Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 10.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le séparer de la société des fidéles sans aucun espoir de retour. Il ajoute que dans les anciennes formules d’excommunication usitées dans la primitive église, on ne trouve point le mot maran-atha, ni aucun autre qui en approche pour la forme ; car enfin, dit-il, quelque criminels que fussent ceux que l’Eglise excommunioit, & quelque grieves que fussent les peines qu’elle leur infligeoit, ses sentences n’étoient point irrévocables si les enfans séparés revenoient à résipiscence, & même elle prioit Dieu de leur toucher le cœur. Et sur cela il se propose la question savoir si l’Eglise prononçoit quelquefois l’excommunication avec exécration ou dévouement à la mort temporelle. Grotius croit qu’elle en a usé quelquefois de la sorte contre les persécuteurs, & en particulier contre Julien l’apostat, que Didyme d’Alexandrie, & plusieurs autres, soit évêques, soit fidéles, prierent & jeunerent pour demander au ciel la perte de ce prince, qui menaçoit le christianisme d’une ruine totale ; mais cet exemple particulier & quelques autres semblables, ne concluent rien pour toute l’Eglise ; & S. Chrysostome dans son homélie 76, soutient une doctrine toute contraire, & suppose que les cas où l’on voudroit sévir de la sorte contre les hérétiques ou les persécuteurs, non-seulement sont très rares, mais encore impossibles, parce que Dieu n’abandonnera jamais totalement son Eglise à leur séduction ou à leurs fureurs. Bingham orig. eccles. tom. VII. lib. XVI. cap. xj. §. 16 & 17.

MARANDER, v. n. (Marine.) terme peu usité même parmi les matelots, pour dire gouverner.

Marander, terme de pêche, c’est mettre les filets à la mer, se tenir dessus & les relever. Ainsi les pêcheurs disent qu’ils vont marander leurs filets quand ils vont faire la pêche.

MARANES, s. m. (Hist. mod.) nom que l’on donna aux Mores en Espagne. Quelques-uns croient que ce mot vient du syriaque maran-atha, qui signifie anathème, exécration. Mariana, Scaliger & Ducange en rapportent l’origine à l’usurpation que Marva fit de la dignité de calife sur les Abassides, ce qui le rendit odieux lui & ses partisans à tous ceux de la race de Mahammed, qui étoient auparavant en possession de cette charge.

Les Espagnols se servent encore aujourd’hui de ce nom pour designer ceux qui sont descendus de ces anciens maures, & qu’ils soupçonnent retenir dans le cœur la religion de leurs ancêtres : c’est en ce pays-là un terme odieux & une injure aussi atroce que l’honneur d’être descendu des anciens chrétiens est glorieux.

MARANON, (Géogr.) prononcez Maragnon ; c’est l’ancien nom de la riviere des Amazones, le plus grand fleuve du monde, & qui traverse tout le continent de l’Amérique méridionale d’occident en orient.

Le nom de Maranon a toujours été conservé à ce fleuve, depuis plus de deux siecles chez les Espagnols, dans tout son cours & dès sa source ; il est vrai que les Portugais établis depuis 1616 au Para, ne connoissoient ce fleuve dans cet endroit-là que sous le nom de riviere des Amazones, & qu’ils n’appellent Maranon ou Maranhon dans leur idiome, qu’une province voisine de celle de Para ; mais cela n’empêche point que la riviere des Amazones & le Maranon ne soient le même fleuve.

Il tire sa source dans le haut Pérou du lac Lauricocha, vers les onze degrés de latitude australe, se porte au nord dans l’étendue de 6 degrés, ensuite à l’est jusqu’au cap de Nord, où il entre dans l’Océan sous l’équateur même, après avoir couru depuis Jaën, où il commence à être navigable, 30 degrés en longueur, c’est-à-dire 750 lieues communes,


évaluées par les détours à mille ou onze cent lieues. Voyez la carte du cours de ce fleuve, donnée par M. de la Condamine dans les mém. de l’acad. des Scienc. ann. 1745.

MARANT, (Géog.) on écrit aussi Marand & Marante, petite ville de Perse dans l’Adirbetzan, dans un terrein agréable & fertile. Les Arméniens, dit Tavernier, croient par tradition que Noé a été enterré à Marant, & ils pensent que la montagne que l’on voit de cet endroit dans un tems serain, est celle où l’arche s’arrêta après le déluge. Longitude 81. 15. latit. 37. 30. suivant les observations des Persans. (D. J.)

MARANTE, s. f. maranta, (Botan.) genre de plante à fleur monopétale presqu’en forme d’entonnoir, découpée en six parties, dont il y en a trois grandes & trois petites, placées alternativement. La partie inférieure du calice devient dans la suite un fruit ovoïde qui n’a qu’une seule capsule & qui renferme une semence dure & ridée. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez Plante.

MARASA, (Géogr.) ville d’Afrique en Nigritie, dans le royaume de Cassena ou de Ghana, entre une riviere qui vient de Canum, & les frontieres du royaume de Zeg-zeg, selon M. de Lisle. (D. J.)

MARASME, s. m. (Medecine.) μαρασμὸς. L’étymologie de ce nom vient du grec μαραίνω, je flétris, je desseche, & cette maladie est en effet caractérisée par un desséchement géneral & un amaigrissement extrème de tout le corps ; c’est le dernier période de la maigreur, de l’atrophie & de la consomption. Lorsque le marasme est décidé, les os ne sont plus recouverts que d’une peau rude & desséchée ; le visage est hideux, décharné, représentant exactement la face qu’on appelle hypocratique, que cet illustre auteur a parfaitement peint dans ses coaques, cap. vj. n°. 2. Les yeux, dit-il, sont creux, enfoncés, le tour des paupieres est livide, les narines sont seches & pointues ; les tempes abatues ; les oreilles froides & resserrées ; les levres sont sans éclat, appliquées & comme collées aux gencives, dont elles laissent entrevoir la blancheur affreuse ; la peau est dure & raboteuse : ajoutez à cela une couleur pâle verdâtre ou tirant sur le noir ; mais le reste du corps répond à l’état effroyable de cette partie. La tête ainsi défigurée est portée sur un col grêle, tortueux, allongé ; le larynx avance en dehors, les clavicules forment sur la poitrine un arc bien marqué, & laissent à côté des creux profonds ; les côtes paroissent à nud, & se comptent facilement : leurs intervalles sont enfoncés ; leur articulation avec le sternum & les vertebres, sont très-apparens ; les apophyses épineuses des vertebres sont très-saillantes : on observe aux deux côtés une espece de sillon considérable ; les omoplates s’écartent, semblent se détacher du tronc & percer la peau ; les hypocondres paroissent vuides, attachés aux vertebres ; les os du bassin sont presqu’entierement découverts ; les extrémités sont diminuées ; la graisse & les muscles même qui environnent les os, semblent être fondus ; les ongles sont livides, crochus, & enfin toutes les parties concourent à présenter le spectacle le plus effrayant & le plus désagréable. On peut ajouter à ce portrait celui qu’Ovide fait fort élégamment à sa coutume de la faim qu’il personnifie. Métamorphoses, liv. VIII.

Hirtus erat crinis, cava lumina, pallor in ore,
Labra incana situ, scabri rubigine dentes ;
Dura cutis per quam spectari viscera possent ;
Ossa sub incurvis extabant avida lumbis ;
Ventris erat, pro ventre, locus ; pendere putares
Pectus, & à spinæ tantummodo crate teneri.
Auxerat articulos macies, genuumque tumebat
Orbis, & immodico prodibant tubere tali
.