Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 12.djvu/173

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PATINA Tyrotarichi, (Lang. lat.) c’étoit un mets fort grossier dont se nourrissoient les gens de la campagne, & qui étoit composé de fromage & de drogues salées, comme le porte l’étymologie ; mais ce mot se trouve pris au figuré dans plusieurs endroits de Cicéron pour signifier une table frugale.

PATINE, s. f. (Arts.) Il n’y a point de mot françois pour exprimer cette belle & brillante couleur de vert-de-gris que le cuivre ne prend pas toujours ; l’agrément de cette couleur pour l’œil & la difficulté de la rencontrer (car tous les cuivres ne s’en chargent pas également), la rendent très-recommandable aux Italiens, qui la nomment patina, comme on ose ici le faire d’après eux, & par l’exemple de M. le comte de Caylus. « Il doit être permis, dit-il avec raison, d’adopter un mot étranger au moins dans la langue des arts ». Or l’Encyclopédie en est le dictionnaire. (D. J.)

PATIRA, s. m. (ustencile de Tailleur.) C’est un petit tapis fait de lisieres qu’ils étalent sur l’établi, & sur lequel ils posent l’étoffe qu’ils veulent repasser avec le carreau, afin que l’action du carreau n’applatisse point trop les boutonnieres.

PATIS, s. m. (Ornithol.) petit oiseau de mer décrit par Oviedo, & qui semble être le même que celui dont parle Holer dans sa lettre à Clusius. Il est un peu plus gros que notre moineau, rase délicatement la surface de l’eau, & passe pour présager la tempête prochaine.

PATISSERIE, s. f. (terme de Cuisine.) ouvrage de cuisine fait avec de la pâte qui se cuit ordinairement au four. On appelle aussi pâtisserie, l’art d’assaisonner & dresser toutes les préparations de pâtes que font les pâtissiers.

PATISSIER, s. m. (Art méchaniq.) celui qui fait & qui vend de la pâtisserie.

La communauté des Pâtissiers n’est pas une des moins anciennes de Paris, les maîtres prennent la qualité de maîtres de l’art de Pâtissier & Oublayer.

Les statuts qui leur ont été donnés par Charles IX. en 1566, en conséquence de l’ordonnance d’Orléans, consistent en trente-quatre articles, tirés en partie des anciens & en partie des nouveaux. L’enregistrement au parlement des lettres-patentes de ce prince est du 10 Février de l’année suivante.

Les jurés sont au nombre de quatre, dont deux s’élisent chaque année, ensorte qu’ils sont toujours deux ans en charge.

Outre les jurés, il y a un clerc de la communauté chargé des fonctions ordinaires à ces sortes d’officiers, & encore institué pour l’ordre qui se doit observer dans la distribution des garçons aux maîtres qui en ont besoin, qui tous doivent s’adresser à ce clerc, les uns pour trouver maître, les autres pour avoir des garçons.

L’apprentissage est de cinq années consécutives ; trois mois d’absence sans le su du maître, cassent & annullent le brevet quelque tems que l’apprenti ait servi.

Le chef-d’œuvre est d’obligation à tous aspirans à la maîtrise. Il consiste pour la pâtisserie en cinq plats faits & cuits en un seul jour à la discrétion des jurés ; & pour l’oublayerie, en cinq cens de grandes oublayes ou oublies, trois cens de supplications, & deux cens d’estriers qu’il peut faire un autre jour, mais dont il faut qu’il prépare la pâte lui-même.

Les garçons ou serviteurs sont tenus de servir chez les maîtres le tems dont ils sont convenus, autrement il est fait défense aux autres maîtres de les prendre à leur service, à-moins que le premier maître n’y consente.

Les veuves en viduité peuvent tenir boutique, & jouir des autres droits des maîtres, à la réserve de


faire des apprentis, pouvant toutefois achever celui que leur mari auroit commencé.

Outre les visites que les jurés doivent faire chez les maîtres, ils ont encore droit de visitation sur les fromages de Brie, les œufs & le beurre, & il leur est permis de les lottir entr’eux.

Le pain à chanter, grand & petit, fait à Paris où ailleurs, ne peut être exposé en vente par les maîtres Pâtissiers qui s’appliquent à cette sorte de pâtisserie, qu’il n’ait été vû & visité par les jurés.

Les maîtres sont conservés dans leurs droits de mesurer leur blé à la halle à l’heure accoutumée, parce que l’article 19. porte que le plus beau blé n’est pas trop bon pour faire pain à chanter messe, & à communier où le corps de notre Seigneur est célébré.

Il est défendu aux maîtres de vendre aucunes pieces de pâtisseries mal-conditionnées & réchauffées : il n’appartient qu’aux Pâtissiers de faire toutes les pieces de four pour les festins, nôces, &c. qui se donnent dans la ville & fauxbourgs de Paris.

Il est défendu aux Pâtissiers d’aller au-devant des marchands & laboureurs pour acheter leurs grains, ni d’en acheter ailleurs que sur les ports. Il leur est encore défendu d’acheter plus que six septiers de blé & autant de farine, à peine de confiscation du surplus.

PATMOS ou PATHMOS, (Géog. anc. & mod.) île de l’Archipel, située entre les îles de Nicaria & de Samos, au nord occidental de la premiere & au nord oriental de la seconde, & entre les îles de Naxie & de Narcio, au midi occidental de la premiere & à l’orient de la seconde.

L’île de Patmos, aujourd’hui nommée Patino, célebre par l’exil de l’apôtre S. Jean pendant 18 mois, est un des plus méchans écueils de l’Archipel ; elle est découverte, sans bois & fort seche, quoiqu’elle ne manque pas de roches, ni de montagnes, dont la plus élevée s’appelle Ste Hélie. Cette île ne produit que peu d’orge, de froment & de vin ; mais elle a beaucoup de gibier, perdrix, lapins, cailles, tourterelles, &c. tout son négoce consiste dans l’industrie des habitans, qui, avec une douzaine de caïques ou plusieurs autres petits bateaux, s’en vont chercher du blé en terre-ferme, & même jusques sur les côtes de la mer Noire, pour en venir charger des bâtimens françois. Il est surprenant que dans un si pauvre pays les maisons y soient aussi-bien bâties que dans les lieux où il y a du commerce, & leurs chapelles sont toutes voûtées.

Cette île n’a que dix-huit milles de tour, mais si l’on parcouroit les recoins de cap en cap, on excuseroit bientôt Pline, qui lui donne trente lieues de circonférence. Il n’y a guere plus de trois à quatre cens personnes dans Patmos ; les Corsaires ont contraint les habitans d’abandonner la ville, qui étoit au bord de la Scala, & de se retirer à deux milles & demi sur la montagne, autour du monastere de S. Jean, qui est une espece de citadelle solidement bâtie, & dans laquelle il y a toujours une cinquantaine de caloyers.

Les femmes de Patmos sont assez jolies, mais le fard qu’elles mettent les défigure horriblement ; néanmoins ce n’est pas leur intention, car depuis qu’un marchand de Marseille en a épousé une pour sa beauté, elles s’imaginent, dit Tournefort, qu’il n’y a point d’étranger qui descende dans l’île, qui n’y vienne faire la même emplette.

Patmos est éloigné de 60 milles des îles de Cos, de Stampalie & de Mycone ; elle est à 18 milles de Léro, à 45 milles de Nicaria, & à 60 de Samos. Il n’y a ni turc, ni latin dans l’île ; un grec y fait la fonction de consul de France, quoiqu’il n’ait ni pouvoir, ni patentes pour prendre cette qualité. Long. de Patmos 44. 15. latit. 37. 20. (D. J.)