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triompha des Néquiniens & des Samnites confédérés. Elle résista plus heureusement aux forces d’Annibal dans le tems qu’il ravageoit l’Italie ; mais dans le xvj. siecle, l’armée de Charles V. & des Vénitiens, s’en rendit maître, & y commit des ravages inexprimables ; elle est heureusement ressuscitée de ses cendres : on y voit encore quelques restes d’un pont magnifique, qu’on dit avoir été construit par Auguste, après la défaite des Sicambres, & de leurs dépouilles : il étoit bâti de grands quartiers de marbre joints ensemble par des bandes de fer, & scellées en plomb.

Narni est en partie située sur la croupe, & en partie sur la pente d’une montagne escarpée, à 7 lieues S. O. de Spolete, & à 15 N. E. de Rome : la Néra passe au bas de Narni ; sa long. est 30. 15. lat. 42. 32.

Cette petite ville a produit quelques gens de lettres, mais elle doit principalement se vanter d’avoir donné la naissance à l’empereur Nerva. Vieillard vénérable quand il monta sur le trône pour remplacer un monstre odieux, il se fit adorer par sa sagesse, par sa douceur, & par ses vertus. Il n’eut pas de plus grande joie que de penser & de dire en lui-même :

Par-tout en ce moment on me bénit, on m’aime,
On ne voit point le peuple à mon nom s’allarmer,
Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m’entend point nommer,
Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage,
Je vois par-tout les cœurs voler à mon passage.

Enfin il mit le comble à sa gloire en adoptant Trajan, l’homme le plus propre à honorer la nature humaine : ainsi le premier Antonin adopta Marc-Aurele. (D. J.)

NARO, (Géogr.) Nara, ville de Sicile, dans la vallée de Mazzara, près de la source de la riviere de Naro, à 10 milles au levant de Gergenti. Long. 31. 25. lat. 37. 20.

Naro, (Géog.) riviere de la Sicile, dans la vallée de Mazzara, Elle prend sa source auprès de la ville qui porte son nom, court du côté du midi, & se jette dans la mer d’Afrique, auprès de Vallone di Mole.

NARRAGA, (Géog. anc.) fleuve aux environs de la Babylonie, selon Pline, l. VI. c. xxvj. C’est le canal ou la branche la plus occidentale de l’Euphrate, & ce canal a été creusé de main d’homme. Ptolomée, l.V.c. xx. l’appelle Maarsares, & Ammien Marcellin, l. XXIII. le nomme Martias. (D. J.)

NARRATION, s. f. (Belles-Lettres.) dans l’éloquence & dans l’histoire est un récit ou relation d’un fait ou d’un événement comme il est arrivé, ou comme on le suppose arrivé.

Il y en a de deux sortes, l’une simple & historique, dans laquelle l’auditeur ou le lecteur est supposé entendre ou lire un fait qui lui est transmis de la seconde main : l’autre artificielle & fabuleuse, où l’imagination de l’auditeur échauffée prend part au récit d’une chose, comme si elle se passoit en sa présence.

La narration, selon les Rhéteurs, est la seconde partie du discours, c’est-à-dire, celle qui doit suivre immédiatement l’exorde Voyez Oraison ou Discours.

Dans l’histoire, la narration fait le corps de l’ouvrage ; & si l’on en retranche les réflexions incidentes, les épisodes, les digressions, l’histoire se réduit à une simple narration. Voyez Histoire.

Ciceron demande quatre qualités dans la narration, savoir, clarté, probabilité, briéveté & agrément.

On rend la narration claire, en y observant l’or-


dre des tems, ensorte qu’il ne résulte nulle confusion dans l’enchaînement des faits, en n’employant que des termes propres & usités, & en racontant l’action sans interruption.

Elle devient probable par le degré de confiance que mérite le narrateur, par la simplicité & la sincérité de son récit, par le soin qu’on a de n’y rien faire entrer de contraire au sens commun ou aux opinions reçues, par le détail précis des circonstances & par leur union, ensorte qu’elles n’impliquent point contradiction, & ne se détruisent point mutuellement.

La briéveté consiste à ne point reprendre les choses de plus haut qu’il n’est nécessaire, afin d’éviter le défaut de cet auteur ridicule dont parle Horace, qui gemino bellum trojanum orditur ab ovo, & à ne la point charger de circonstances triviales ou de détails inutiles.

Enfin on donne à la narration de l’agrément en employant des expressions nombreuses d’un son agréable & doux, en évitant dans leur arrangement les hiatus & les dissonnances, en choisissant pour objet de son récit des choses grandes, nouvelles, inattendues, en embellissant sa diction de tropes & de figures, en tenant l’auditeur en suspens sur certaines circonstances intéressantes, & en excitant des mouvemens de tristesse ou de joie, de terreur ou de pitié. Voyez Nombre, Cadence, Figures, Passions, &c.

C’est principalement la narration oratoire qui compose ces ornemens ; car la narration historique n’exige qu’une simplicité mâle & majestueuse, qui coûte plus à un écrivain que tous les agrémens du style qu’on peut répandre sur les sujets qui sont du ressort de l’éloquence.

Il ne sera pas inutile d’ajouter ici quelques observations sur les qualités propres à la narration oratoire.

1°. Quoiqu’on recommande dans la narration la simplicité, on n’en exclut pas toujours le pathétique. Ciceron, par exemple, remue vivement les passions, en décrivant les circonstances du supplice de Gavius, citoyen romain, qui fut condamné à être battu de verges, par l’injustice & par la cruauté de Verrès. Rien n’est plus touchant que le récit qu’il fait de la mort des deux Philodamus pere & fils, tous deux immolés à la fureur du même Verrès, le pere déplorant le sort de son fils, & le fils gémissant sur le malheur de son pere. Il y a donc des causes qui demandent une narration touchante & passionnée, comme il en est qui n’exigent qu’une exacte & tranquille exposition du fait. C’est à l’orateur sensé à distinguer ces convenances & à varier son style, selon la différence des matieres.

2°. Pour les causes de peu d’importance, comme sont la plûpart des causes privées, il faut relever la médiocrité du sujet par une diction simple en apparence, mais pure, élégante, variée. Sans cette parure elles paroissent tristes, seches, ennuyeuses ; on doit même y jetter quelques pensées ingénieuses, quelques traits vifs, qui piquent la curiosité, & qui soutiennent l’attention.

3°. A l’égard des causes où il s’agit d’un crime ou d’un fait grave, d’un intérêt public, elles admettent des mouvemens plus forts ; on y peut ménager des surprises qui tiennent l’esprit en suspens, y faire entrer des mouvemens de joie, d’admiration, d’étonnement, d’indignation, de crainte & d’espérance, pourvu que l’on se souvienne que ce n’est pas là le lieu de terminer ces grands sentimens, & qu’il suffit de les ébaucher ; car l’exorde & la narration ne doivent avoir d’autres fonctions que de