Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, III.djvu/564

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voyance est nécessaire à un Général. Sar. L’Eglise souffre quelquefois les scandales par économie.

☞ Ce mot, dans une signification plus étendue, se dit, au figuré, de l’ordre par lequel un corps politique subsiste principalement. Renverser toute l’économie d’un État.

Économie Légale. Legalis. C’est la manière dont Dieu jugea à propos de conduire son peuple, par le ministère de Moïse. Elle comprenoit non-seulement les lois politiques & cérémoniales, mais aussi la loi morale, en tant qu’elle prononçoit malédiction contre tous ceux qui ne l’accompliroient pas parfaitement. L’économie légale n’avoit pas la force de sanctifier les hommes.

Économie Evangélique, Evangelica, se dit par opposition à l’économie légale, & renferme tout ce qui appartient à l’alliance de grâce que Dieu a traitées avec les hommes par Jésus-Christ.

On appelle en Pologne, Économies Royales, les biens affectés pour l'entretien de la Maison du Roi.

Économie, se dit encore, au figuré, de l’ordre, de la juste disposition des choses, de l’harmonie qui est entre les différentes parties, ou les différentes qualités d’un corps physique. On le dit de même de la disposition d’un dessein, de la distribution d’un discours, du plan, de l’ordre, de la proportion d’un bâtiment. Harmonia. Voyez Harmonie. C’est une chose admirable que l’économie & la disposition des parties du corps humain, & de voir comme chacune fait régulièrement ses fonctions.

Économie animale. Termes impropres, dont on se sert quelquefois pour désigner l’animal même. De-là ces façons de parler abusives, mouvemens, fonctions de l’économie animale. À parler exactement, cette dénomination ne regarde que le méchanisme, l’ordre, l’ensemble des fonctions & des mouvemens qui entretiennent la vie des animaux, dont l’exercice parfait constitue l’état de santé, dont le moindre dérangement est par lui-même maladie, & dont la cessation est la mort. C’est dans ce sens qu’on dit, mouvemens, lois de l’économie animale.

L’économie d’un bâtiment est l’art de ménager le terrein, & de distribuer les appartemens de la manière la plus convenable & la plus commode. L’économie d’un tableau. L’économie du dessein. Une belle économie.

Ce mot, dans ce sens, s'applique aux mystères de la Religion, & aux matières de la Théologie ; & on appelle économie, la disposition des choses que la Providence a faites concernant l'incarnation du Verbe, & ce que Jesus-Christ a fait sur la terre pour sauver les hommes. Ce mot est pris de l'Ecriture, où S. Paul appelle cette conduite de Dieu Ὸικονομια, que S. Jérôme a traduit par dispensatio. Voyez Ephes. I. 10. III. 29. Coloss. I. 25.

ÉCONOMIQUE. adj. Qui appartient à l’économie. Œconomicus. On donne ce nom dans l’école à la Morale, en tant qu’elle donne des préceptes pour bien conduire & régler une famille.

☞ Les Philosophes divisent la Morale en monastique, qui regarde l’homme particulier, en économique, qui concerne l’homme considéré dans sa famille, & en politique, qui le considère par rapport à l’état. Sagesse, prudence économique.

☞ Ce mot est aussi substantif féminin, & désigne cette partie de la Morale qui concerne le gouvernement d’une Province. Aristote a écrit deux livres de l’Economique.

Économique. s. m. Ce mot signifie proprement un Exécuteur testamentaire, l’exécuteur des dernières volontés d’une personne, celui qui a l’économie, &, si l’on peux ainsi parler, la disposition fiduciaire, c’est-à-dire, qui a par fidei commis la disposition des biens d’un homme mort. Œconomicus. Harris. Cela doit s’entendre de l’Angleterre.

ÉCONOMIQUEMENT. adv. D’une manière économique. Œconomicè, prudenter. Dans ce monastère


on vit fort économiquement ; il ne s’y fait aucune dissipation.

ÉCONOMISER. v. a. Gouverner, administrer avec économie. Il a bien économisé les revenus de cette terre, de cette Abbaye.

Économisé, ée. part. Des revenus bien économisés.

ÉCOPE. s. f. Terme de Batelier. Espèce de pelle creuse qui sert à vider l'eau des bateaux sur les rivières.

Ce mot vient de scopa, ou plutôt de ascopa, qui est un vaisseau portatif ou l'on met de l’eau, donc il est parlé dans Judith, Chap. 10. selon Du Cange.

Écope, est aussi un terme de Chirurgie, qui signifie, Division des parties charnues, par laquelle on tranche & coupe une partie gangrenée, ou chancreuse. Deg.

ÉCOPERCHE. s. f Terme d'Architecture. Pièce de bois avec une poulie, qu'on ajoute au bec d'une grue ou d'un engin, pour lui donner plus de volée.

On nomme aussi Ecoperches toutes pièces de bois de brin, qui servent à porter les échafauts. Pestica.

ÉCORCE. s. f. La partie extérieure des arbres, qui leur sert de couverture, de peau. Cortex. L'écorce du chêne battue sert à faire du tan. Les Sauvages de l'Amérique font des canots d'écorce de bouleau qui tiennent jusqu'à vingt-quatre personnes. On fait des cordes de puits avec la petite écorce de tilleul. Les écorces d'aunes servent à la teinture. Les Amans marquent leurs noms & leurs chiffres sur l’écorce des arbres. Les Anciens écrivoient sur des écorces, principalement du frêne & du tilleul, non pas sur l'écorce extérieure, mais sur l'écorce intérieure, qui est sous l'autre, plus mince, plus déliée, cortex interior, tenuis tunica, tunicuia, liber. Fortunat en parle, Voyez au mot Cortical.

Scribere quo possis difcingat fascia sagum
Cortice dicta legi fit mihi dulce tui.

Ce mot vient du Latin cortex.

Écorce, se dit aussi de la peau ou enveloppe de quelques fruits, quand elle est épaisse. De l'écorce de grenade. Mali corium. On fait des confitures exquises de l'écorce de citron, de melon, d'orange, &c.

Écorce, se dit, figurément, pour signifier, la superficie, l'apparence, la surface extérieure des choses. Species. Le peuple ne regarde les choses que par l'écorce, ne juge que par l'apparence. Les ignorans ne veulent point pénétrer dans le fond des sciences, ils s'arrêtent à l'écorce. Le vulgaire s'arrête à l'écorce & aux apparences. Pat. Ceux qui parlent avec tant de facilité, ne s'attachent d'ordinaire qu'à l'écorce des choses. S. Evr. Il est des amis agréables qui amusent ; mais ils n'ont que l'écorce ; pour peu qu'on approfondisse, on n'y trouve pas son compte. M. Scud.

☞ Rousseau, dans une de ses odes, a appliqué ce mot à l'eau, en le prenant pour glace.

Et les jeunes Zéphirs, par leurs chaudes haleines,
Ontfondu l'écorce des eaux.

Cette métaphore paroît trop hardie & peu naturelle. Ecorce & fondre ne peuvent aller ensemble, parce qu'il y a de la disconvenance entre ces deux mots.

On dit, proverbialement, qu'il ne faut pas mettre le doigt entre le bois & l'écorce, pour dire, qu'il ne faut pas se mêler des différends qui naissent entre gens qui sont proches, comme entre le mari & la femme, les frères & les sœurs.

ÉCORCER. v. a. Ôter l'écorce du bois. Decorticare, delibrare. Il faut écorcer le bois en Mai, parce qu'en ce temps, la sève fait séparation du bois d'avec l'écorce. Il est très-difficile en une autre saison de le faire. Il faut le faire aussi lorsque l'écorce est trop sé-