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l’altération des monnoies, qui se fait par la rognure. On a depuis ajouté les légendes, ou les cordonnets sur la tranche, qui acheve de rendre cette sorte d’altération impossible.

La légende est l’inscription qui est gravée d’un côté autour de l’effigie, & de l’autre autour de l’écusson, ou qui quelquefois remplit tout un des côtés d’une piece de monnoie. On vient de dire qu’il y a une troisieme légende qui se met sur la tranche. La légende de l’effigie contient le nom & les qualités du prince qui y est représenté ; les autres sont souvent composées de quelque passage de l’Ecriture-sainte, ou de quelques mots, comme ceux des devises, ou même du prix de la piece. On ne parle que de ce qui se pratique présentement en Europe.

Le millésime marque l’année que chaque piece a été frappée. Depuis l’ordonnance de Henri II, de 1549, elle se met dans ce royaume en chiffres arabes du côté de l’écusson : auparavant on ne connoissoit guere le tems du monnoyage que par le nom du prince, ou par celui des monétaires.

Le différent est une petite marque que les tailleurs particuliers & les maîtres des monnoies choisissent à leur fantaisie ; comme un soleil, une rose, une étoile, un croissant, &c. Elle ne se peut changer que par l’ordre de la cour des monnoies ou des juges-gardes. Elle se change nécessairement à la mort des tailleurs & des maîtres, ou quand il y a de nouveaux juges-gardes ou essayeurs.

Le point secret étoit autrefois un point qui n’étoit connu que des officiers de chaque monnoie. Il se mettoit sous quelque lettre des légendes, pour indiquer le lieu des fabriques. Le point secret de Paris se plaçoit sur le dernier e de benedictus, & celui de Rouen, sous le b du même mot. Ce point n’est plus d’usage ; on se contente présentement de la lettre de l’alphabet romain que les ordonnances de nos rois ont attribuée à chaque ville de ce royaume où il se fabrique des monnoies.

Enfin, les monnoies réelles peuvent être fausses, altérées, fourrées, foibles.

La fausse monnoie est celle qui n’est pas fabriquée avec les métaux ordonnés par le souverain ; comme seroient des louis d’or de cuivre doré, des louis d’argent d’étain couverts de quelques feuilles de fin.

La monnoie altérée est celle qui n’est pas faite au titre, & du poids porté par les ordonnances, ou qui ayant été fabriquée de bonne qualité, a été diminuée de son poids, en la rognant, en la limant sur la tranche, ou en enlevant quelque partie de la superficie avec de l’eau régale si c’est de l’or, ou avec de l’eau-forte si c’est de l’argent.

La monnoie fourrée est celle qui tient, pour ainsi dire, le milieu entre la fausse monnoie & la monnoie altérée. Elle est faite d’un morceau de fer, de cuivre, ou de quelqu’autre métal que le faux monnoyeur couvre des deux côtés de lames d’or ou d’argent, suivant l’espece qu’il veut contrefaire, & qu’il soude proprement & avec justesse au-tour de la tranche. Le faux-flaon se frappe comme les véritables, & peut même recevoir la légende & le cordonnet de la tranche. On ne peut découvrir la fausseté de ces sortes de pieces que par le poids, ou par le volume, qui est toujours plus épais ou plus étendu que dans les bonnes especes.

La monnoie foible est celle où il y a beaucoup d’alliage ; & la monnoie forte, celle ou il y en a le moins.

On appelloit autrefois monnoie blanche, celle d’argent, & monnoie noire, celle de billon. M. Boizard vous expliquera tous les autres termes qui ont rapport aux monnoies : consultez-le.

Quant au monnoyage, au marteau & au moulin, voyez-en l’article.

Plusieurs savans ont traité des monnoies réelles &


fictives, tant de celles des anciens, que de celles des modernes : par exemple, Freherus Agricola, Spanheim, Sueldius, Selden, &c. en France, Budé, Dumoulin, Sarot, Ducange, Bouteroue, le Blanc, Boizard, Dupré-de-saint-Maur ; en Angleterre, Brerewood, Bernard, Locke, Arbuthnot, & autres. (D. J.)

Monnoie bractéate, (Monnoies.) Les antiquaires désignent sous le nom de bractéates une espece de monnoie du moyen âge, dont la fabrique offre des singularités remarquables à certains égards, malgré la légereté du poids & les défauts du travail.

Ce sont des pieces, ou plutôt de simples feuilles de métal, chargées d’une empreinte grossiere ; la plûpart sont d’argent, presque toutes frappées en creux, & par conséquent sur un seul côté : plusieurs ne paroissent l’avoir été que sur des coins de bois. L’origine n’en remonte point au-delà des siecles barbares : communes en Suede, en Danemark & dans les diverses provinces de l’Allemagne, où l’usage s’en est perpétué long-tems, elles sont très-peu connues dans les autres pays de l’Europe.

Par-tout où ces monnoies eurent cours, on doit les y regarder comme une production de l’art ou naissant ou dégénéré : ce sont des ébauches qui suffiroient seules à caractériser le mauvais goût & l’ignorance des tems écoulés entre la chûte & la renaissance des Lettres. Mais il n’est point d’objet indifférent pour la vanité des hommes. L’origine des monnoies bractéates se trouve revendiquée par tous les peuples qui s’en sont servis, sans doute comme le monument d’une antiquité respectable, dont ils croient tirer quelqu’avantage sur leurs rivaux & leurs voisins. Cette diversité de sentimens a fait de l’époque de ces monnoies un problème dont la solution demande un examen épineux.

En 1751 le hasard fit naître à M. Schoepflin l’idée d’approfondir la question, & de communiquer à l’académie de Paris ses recherches & ses vûes sur cette matiere, dont nous allons faire usage.

On découvrit en 1736 un dépôt de monnoies bractéates dans le monastere de Guengenbach, abbaye du diocese de Strasbourg, au-delà du Rhin, par rapport à nous, & l’une des plus anciennes de l’ordre de saint Benoît. On y trouva deux petites urnes grises de terre cuite, posées l’une auprès de l’autre, dans un mur qui paroît avoir fait partie d’un tombeau. De ces vases, l’un ne contenoit que des charbons, l’autre renfermoit plusieurs monnoies bractéates : chaque vase avoit pour couvercle un morceau de brique.

Ces sortes de monnoies sont assez rares : elles avoient trop peu de solidité pour être durables. Toutes celles qui n’ont pas été renfermées dans des vases se sont détruites, parce qu’elles n’étoient point en état de se préserver par elles-mêmes d’un déchet prompt dans la matiere, & d’une altération plus prompte encore dans la forme. Quoique plus communément répandues en Allemagne qu’ailleurs, ce n’est pourtant point en Allemagne que l’usage s’en est d’abord établi.

Ce seroit même par une interprétation forcée de quelques termes obscurs, qu’on leur assigneroit, avec Tilemann Prise, une origine antérieure à l’ere chrétienne. D’autres écrivains la placent cette origine au vij. siecle depuis Jesus-Christ ; leur opinion est plus vraissemblable, mais sans être mieux fondée. Les lois des Saliens, des Ripuaires, des Visigoths, des Bavarois & des Lombards, lois dépositaires de leurs usages, fournissent par leur silence une preuve sans réplique que ces peuples n’ont point connu les bractéates ; dont la forme n’a nul rapport avec celle des sols & des deniers mentionnés dans ces lois, ainsi que dans les capitulaires. Elle n’en a