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d’autres le cinquieme, & d’autres le sixieme ou même le dixieme de l’année. C’étoit en ce mois que l’on sacrifioit à Anna-Perenna, qu’on commençoit les comices, que l’on faisoit l’adjudication des baux & des fermes publiques ; que les femmes servoient à table les esclaves & les valets, comme les hommes le faisoient aux saturnales ; que les vestales renouvelloient le feu sacré. Le mois de Mars étoit sous la protection de Minerve, & il a toujours eu 31 jours. Le mois de Mars passoit pour être malheureux pour les mariages, aussi-bien que le mois de Mai. Numa changea l’ordre institué par Romulus, & fit commencer l’année au premier Janvier : l’année se trouva ainsi de douze mois, dont Janvier & Février étoient les premiers. C’est dans le mois de Mars vers la fin, que le printems commence, le soleil entrant au signe du bélier. Chambers.

Mars, (Mythol.) le dieu des batailles étoit, selon Hésiode, fils de Jupiter & de Junon. Bellone sa sœur conduisoit son char ; la Terreur & la Crainte, Φόϐος & Δεῖνος, que la Fable fait ses deux fils, l’accompagnoient.

Tout le monde connoît d’après Homere, les principales avantures de Mars ; 1o. son jugement au conseil des douze dieux pour la mort d’Allyrotius fils de Neptune : Mars le défendit si bien qu’il fut absous ; 2o. la mort de son fils Ascalaphus, tué au siege de Troie, qu’il courut venger lui-même ; mais Minerve le ramena du champ de bataille, & le fit asseoir malgré sa fureur. 3o. Sa blessure par Diomede, dont la même déesse conduisoit la pique : Mars en la retirant jetta un cri épouventable, tel que celui d’une armée entiere qui marche pour charger l’ennemi. Le medecin de l’Olympe mit sur sa blessure un baume qui le guérit sans peine, car dans un dieu il n’y a rien de mortel. 4o. Enfin les amours de Mars & de Vénus sont chantés dans l’Odyssée ; les captifs mis en liberté par Vulcain lui-même qu’on deshonoroit, s’envolerent, l’un dans la Thrace & l’autre à Paphos. C’est au sujet de cette avanture que Lucrèce adresse ces beaux vers à Vénus.

Hunc tu, diva, tuo recubantem corpore sancto,
Circumfusa super, suaveis ex ore loquelas
Funde
.

« Dans ces momens heureux, que livrée à ses embrassemens vous le tenez entre vos bras sacrés, employez, belle déesse, pour adoucir son caractere, quelques-unes de ces douces paroles dont le charme est si ravissant ».

Je laisse à l’abbé Bannier l’application de toutes ces fictions fabuleuses ; j’aime mieux m’occuper des faits.

Les anciens monumens représentent Mars sous la figure d’un grand homme armé d’un casque, d’une pique, & d’un bouclier, tantôt nud, tantôt avec l’habit militaire, même avec un manteau sur les épaules, quelquefois barbu, mais assez souvent sans barbe. Mars vainqueur paroît portant un trophée, & Mars gradivus dans l’attitude d’un homme qui marche à grands pas.

Il me semble que le culte de Mars n’a pas été fort répandu chez les Grecs ; car Pausanias qui fait mention de tous les temples des dieux & de toutes les statues qu’ils avoient dans la Grece, ne parle d’aucun temple de Mars, & ne nomme que deux ou trois de ses statues, en particulier celle de Lacédémone, qui étoit liée & garottée, afin que le dieu ne les adandonnât pas dans les guerres qu’ils auroient à soutenir. Mais son culte triomphoit chez les Romains, qui regardoient ce dieu comme le pere de Romulus, & le protecteur de leur empire. Parmi les temples qu’il eut à Rome, celui qu’Auguste lui dédia après la bataille de Philippes, sous le nom de Mars vengeur,


passoit pour le plus célebre. Vitruve remarque que les temples de Mars étoient de l’ordre dorique, & qu’on les plaçoit ordinairement hors des murs, afin que le dieu fût là comme un rempart, pour délivrer les murs des périls de la guerre. Cependant dans la ville d’Halicarnasse le temple de ce dieu fut érigé au milieu de la forteresse. Les saliens, prêtres de Mars, formoient à Rome un collége sacerdotal très considérable. Voyez Saliens.

Le gramen, le coq & le vautour lui étoient consacrés. On lui immoloit d’ordinaire le taureau, le verrat & le bélier.

Il y a une inscription qui prouve qu’on le mettoit quelquefois dans la classe des divinités infernales ; & à qui ce titre convenoit-il mieux qu’à un dieu meurtrier, dont le plaisir étoit de repeupler sans cesse de nouveaux habitans le royaume de Pluton ?

Les principaux noms qu’il portoit sont expliqués dans cet ouvrage ; mais le plus ingénieux de tous, est celui qu’Homere lui donne, en l’appellant Alloprosallos, inconstant, dévoué tantôt à un parti, tantôt à l’autre. Lycophron le nomme cruentis pastum prœliis ; car, dit-il, le carnage est sa nourriture. (D. J.)

Mars, (Littér.) c’étoit le premier mois de l’année chez les Romains ; quoiqu’il eût pris son nom du dieu Mars, on l’avoit mis sous la protection de Minerve.

Les calendes de ce mois étoient remarquables par plusieurs cérémonies. On allumoit le feu nouveau sur l’autel de Vesta : on ôtoit, dit Ovide, les vieilles branches de laurier, & les vieilles couronnes tant de la porte du roi des sacrifices, que des maisons des flamines & des haches des consuls, pour en substituer de nouvelles. Le même jour on célébroit les matronales & les ancilies, ou la fête des boucliers sacrés. Le 6 arrivoient les fêtes de Vesta ; le 14 les équiries : le 15, la fête d’Anna-Perenna ; le 17, les libérales, & le 19, la grande fête de Minerve, appellée les quinquatries, qui duroient cinq jours ; enfin le 25 on célébroit les hilaries.

On trouve ce mois personnifié sous la figure d’un homme vêtu d’une peau de louve, parce que la louve étoit consacrée au dieu Mars. « Il est aisé, dit Ausonne, de reconnoître ce mois par la peau de louve dont il est ceint, c’est le dieu Mars lui-même qui la lui a donnée ; le bouc pétulant, l’hirondelle qui gazouille, le vaisseau plein de lait & l’herbe verdoyante, nous annoncent dans ce mois le printems qui commence à renaître ». (D. J.)

Mars, temple de, (Architect. anc.) On voit encore aujourd’hui quelques vestiges de cet ancien temple dans un endroit de Rome appellé la place des prêtres, entre la rotonde & la colonne antonine. Sa forme étoit périptere, c’est-à-dire qu’il étoit environné d’allées en forme de cloître. Sa maniere étoit picnostile ou à colonnes pressées. Palladio a donné le plan de tout l’édifice d’après une aîle qui de son tems subsistoit encore presqu’entiere. (D. J.)

Mars, Fer, ou Acier, Remedes martiaux, (Matiere medicale & Chymie pharmaceutique.) les remedes que la Medecine tire du fer, sont 1o. le fer en substance, ou la limaille de fer : 2o. ses différentes chaux, savoir la rouille de fer, le safran appellé apéritif, & le safran appellé astringent ; le safran de mars antimonié de Stahl, l’œthiops martial de Lemery le fils, & la terre douce de vitriol : 3o. les sels neutres martiaux, sous forme concrete, ou sous forme liquide ; savoir, le vitriol de mars & le sel de riviere, qui est un véritable vitriol de mars ; le tartre martial ou calibé, le sirop, l’extrait de mars & la boule d’acier ; les teintures martiales tirées par les acides végétaux, & même les teintures ordinaires tirées par l’esprit-de-vin, qui sont des dis-