Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 11.djvu/869

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une brosse ou gros pinceau sur la feuille chaque partie ; semée ensuite du brillant de la couleur qu’il vouloit, séchée & époussetée, il procédoit à coucher la colle à-travers un autre patron, & à mettre ensuite un brillant d’une autre couleur, faisant ainsi successivement jusqu’à ce que tous les brillans de différentes couleurs fussent appliqués sur la feuille, laquelle achevée devenoit extrèmement riche : mais il falloit pour employer ce papier le coller très-proprement ; car la colle ordinaire qu’on mettoit par-derriere pour le pouvoir poser, détrempoit assez vîte la colle des brillans, ce qui faisoit barbouiller tout l’ouvrage ; il faisoit aussi de la toile avec mêmes brillans & de la même façon.

Papier brouillard, (Papeterie.) le papier brouillard ou papier gris, est un papier qui n’a pas été collé, & sur lequel par conséquent l’encre flue & s’étend ; on s’en sert dans les livres de compte, au lieu de sable, pour empêcher l’encre de gâter la feuille opposée ; ce même papier est aussi d’usage chez les Droguistes & Apoticaires pour filtrer les liqueurs, auxquelles la chausse d’Hypocras n’est pas si propre. (D. J.)

Papier de couleur tout uni ; c’est un papier qui se fait avec une grosse brosse & de toutes sortes de couleurs ; c’est ordinairement de la couronne bule, qu’on y emploie préférablement au champi, qui n’est pas assez collé, & qui empêcheroit non-seulement les couleurs de paroître vives & belles, mais qui ne manqueroit pas de tacher aux places où il boiroit ces couleurs. Toutes ces couleurs sont liquides & sans corps, la plûpart afin de pouvoir être couchées plus uniment.

Les ouvriers qui font ce papier ont la couleur proche d’eux dans une grande terrine ; & avec une brosse telle que celle des Cartiers, ils prennent de la couleur pour chaque feuille, faisant aller & venir la brosse de tout côté, le moins par goutte & le plus uniment qu’ils le peuvent ; puis ils étalent à mesure ce qu’ils ont fait, continuant à mettre la couleur tant qu’il reste de papier à la main, qu’ils ont déplié & mise devant eux tout en un tas sur la table ou l’établi où ils travaillent. Ces sont les marchands Papetiers qui vendent communément ces papiers tout d’une couleur. Pour faire le jaune, les ouvriers usent de la graine d’orignon ; pour le rouge, de bois de Brésil, dit de Frenambouc ; pour le bleu, celui de tournesol & l’indigo ; pour le vert, celui de vessie ; pour l’oranger un jaune, mêlangé de mine de plomb ou d’autre rouge ; pour la couleur de bois, de la bistre, du brou de noix ou du jaune de graine d’orignon, mêlé avec un peu de violet de bois d’inde : ils y emploient aussi la terre d’ombre ; le bois d’inde leur sert à faire le violet, qu’ils rendent d’un œil rougeâtre, y mêlant du rouge de Brésil. Le noir, ils le font, soit avec le noir d’os, soit avec celui d’ivoire ou autre, mais rarement avec celui de fumée, parce qu’il ne se couche pas si bien. Ils font encore quelquefois des rouges différens avec le vermillon & avec la lacque liquide, du vert clair avec du vert de gris, mélangé avec celui de vessie & plusieurs autres couleurs, composées suivant qu’ils les éclaircissent ou qu’ils savent les mélanger. Voyez Couleurs a détremper, liquides & sans corps, &c.

Papier a dessiner, (Papeterie.) papier blanc sur lequel on a passé une éponge imprégnée d’eau de suie ; son usage est pour exempter l’ouvrage du crayon dans les endroits où le papier doit être chargé d’ombres de la couleur de ce papier ; pour les endroits clairs, on les fait dessus avec de la chaux blanche ; élémens de peinture. (D. J.)

Papier dominoté. Voyez Domino, Dominoterie, Dominotier & Recaleur.

Papier doré & argenté ; il y a de plusieurs façons de papier doré ; savoir, celui à fleurs ou fonds d’or qui se fait en Allemagne, mais dont l’or n’est que du cuivre, au lieu que celui d’argent fabriqué dans le même pays est d’argent fin ; car celui qui se fait avec de l’étain est d’un œil si plombé, qu’on n’en fait pas de cas ; ces sortes de papiers se fabriquent à Francfort, à Nuremberg, &c. Le papier doré sur tranche est du papier à lettre.

Le papier doré par petit feuillet & fait d’or fin, sert à plusieurs ouvrages, particulierement dans les couvens de religieuses qui en ornent des reliquaires, de petits tableaux de dévotion & autres choses ; employant aussi au même usage du papier argenté & des cartons dorés sur tranche, fabriqués par petites bandes, avec lesquelles elles exécutent tous ces petits rouleaux dorés qui sont dans les reliquaires & autres ouvrages de leurs mains. Ces papiers, tant dorés qu’argentés, aussi-bien que les cartons qu’on vient de dire, se fabriquent à Paris. Mais à l’égard du papier doré d’Allemagne, on ne l’imite point ici par la grande raison, que tirant le cuivre en feuille de cette contrée, il deviendroit trop cher. Ce papier se fait avec des planches de cuivre jaune évidées, bien en fond, autour des masses & des contours gravés ; les feuilles de cuivre appliquées partout sur la feuille de couleur qu’on veut dorer sont posées sur la planche de cuivre qui doit être chaude, comme à-peu-près le sont les fers dont se servent les Doreurs de couvertures de livres quand ils les emploient ; puis passant le tout entre deux rouleaux ou cylindres, tels que peuvent être ceux de la presse en taille-douce, la planche en gaufrant le papier fait attacher l’or ou l’argent dessus, puis la feuille est étallée pour la laisser refroidir & sécher ; s’épouste pour en ôter tout l’or des endroits où n’ont point marqué les ornemens, figures & traits de la planche de cuivre, ce qui la perfectionne & la met en état d’être vendue.

Papier d’Éventail, (Eventaillistes.) les Eventaillistes se sont partagés les différentes opérations de leur art ; les uns ne font que des bois d’éventails, les autres les peignent & dorent ; d’autres ne font que peindre les feuilles ; d’autres qui sont ceux dont il est question dans cet article, préparent les papiers que les autres emploient : d’autres enfin font commerce, sans travailler par eux-mêmes, quoiqu’ils ayent tous également & indistinctement le droit de travailler à toutes ces sortes d’ouvrages. Ceux qui travaillent au papier, & qu’on pourroit appeller proprement Papetiers éventaillistes, les doublent ; c’est-à-dire, collent ensemble avec une colle légere deux feuilles de papier de serpente, de la qualité qui convient à l’ouvrage auquel elles sont destinées ; cependant une des deux feuilles est toujours plus belle que l’autre & sert d’endroit à l’éventail ; c’est sur ce côté qu’on fait les plus belles peintures. Pour coller ensemble les deux feuilles de papier, on commence par en coller une par les bords sur un cercle de bois vuide, composé d’un demi cerceau & d’une regle, sur lesquels on la colle-avec de l’empois ou autre colle de même nature ; on mouille légerement le papier avec une éponge pour que l’humidité le fasse étendre, & séchant comme la peau d’un tambour ; en cet état, on laisse sécher le papier ; lorsqu’il est sec, on applique dessus la seconde feuille enduite de colle du côté qu’elle s’applique à la premiere ; on la lave bien avec une éponge, & on la laisse sécher. Voyez la Planche de l’Eventailliste, dont voici l’explication.

Vignette, femme qui colle des papiers sur des cercles ; papier pour coller.

2. Homme qui apporte le papier.

3. Ouvrier qui colle la seconde feuille de papier qui est l’envers sur la premiere.