Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, IV.djvu/378

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dans les siennes et il avait les yeux fixés sur les siens : Zaïde, penchée sur ses genoux, lançait à Zuleïman des regards animés de la passion la plus vive. Ils gardèrent quelque temps cette situation ; mais cédant au même instant à la violence de leurs désirs, ils se précipitèrent entre les bras l’un de l’autre, et se serrèrent fortement. Le silence profond qui, jusqu’alors, avait régné autour d’eux, fut troublé par leurs soupirs, le bruit de leurs baisers, et quelques mots inarticulés qui leur échappaient… « Vous m’aimez !… — Je vous adore !… — M’aimerez-vous toujours ?… — Ah ! le dernier soupir de ma vie sera pour Zaïde… »

Mangogul, accablé de tristesse, se renversa dans un fauteuil, et se mit la main sur les yeux. Il craignit de voir des choses qu’on imagine bien, et qui ne furent point… Après un silence de quelques moments : « Ah ! cher et tendre amant, que ne vous ai-je toujours éprouvé tel que vous êtes à présent ! dit Zaïde, je ne vous en aimerais pas moins, et je n’aurais aucun reproche à me faire… Mais tu pleures, cher Zuleïman, Viens, cher et tendre amant, viens, que j’essuie tes larmes… Zuleïman, vous baissez les yeux : qu’avez-vous ? Regardez-moi donc… Viens, cher ami, viens, que je te console : colle tes lèvres sur ma bouche ; inspire-moi ton âme ; reçois la mienne : suspends… Ah ! non… non… » Zaïde acheva son discours par un soupir violent, et se tut.

L’auteur africain nous apprend que cette scène frappa vivement Mangogul ; qu’il fonda quelques espérances sur l’insuffisance de Zuleïman, et qu’il y eut des propositions secrètes portées de sa part à Zaïde qui les rejeta, et ne s’en fit point un mérite auprès de son amant.



CHAPITRE LIII.


l’amour platonique.sc


« Mais cette Zaïde est-elle donc unique ? Mirzoza ne lui cède en rien pour les charmes, et j’ai mille preuves de sa tendresse : je veux être aimé, je le suis ; et qui m’a dit que Zuleïman l’est plus que moi ? J’étais un fou d’envier le bonheur d’un autre. Non, personne sous le ciel n’est plus heureux que Mangogul. »