Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 1.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

nous sert de guide dans cette distribution, a placé la nature avant l’homme dans son système ; il semble au contraire que tout engage à placer l’homme sur le passage qui sépare Dieu & les esprits d’avec les corps.

L’Histoire entant qu’elle se rapporte à Dieu, renferme ou la révélation ou la tradition, & se divise sous ces deux points de vûe, en histoire sacrée & en histoire ecclésiastique. L’histoire de l’homme a pour objet, ou ses actions, ou ses connoissances ; & elle est par conséquent civile ou littéraire, c’est-à-dire, se partage entre les grandes nations & les grands génies, entre les Rois & les Gens de Lettres, entre les Conquérans & les Philosophes. Enfin l’histoire de la Nature est celle des productions innombrables qu’on y observe, & forme une quantité de branches presque égale au nombre de ces diverses productions. Parmi ces différentes branches, doit être placée avec distinction l’histoire des Arts, qui n’est autre chose que l’histoire des usages que les hommes ont faits des productions de la nature, pour satisfaire à leurs besoins ou à leur curiosité.

Tels sont les objets principaux de la mémoire. Venons présentement à la faculté qui refléchit, & qui raisonne. Les êtres tant spirituels que matériels sur lesquels elle s’exerce, ayant quelques propriétés générales, comme l’existence, la possibilité, la durée ; l’examen de ces propriétés forme d’abord cette branche de la Philosophie, dont toutes les autres empruntent en partie leurs principes : on la nomme l’Ontologie ou Science de l’Etre, ou Métaphysique générale. Nous descendons de-là aux différens êtres particuliers ; & les divisions que fournit la Science de ces différens êtres, sont formées sur le même plan que celles de l’Histoire.

La Science de Dieu appellée Théologie a deux branches ; la Théologie naturelle n’a de connoissance de Dieu que celle que produit la raison seule ; connoissance qui n’est pas d’une fort grande étendue : la Théologie révélée tire de l’histoire sacrée une connoissance beaucoup plus parfaite de cet être. De cette même Théologie révélée, résulte la Science des esprits créés. Nous avons crû encore ici devoir nous écarter de notre Auteur. Il nous semble que la Science, considérée comme appartenante à la raison, ne doit point être divisée comme elle l’a été par lui en Théologie & en Philosophie ; car la Théologie révélée n’est autre chose, que la raison appliquée aux faits révélés : on peut dire qu’elle tient à l’histoire par les dogmes qu’elle enseigne, & à la Philosophie, par les conséquences qu’elle tire de ces dogmes. Ainsi séparer la Théologie de la Philosophie, ce seroit arracher du tronc un rejetton qui de lui-même y est uni. Il semble aussi que la Science des esprits appartient bien plus intimement à la Théologie révélée, qu’à la Théologie naturelle.

La premiere partie de la Science de l’homme est celle de l’ame ; & cette Science a pour but, ou la connoissance spéculative de l’ame humaine, ou celle de ses opérations. La connoissance spéculative de l’ame dérive en partie de la Théologie naturelle, & en partie de la Théologie révélée, & s’appelle Pneumatologie ou Métaphysique particuliere. La connoissance de ses opérations se subdivise en deux branches, ces opérations pouvant avoir pour objet, ou la découverte de la vérité, ou la pratique de la vertu. La découverte de la vérité, qui est le but de la Logique, produit l’art de la transmettre aux autres ; ainsi l’usage que nous faisons de la Logique est en partie pour notre propre avantage, en partie pour celui des êtres semblables à nous ; les regles de la Morale se rapportent moins à l’homme isolé, & le supposent nécessairement en société avec les autres hommes.

La Science de la nature n’est autre que celle des corps. Mais les corps ayant des propriétés générales qui leur sont communes, telles que l’impénétrabilité, la mobilité, & l’étendue, c’est encore par l’étude de ces propriétés, que la Science de la nature doit commencer : elles ont, pour ainsi dire, un côté purement intellectuel par lequel elles ouvrent un champ immense aux spéculations de l’esprit, & un côté matériel & sensible par lequel on peut les mesurer. La spéculation intellectuelle appartient à la Physique générale, qui n’est proprement que la Métaphysique des corps ; & la mesure est l’objet des Mathématiques, dont les divisions s’étendent presqu’à l’infini.

Ces deux Sciences conduisent à la Physique particuliere, qui étudie les corps en eux-mêmes, & qui n’a que les individus pour objet. Parmi les corps dont il nous importe de connoître les propriétés, le nôtre doit tenir le premier rang, & il est immédiatement suivi de ceux dont la connoissance est le plus nécessaire à notre conservation ; d’où résultent l’Anatomie, l’Agriculture, la Médecine, & leurs différentes branches. Enfin tous les corps naturels soûmis à notre examen produisent les autres parties innombrables de la Physique raisonnée.

La Peinture, la Sculpture, l’Architecture, la Poësie, la Musique, & leurs différentes divisions, composent la troisieme distribution générale, qui naît de l’imagination, & dont les parties sont comprises sous le nom de Beaux-Arts. On pourroit aussi les renfermer sous le titre général de Peinture, puisque tous les Beaux-Arts se réduisent à peindre, & ne different que par les moyens qu’ils employent ; enfin on pourroit les rapporter tous à la Poësie, en pre-