainte ou la surmonte ; il ne permet pas de reculer, & tient ferme dans l’occasion. Il entre dans l’idée des mots cœur, courage, valeur, plus de rapport à l’action, que dans les mots bravoure, intrépidité ; mais les deux derniers renferment dans leur idée particulière un certain rapport au danger que les premiers n’expriment pas. Il faut que le cœur ne nous abandonne jamais, le cœur soûtient dans l’action. M. l’Abbé Girard.

☞ On dit, en style familier, mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu’un ; pour dire, lui donner, lui rendre courage.

☞ On dit proverbialement faire contre fortune bon cœur ; pour dire, témoigner du courage dans l’adversité.

☞ On dit encore proverbialement, il a le cœur haut, & la fortune basse.

Cœur signifie encore force, vigueur. En parlant d’un malade, on dit qu’il a le cœur bon ; pour dire, que son courage se soûtient, qu’il a encore des forces. Ce cheval, cet oiseau est en cœur, c’est-à-dire est en force, en vigueur. Ac. Fr.

Cœur se dit figurément, & signifie l’ame, & ses principales fonctions, parce que quelques Médecins, & entres autres, Fernel, ont cru que les principales parties de notre ame résidoient dans le cœur, comme l’entendement, la volonté, la mémoire. Cor, animus, voluntas. Dieu est le scrutateur des cœurs ; c’est-à-dire, il connoît, il voit toutes nos pensées. Il faut offrir son cœur à Dieu ; c’est-à-dire, lui sacrifier toutes nos volontés, tous nos desirs.

Par la pénétration de l’esprit, on connoît ce qu’il y a de plus juste à dire, & par le cœur bien fait, ce qu’il y a de plus raisonnable à faire. S. Evr. Sans la droiture du cœur rien ne s’exécute bien ; & sans le secours de l’esprit, le cœur ne sait quel parti il faut prendre. Id. Dieu veut des cœurs purs, & dégagés des intérêts du monde. Pasc. Il est difficile de ramener votre cœur à Dieu, & de le retrouver après l’avoir laissé errer dans le monde d’objet en objet. Flech. Comme Platon n’eut rien à démêler avec la fortune, son cœur fut plus tranquille, & sa conduite plus vertueuse. P. Rap. Un homme, selon le cœur de Dieu, est une expression familière aux Prédicateurs, & dans la spiritualité, pour signifier un homme agréable à Dieu, qui lui obéit, qui le contente, &c. Elle est tirée du I. Liv. des Rois, XIII, XIV, où Samuel dit à Saül que Dieu a cherché un homme selon son cœur, pour le faire régner sur son peuple.

Je veux que l’on soit homme, & qu’en toute rencontre
Le fond de notre cœur dans nos discours se montre ;
Que ce soit lui qui parle. Mol.

Un cœur né sur le trône ignore comme on tremble. Corneille.

On dit que le cœur des Rois est dans la main de Dieu ; pour dire, qu’il dispose de leurs volontés ; qu’il les tourne comme il lui plaît. On dit qu’un homme a le cœur haut, bien placé, qu’il n’a rien de bas dans le cœur ; pour dire, qu’il a l’ame grande & élevée. On dit aussi, le cœur me le disoit bien ; pour dire, je m’en doutois, je l’ai bien prévû. On dit qu’un homme a le cœur sur ses lèvres ; pour dire, qu’il est sincère, qu’il dit vrai. On dit qu’on veut avoir le cœur net de quelque chose ; pour dire, qu’on en veut savoir la vérité. On dit, savoir quelque chose par cœur ; pour dire, l’avoir dans sa mémoire. Aliquid memoriter tenere.

Cœur signifie le siège des passions. On appelle cœur, l’ame, en tant qu’elle a des affections de haine ou de colère, &c. Animus, cor. Il n’y a point de mer plus agitée que le cœur ; les passions, comme les flots, s’y poussent successivement. S. Evr. Pour bien peindre les mœurs, il faut avoir bien étudié le cœur humain & tous les divers mouvemens dont il est capable. Quand l’orateur est entré dans le cœur de ses auditeurs, il les tourne comme il veut. P. Rap. Pour bien connoître l’homme, il faut descendre dans son cœur, afin d’y voir former les passions. S. Evr.

☞ Le cœur a son langage, comme l’esprit a le sien : & une expression du cœur fait bien souvent les plus grands effets. Bouh. L’éloignement du bruit appaisera-t-il les troubles du cœur, si la raison ne s’en mêle ?