Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/283

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de-velours, que d’entrer furtivement chez une femme, à propos de rien : car on ne pensait de ces visites que ce qui en était ; et madame jouissait déjà de cette réputation de vertu qu’elle a si bien soutenue depuis.

— Mais il y a un siècle de cela, dit Fadaès. Ce fut à peu près dans ce temps que Zulica fit faux bond à M. le sélictar qui était bien son serviteur, pour occuper Grisgrif qu’elle a planté là six mois après ; elle en est maintenant à Fortimbek. Je ne suis pas fâché de la petite fortune de mon ami ; je la vois, je l’admire, et le tout sans prétention.

— Zulica, dit la favorite, est pourtant fort aimable ; elle a de l’esprit, du goût, et je ne sais quoi d’intéressant dans la physionomie, que je préférerais à des charmes.

— J’en conviens, répondit Fadaès ; mais elle est maigre, elle n’a point de gorge, et la cuisse si décharnée, que cela fait pitié.

— Vous en savez apparemment des nouvelles, ajouta la sultane.

— Bon ! madame, reprit Hannetillon, cela se devine. J’ai peu fréquenté chez Zulica, et si[1], j’en sais là-dessus autant que Fadaès.

— Je le croirais volontiers, dit la favorite.

— Mais, à propos, pourrait-on demander à Grisgrif, dit le sélictar, si c’est pour longtemps qu’il s’est emparé de Zyrphile ? Voilà ce qui s’appelle une jolie femme ; elle a le corps admirable.

— Eh ! qui en doute ? ajouta Marmolin.

— Que le sélictar est heureux ! continua Fadaès.

— Je vous donne Fadaès, interrompit le sélictar, pour le galant le mieux pourvu de la cour. Je lui connais la femme du vizir, les deux plus jolies actrices de l’opéra, et une grisette adorable qu’il a placée dans une petite maison.

— Et je donnerais, reprit Fadaès, et la femme du vizir, et les deux actrices, et la grisette, pour un regard d’une certaine femme avec laquelle le sélictar est assez bien, et qui ne se doute seulement pas que tout le monde en est instruit ; » et s’avançant ensuite vers Léocris : « En vérité, madame, lui dit-il, les couleurs vous vont à ravir…

  1. Pourtant. Voir le Bourgeois gentilhomme, acte III, scène v.