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de sa mere : & après qu’il eut embrassé le christianisme, il ordonna qu’on marquât d’une croix les pieces de monnoie qu’on fabriqueroit dans l’empire.

Les Romains comptoient par deniers, sesterces, mines d’Italie, ou livres romaines, & talens. Quatre sesterces faisoient le denier, que nous évaluerons, monnoie d’Angleterre, qui n’est point variable, à sept sols & demi. Suivant cette évaluation 96 deniers, qui faisoient la mine d’Italie, ou la livre romaine, monteront à 3 liv. sterl. & les 72 liv. romaines, qui faisoient le talent, à 216 liv, sterling.

J’ai dit que les romains comptoient par sesterces ; ils avoient le petit sesterce, sestercius, & le grand sesterce, sestertium. Le petit sesterce valoit à-peu-près 1 d. sterling. Mille petits sesterces faisoient le sestertium, valant 8 liv. 1 shell. 5 d. 29. sterling. Mille sestertia faisoient decies sestercium (car le mot de centies étoit toujours sous-entendu), ce qui revient a 8072 liv. 18 sh. 4 d. sterling. Centies sestertium, ou centies H-S répondent à 80729 liv. 3. sh. 4 d. sterl. Millies H-S à 807291 liv. 13 sh. 4 d. sterl. Millies centies H S. à 888020 liv. 16 sh. 8 d. sterl.

La proportion de l’or à l’argent étoit d’ordinaire de 10 à 1, quelquefois de 11, & quelquefois de 12 à 1. Outre les monnoies réelles d’or & d’argent & de cuivre, je trouve que Martial fait mention d’une menue monnoie de plomb, ayant cours de son tems ; on la donnoit, dit-il, pour rétribution à ceux qui s’engageoient d’accompagner les personnes qui vouloient paroître dans la ville avec un cortege. Mais il est vraisemblable que cette prétendue monnoie de plomb, ne servoit que de marque & de mereau, pour compter le nombre des gens qui étoient aux gages de tel ou tel particulier.

Pour empêcher les faux-monnoyeurs de contrefaire certaines especes d’or & d’argent, les Romains imaginerent de les denteler tout autour comme une scie ; & on nomma ces sortes d’especes nummi serrati ; il y a des traducteurs & des commentateurs de Tacite qui se sont persuadés, que le nummus serratus étoit une monnoie qui portoit l’empreinte d’une scie ; & cette erreur s’est glissée au moins dans quelques dictionnaires. (D. J.)

Monnoies des Hébreux, de Babylone & d’Alexandrie, (Monnoie anc.) le célebre Prideaux sera mon guide sur cet article, parce, que ses recherches sont vraiment approfondies, & que ses évaluations ont été faites sur les monnoies d’Angleterre, qui ne sont pas variables comme les nôtres.

La maniere la plus commune de compter chez les anciens étoit par talens, & leur talent avoit ses subdivisions, qui étoient pour l’ordinaire des mines & des drachmes ; c’est-à-dire, que leurs talens étoient composés d’un certain nombre de mines, & la mine d’un certain nombre de drachmes : mais outre cette maniere de compter, les Hébreux avoient encore des sicles & des demi-sicles, ou des békas.

La valeur du talent des Hébreux est connue par le passage du xxxviij chap. de l’Exode, v. 25 & 26. car on y lit que la somme que produit la taxe d’un demi-sicle par tête payée par 603550 personnes, fait 301775 sicles ; & cette somme réduite en talens dans ce passage. est exprimée par celle de cent talens, avec un reste de 1775 sicles : il n’y a donc qu’à retrancher ce reste de 1775 sicles du nombre entier 301775, & en divisant les 300000 qui restent par cent, qui est le nombre des talens que cette somme forme dans le calcul de Moïse, on trouve qu’il y avoit 3000 sicles au talent.

On sait d’ailleurs que le sicle pesoit environ trois schellings d’Angleterre, & Ezéchiel nous apprend qu’il y en avoit 60 à la mine ; d’où il suit qu’il y avoit 50 mines au talent des Hébreux.


Pour leurs drachmes, l’Evangile, selon S. Matthieu, fait voir que le sicle en contenoit quatre ; de sorte que la drachme des Juifs devoit valoir 9 sous d’Angleterre : car au chap. xvij. v. 34. le tribut que chaque tête payoit tous les ans au temple, qu’on sait d’ailleurs qui étoit d’un demi-sicle, est appellé du nom de didrachme, qui veut dire une piece de deux drachmes : si donc un demi-sicle valoit deux drachmes, le sicle entier en valoit quatre. Josephe dit aussi que le sicle contenoit quatre drachmes d’Athenes ; ce qu’il ne faut pas entendre du poids, mais de la valeur au prix courant : car au poids, la drachme d’Athènes la plus pesante ne faisoit jamais plus de huit sous trois huitiemes, monnoie d’Angleterre ; au lieu que le sicle en faisoit neuf, comme je l’ai déja remarqué. Mais ce qui manquoit au poids de la drachme attique pour l’égaler à la juive, elle le gagnoit apparemment en finesse, & par son cours dans le commerce : en donnant donc neuf sous d’Angleterre d’évaluation à la drachme attique & à la juive, le béka ou le demi-sicle fait un schellin six sous d’Angleterre ; le sicle trois schellins, la mine neuf livres sterling, & le talent 450 livres sterling.

Voilà sur quel pié étoit la monnoie des Juifs du tems de Moïse & d’Ezéchiel, & c’étoit la même chose du tems de Josephe. Cet historien dit que la mine des Hébreux contenoit deux titres & demi, qui font justement neuf livres sterling ; car le titre est la livre romaine de douze onces, ou de 93 drachmes : par conséquent deux titres & demi contenoient 240 drachmes, qui à neuf sous la piece, font justement 60 sicles ou 9 livres sterling.

Le talent d’Alexandrie étoit précisément la même chose : il contenoit 12 mille drachmes d’Athènes, qui sur le pié de leur valeur en Judée, faisoient autant de neuf sous d’Angleterre, & par conséquent 450 livres sterling, qui sont la valeur du talent mosaïque. Cependant il faut remarquer ici que quoique le talent d’Alexandrie valût 12000 drachmes d’Athenes, il ne contenoit que 6000 drachmes d’Alexandrie ; ce qui prouve que les drachmes alexandrines en valoient deux de celles d’Athènes. De-là vient que la version des Septante faite par les Juifs d’Alexandrie, rend le mot de sicle dans cet endroit, par celui de didrachme, qui signifie deux drachmes ; entendant par-là des didrachme d’Alexandrie. En suivant donc ici la même méthode qu’on a suivie pour le talent de Judée, on trouvera que la drachme d’Alexandrie valoit 18 sous, monnoie d’Angleterre ; les deux drachmes ou le sicle, qui en font quatre d’Athènes, trois schellings ; la mine, qui étoit de 60 didrachmes ou sicles, neuf livres sterling ; & le talent, qui contenoit 50 mines, 450 livres sterling, que font aussi le talent de Moïse & celui de Josephe.

Les Babyloniens comptoient par drachmes, par mines & par talens. La mine de Babylone contenoit 116 drachmes d’Athènes, & le talent contenoit, selon les uns, 70 mines, ou 8120 drachmes d’Athènes, & selon les autres, il contenoit seulement 60 mines, ou 7000 drachmes d’Athènes. Il résulte d’après cette derniere évaluation, qui me paroît la plus vraissemblable, que le talent d’argent de Babylone fait, monnoie d’Angleterre, 218 livres sterling, 15 schellings ; le talent d’or, à raison de 16 d’argent, 3500 livres sterling ; mais, selon le docteur Bernard, qui en a fait l’évaluation la plus juste, le talent d’argent de Babylone revient à 240 livres sterling 12 schellings 6 s. & le talent d’or, à raison de 16 d’argent, revient à 3850 livres sterling.

Tout ce que nous venons de dire ne regarde que l’argent. La proportion de l’or avec ce métal chez les anciens, étoit d’ordinaire de 10 à 1, quelquefois de 10 à 11, à 12, & même jusqu’à 13. Du tems