Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/365

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vous demeurerez, continua-t-il : j’ai besoin de vos conseils, et madame, de votre société. Le bien de mon empire et la satisfaction de Mirzoza l’exigent, et cela sera. »

Sélim, touché des sentiments de Mangogul et de la favorite, s’inclina respectueusement, demeura à la cour, et fut aimé, chéri, recherché et distingué, par sa faveur auprès du sultan et de Mirzoza.



CHAPITRE L.


événements prodigieux du règne de kanoglou, grand-père de malogul.


La favorite était fort jeune. Née sur la fin du règne d’Erguebzed elle n’avait presque aucune idée de la cour de Kanoglou. Un mot échappé par hasard lui avait donné de la curiosité pour les prodiges que le génie Cucufa avait opérés en faveur de ce bon prince ; et personne ne pouvait l’en instruire plus fidèlement que Sélim : il en avait été témoin, y avait eu part, et possédait à fond l’histoire de ces temps. Un jour qu’il était seul avec elle, Mirzoza le mit sur ce chapitre, et lui demanda si le règne de Kanoglou, dont on faisait tant de bruit, avait vu des merveilles plus étonnantes que celles qui fixaient aujourd’hui l’attention du Congo.

« Je ne suis point intéressé, madame, lui répondit Sélim, à préférer le vieux temps à celui du prince régnant. Il se passe de grandes choses ; mais ce n’est peut-être que l’essai de celles qui continueront d’illustrer Mangogul ; et ma carrière est trop avancée pour que je puisse me flatter de les voir.

— Vous vous trompez, lui répondit Mirzoza ; vous avez acquis et vous conservez l’épithète d’éternel. Mais dites-moi ce que vous avez vu.

— Madame, continua Sélim, le règne de Kanoglou a été long, et nos poëtes l’ont surnommé l’âge d’or. Ce titre lui convient à plusieurs égards. Il a été signalé par des succès et des victoires ; mais les avantages ont été mêlés de revers, qui montrent que cet or était quelquefois de mauvais aloi. La cour, qui donne le ton au reste de l’empire, était fort galante. Le sultan avait des