Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/539

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niers de s’abstenir entierement de ce remede. Les malades au sortir de l’étuve sont traités avec le même soin qu’ils le sont au sortir du bain des eaux, & c’est toujours les mêmes préparations, la même conduite à suivre dans ce remede que dans l’autre. Les bains de vapeurs ont aussi leur utilité dans les reliquats de rhumatisme, dans la contraction permanente des membres, dans les maladies cutanées ; ils sont encore très-efficaces, si l’on en croit Sprinfeld, pour les personnes qui souffrent des contractures dans quelques membres en conséquence du mercure administré avec imprudence ou à trop forte dose.

Eaux martiales. Les eaux martiales sont ainsi appellées du fer dont elles sont impregnées ; elles sont presque toutes froides, & plus ou moins spiritueuses, ou chargées d’air élastique. Celles de ces eaux qui contiennent en petite quantité de cet air ou esprit, ont un goût de vitriol ; celles qui renferment beaucoup de cette substance aérée ont, outre le goût de vitriol, le goût piquant dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. Nous avons remarqué aussi que les eaux martiales, encore que chargées d’autres principes que du fer, tiroient néanmoins leur nom de cette derniere substance. La noix de galle est comme la pierre de touche pour s’assurer de la qualité martiale des eaux ; en effet, par l’inspersion de cette poudre sur ces eaux, on voit qu’elles prennent bientôt une couleur rouge ou de violet foncé, ou enfin qu’elles se teignent en noir, & cette couleur plus ou moins foncée est l’indice certain de la plus ou moins grande quantité de fer qu’elles peuvent contenir. Toute eau minérale qui soumise à la même expérience, ne donnera aucun de ces signes, ne sauroit donc être mise au nombre des eaux martiales. On doit distinguer deux especes d’eaux martiales qui différent entierement l’une de l’autre, c’est-à-dire que dans les unes le fer s’y trouve dissous d’une façon constante & durable sous la forme du vitriol de Mars ; telles sont les eaux de Calsabigi, celles de Vals, de la source qu’on appelle la dominique, & suivant M. de Sauvages, celles d’une des sources d’eaux minérales qu’on trouve aux environs d’Alais : dans les autres au contraire le fer est dans un état de dissolution si légere & si facile à se dissiper, qu’exposée au plus petit degré de chaleur, même au seul air libre, le fer se précipite au fond des vaisseaux, les mêmes phénomenes arrivent, quoique plus tard, à ces eaux dans les bouteilles les mieux bouchées. On met au nombre de ces dernieres les eaux de Spa, de Pyrmont, de Passy, de Forges, de Vals, de Camares, de Daniel près d’Alais, &c. Il faut encore observer, 1°. que ces eaux différent entre elles, non-seulement par rapport aux différens sels, aux différentes terres, soit terre absorbante, soit sélénite, mais encore, ce qui mérite plus d’attention, par une différente quantité de principe martial. Maintenant les mêmes phénomenes étant produits dans les eaux martiales par l’inspersion de la poudre de noix de galle, que dans une dissolution aqueuse du vitriol de Mars, il est arrivé de-là que les premiers auteurs qui ont parlé des eaux minérales, ont unanimement avancé que toutes les eaux martiales contenoient du véritable vitriol ; cette assertion qui est vraie en effet de quelques eaux martiales dont on a fait tout récemment la découverte, & qui sont les plus rares de toutes, se trouve fausse à l’égard des eaux martiales en général, auxquelles cependant on faisoit cette application, comme l’ont très-bien observé Mrs Venel & Bayen. Voyez l’analyse des eaux de Calsabigi.

Les eaux martiales contiennent non-seulement une terre martiale, mais encore un sel marin, un sel d’épson, un sel marin à base terreuse, un sel séléniteux, & une terre absorbante, Tous ces princi-


pes, & peut-être encore quelques autres, y sont contenus dans une variété de rapports qui fait la difference des especes des eaux. Nous n’avons rien à ajoûter à ce que nous avons dit plus haut sur la maniere de découvrir & de démontrer ces principes.

Les eaux martiales produisent de même que les salées, un effet stimulant & détersif sur les premieres voies ; elles menent encore par le bas, si elles sont prises en grande quantité & qu’elles soient chargées de beaucoup de sels, principalement du sel marin à base terreuse ; en outre le fer qu’elles contiennent leur donne une qualité ou vertu corroborante ; il leur est encore ordinaire de teindre les selles d’une couleur noire. En supposant que ces eaux pénetrent réellement dans la masse du sang, elles le temperent, le raffraichissent ; elles stimulent légerement les solides, ouvrent les voies urinaires, & provoquent le flux des urines, effets qui leur sont communs avec les eaux salées ; du reste, elles sont en même tems légerement astringentes & toniques, & c’est même la qualité qui leur est la plus propre. Il s’en suit donc que les eaux martiales participent de la nature des eaux salées, ainsi que des propriétés de ces dernieres, & qu’on peut en conséquence les employer dans beaucoup de cas avec le même succès ; elles sont sur-tout bonnes pour les personnes chez lesquelles la digestion & l’appétit languissent à cause d’un relâchement dans les visceres abdominaux, aux mélancholiques, aux hyppocondriaques, ou à ceux dans l’estomac desquels les impuretés acides se régénerent continuellement ; elles sont encore excellentes dans les fleurs blanches invétérées pourvû qu’il n’y ait point de virus vénérien, dans les gonorrhées invétérées, dans les flux de ventre opiniâtres, & même dans la dyssenterie.

Plus les sujets se trouvent délicats, plus leurs solides sont faciles à irriter, plus leur poitrine est foible, & plus on doit avoir d’attention à ne choisir que les eaux martiales les plus légeres pour l’usage de ces personnes.

Pour ce qui est des précautions qu’on doit observer dans l’usage de ces eaux, la maniere de les administrer, l’utilité d’une préparation, nous ne nous répeterons pas sur ces articles.

Après tout ce que nous venons de dire, on peut juger que les eaux martiales font toujours plus de bien à la source même que quand elles sont transportées ; nous ne devons pas ometre non plus que leur action est très utilement favorisée par un exercice modéré, comme la promenade dans des lieux couverts, & où l’on respire un air pur & champêtre.

Eaux minérales sulfureuses. Les eaux sulfureuses sont ainsi appellées du soufre qu’elles renferment, ou d’une espece de vapeur soufrée très-legere qui s’éleve de leur surface. Nous avons déja dit qu’on reconnoissoit la qualité sulfureuse de ces eaux à deux signes ; savoir à l’altération que l’argent en masse recevoit dans sa couleur, soit qu’il fût jetté dans ses eaux, soit qu’il fût exposé à leur vapeur, & à l’odeur nidoreuse, à-peu-près semblable à celle d’une dissolution de foie de soufre, ou des œufs durs à demi-pourris, qu’elles exhalent ordinairement. Il y a de ces eaux qui ont un goût nauséabonde, comme celui des œufs pourris ; telles sont les eaux d’Aix-la-Chapelle, celles de Barêge : il y en a d’autres, comme les eaux bonnes, qui ne font pas sur le palais une sensation aussi désagréable, & qui même ont presque le goût du petit-lait, apparemment parce qu’elles sont moins chargées d’élémens sulfureux.

Les eaux sulfureuses mêlées à une dissolution d’argent par l’acide nitreux, ou au sel de saturne, font un précipité brun & même noir. Aux signes que