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Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome III.djvu/15

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GABAON

six. Les mêmes auteurs, à propos de Béroth, Onomastica, p. 103, 233, semblent, si l’on prend à la lettre et physiquement l’expression « sous Gabaon », placer cette dernière à moins de sept milles (dix kilomètres) de Jérusalem sur la route de Nicopolis, ‘Amoas, suivant Eusèbe, de Néapolis, Naplouse, suivant saint Jérôme. Nous avons exposé, à l’article Béroth 2, t. i, col. 1621, les difficultés qui naissent de ces textes et les réponses qu’on y peut faire.

C’est principalement sur l’autorité de cette assertion, concernant directement Béroth, indirectement Gabaon, qu’une opinion récente place la première de ces localités à El-Djîb, et la seconde à Nébi-Samuïl. Cf. L. Heidet, Maspha et les villes de Benjamin, dans la Revue biblique, Paris, 1894, p. 321-356. Depuis plusieurs siècles on désigne par le nom du « prophète Samuel », Nébi Samüil, la mosquée bâtie au sommet de la plus haute colline (895 mètres) des environs de Jérusalem ; le sanctuaire a communiqué son nom au petit village arabe qui s’est formé autour et à la montagne elle-même. Du haut du minaret le regard embrasse un vaste horizon, d’un côté vers la Méditerranée, de l’autre vers le Jourdain. De nombreux débris du passé, une piscine, des tombeaux taillés dans le roc, attestent l’existence d’une antique cité. El-Djîb, situé à une petite distance au nord, est un bourg de cinq cents habitants, couronnant une belle colline, moins élevée (710 mètres), aux gradins à la fois naturels et artificiels. Plusieurs maisons, intérieurement voûtées, paraissent fort anciennes. Quelques citernes, creusées dans le roc, doivent remonter à une époque assez reculée. Tous les palestinologues, s’appuyant sur le nom et les données générales de l’Écriture indiquées plus haut, reconnaissent là Gabaon.

Quelles seraient donc les raisons de préférer Nébi-Samouïl ? Outre le témoignage d’Eusèbe et de saint Jérôme, on apporte celui de saint Épiphane, Adv. hær., XLVI, 5, t. xli, col. 844, qui, parlant des points les plus élevés aux alentours de Jérusalem, cite le mont des Oliviers, puis ajoute : « À huit milles, est Gabaon, le plus élevé de tous. » Mais on convient que la distance ne s’applique pas exactement à Nébi-Samouïl. — Ensuite, dans l’Itinéraire de sainte Paule, nous voyons la pieuse pèlerine montant d’Emmaüs par Béthoron à Jérusalem, et « apercevant à droite Aïalon et Gabaon » (cf. saint Jérôme, Epist. cviii, t. xxii, col. 883), ce qui suppose que cette dernière ville n’était pas sur l’ancien chemin de Béthoron à Jérusalem, détail vrai pour Nébi-Samouïl, mais non pour El-Djîb. En réalité, El-Djîb est à une petite distance de la route en question, qui laisse le village un peu à droite. — Les quarante stades de Josèphe, Ant. jud., VII, xi, 7, conviennent à Nébi-Samouïl. Oui, mais les cinquante de Bell. jud., II, xix, 1, conviennent mieux à El-Djîb. C’est une autorité qui se neutralise, et qu’il vaut mieux laisser de côté. — La Bible enfin, III Reg., iii, 4, appelle Gabaon « le haut lieu le plus grand, » ḥab-bâmâh hag-gedôlâh ; les Septante ont traduit : αὔτη [Γαβαὼν] ὑψηλοτάτη καὶ μεγάλη, « Gabaon était la plus élevée et la plus grande, » paraphrasant ainsi, croit-on, le mot gedôlâh, pour qu’on ne le prenne point dans le sens purement moral. Il y a pour nous ici une mauvaise traduction ; il fallait littéralement : αὔτη τὸ ὑψηλόν τὸ μέγα, « Gabaon était le haut lieu le plus grand, » c’est-à-dire le plus important. On sait que le bâmâh ou les bâmôṭ, τὰ ὑψηλά, désignent les collines ou les « hauts lieux » sur lesquels en offrait des sacrifices. Or, parmi ceux qui étaient consacrés à Jéhovah, « le plus grand, » non au point de vue physique, mais au point de vue moral, était Gabaon. Si l’arche d’alliance était à ce moment sur le mont Sion, l’ancien tabernacle et l’autel des holocaustes étaient bab-bâmâh ăšér be-Gibʿôn, « sur le haut lieu qui était à Gabaon. » I Par., xvi, 39 ; II Par., i, 3, 4. C’est pour cela que cet endroit était réputé le plus grand des lieux de sacrifice et que Salomon s’y rendit. On ne comprendrait guère, du reste, que le roi l’eût choisi de préférence uniquement en raison des 150 ou 200 mètres qui l’élèvent au-dessus des collines environnantes. C’est cette grandeur morale qu’y voient généralement les commentateurs et qui ressort le plus naturellement du contexte.

Ajoutons maintenant en faveur d’El-Djîb deux considérations tirées de l’histoire. Les rois amorrhéens vaincus par Josué sous les murs de Gabaon s’enfuient du côté de l’ouest, « par le chemin qui monte vers Béthoron. » Jos., x, 10. Cette marche s’explique très bien avec El-Djîb qui se trouve sur la voie en question ; tandis que, pour Nébi-Samouïl, il semble que les ennemis devaient plutôt se précipiter par la route de Biddou et de Qoubéibéh. Le même fait se reproduit plus tard sous Cestius Gallus, qui, laissant le siège de Jérusalem pour battre en retraite, gagne avec peine son camp de Gabaon, puis, après deux jours de perplexités, s’avance vers Béthoron, ayant abandonné tout ce qui pouvait le retarder. C’est d’ailleurs le chemin qu’il avait suivi pour venir attaquer la ville sainte. Cf. Josèphe, Ant. jud., VII, xi, 7 ; Bell. jud., II, xix, 1.

Nous ne faisons pas difficulté d’avouer que le nom actuel الجيب, El-Djîb, ne représente qu’à demi l’hébreu נִּבְעוֹן, Gibʿôn. On peut s’étonner surtout de la chute de la gutturale, ע, âïn, alors que جبع, Djebaʿ, a gardé celle de נֶּבַע, Gébaʿ. Voir Gabaa 2. Il arrive parfois cependant qu’une gutturale, à la fin des mots, disparaît, compensée seulement par une voyelle longue, ainsi : Gilboʿa est devenu Djelbûn ; Yânôaḥ, Yânûn ; Neftôaḥ Liftâ. Cf. G. Kampffmeyer, Alte Namen im heutigen Palästina, dans la Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, t. xv, 1892, p. 26, 71. El-Djîb peut donc être regardé comme une forme abrégée de Gabaon ; il la reproduit assez bien pour ne céder que devant des témoignages historiques incontestables qu’il nous faut attendre encore. On avouera, en tous cas, que ce mot rappelle mieux Gabaon que Béroth. — On trouve sur les listes égyptiennes de Karnak, peu après Bierôtu, la Béroth de Benjamin (no 109), le nom de Hiéroglyphe égyptien Gabau, Gabâu (no 114). A. Mariette, Les listes géographiques des pylônes de Karnak, Leipzig, 1875, p. 43, y voit Gabaa de Juda ; mais M. Maspero, Sur les noms géographiques de la liste de Thoutmès III, qu’on peut rapporter à la Judée, extrait des Transactions of the Victoria Institute, 1888, p. 19, y reconnaît plutôt « Gibʿâh, aujourd’hui El-Djîb ». Le savant auteur a sans doute voulu dire Gibʿôn, puisque le combat entre les gens de Joab et d’Abner, qu’il mentionne, eut lieu, non auprès de Gabaa, mais de Gabaon. Cf. II Reg., ii, 12, 13. C’est ainsi que, pour lui, le no 112 de la liste, Khalokatu, est identique à ce Ḥélqaṭ haṣṣurîm, ou « champ des vaillants », d’après la Vulgate, où se passa l’épisode en question. Cf. II Reg., ii, 16. Il partage l’opinion de M. Tyrwhitt Drake, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, Londres, 1873, p. 101, qui pense que l’ouadi el-Askar, « la vallée des soldats, » au nord du village d’El-Djîb, représente cet endroit, et est une traduction ou une réminiscence du nom hébreu. Dans ce cas, le mot qui précède immédiatement Gabaon, c’est-à-dire ʿEn-ganâmu, serait la source d’El-Djîb.

Il y a, en effet, une source abondante appelée ʿAïn el-Djîb, à une faible distance à l’est du village, au pied d’un monticule actuellement cultivé et couvert de superbes oliviers et de grenadiers, autrefois compris dans l’enceinte de l’antique cité. Elle est renfermée dans une grotte oblongue, qui a été régularisée et agrandie par la main de l’homme. On y descend par plusieurs degrés ; l’eau est fraîche et limpide. Avec plusieurs autres, qu’on voit autour de la ville, elle représente bien « les eaux