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des murs : telles sont les lichens, les fucus de mer, & plusieurs autres. (D. J.)

Plantes pentapétales, ce sont celles dont les fleurs sont composées de cinq feuilles. Voyez Plante.

Plante vénéneuse, (Botan.) plante nuisible ou mortelle. Nous serions heureux de connoître nos ennemis du regne végétal, ou, pour parler plus simplement, les plantes vénéneuses : on se plaint de puis long-tems de ce que les Botanistes semblent s’attacher uniquement à caractériser les plantes, sans s’inquiéter de leurs propriétés ; mais ce n’est pas leur faute, il a fallu nécessairement s’assurer du caractere de chaque plante, & c’est au tems à nous en apprendre les vertus ou le danger. Ni l’analyse chimique, ni les expériences faites sur les animaux vivans, ni le gout, ni l’odeur, ni finalement les autres qualités sensibles des plantes, ne nous découvrent point quels effets elles sont capables de produire sur nous. De tous ces moyens, l’analyse chimique est sans doute le moins fidele. Quant aux essais faits sur les animaux, ils ne concluent rien pour nous ; les amandes ameres, le persil, tuent des oiseaux, & ne laissent pas de nous servir d’alimens ; au rebours les chevres broutent le tithymale pour réveiller leur appétit, & cette même plante empoisonne les poissons, & n’est pas moins dangereuse aux hommes.

Pour ce qui regarde les qualités sensibles, elles ne trompent que trop souvent. La ressemblance des caracteres botaniques, ou leur proximité dans les classes, ne nous assure pas davantage des affinités de leurs vertus ; car les cigues, les phillandrium, les ænanthe, se trouvent dans la même famille que les angéliques, le fenouil, & autres plantes salutaires.

Rien ne nous assure donc des bonnes ou mauvaises propriétés des plantes à notre égard, que l’usage réitéré que nous en faisons ; or il est peu de botanistes, comme Gesner, assez zélés pour le bien public, jusqu’à risquer leur vie en éprouvant sur eux-mêmes les vertus des plantes. On raconte que ce savant homme mourut pour avoir essayé sur lui la vertu du doronic à racine de scorpion. La prudence veut donc qu’on attende patiemment les essais des empyriques téméraires, ou des paysans assez malheureux, pour se tromper quelquefois sur le choix des remedes & des alimens tirés des végétaux.

On voit par ce que nous venons de dire, que la recherche des vertus des plantes est très-risqueuse, & que c’est au tems & à des hasards heureux ou funestes à nous instruire là-dessus. Mais c’est des plantes vénéneuses que la connoissance nous intéresse le plus, car elles nous trompent souvent par les apparences des fruits doux & agréables ; témoins la bella dona, la christophoriane, & sur-tout le coriaria, ou le redoul, dont nous parlerons ailleurs : il est donc avantageux de faire connoître ces poisons afin qu’on les évite soigneusement.

Un autre motif qu’on ne soupçonne pas d’abord, doit encore nous engager à la recherche de ces sortes de plantes, c’est à cause de leurs vertus médicinales ; car toutes vénéneuses que sont plusieurs de ces plantes, elles peuvent fournir des remedes d’autant plus efficaces qu’elles sont plus dangereuses : & au fond, les poisons ne different souvent des remedes que par la dose, ou par la maniere de les appliquer. On tire du laurier-cerise une eau très-vénéneuse, & cependant les feuilles de cet arbre donnent aux crêmes un goût d’amande amere, qu’on recherche très-avidement, & dont on se trouve bien. Le laurier-rose, poison violent même pour les chevaux, purge avec succès certains hommes robustes. L’opium, qui est un violent poison, devient un souverain remede, appliqué à-propos & à juste dose. (D. J.)

Plantes de la Bible, (Botan.) On appelle ainsi


les plantes dont il est parlé dans la Bible. La Botanique a éclairé de ses lumieres la Critique sacrée, & a répandu beaucoup de jour sur l’intelligence des endroits de l’Ecriture où il s’agit des plantes. Barreira, Cocquius, Lemnius, Ursinus, ont les premiers rompu la glace ; mais leurs ouvrages sont tombés dans l’oubli depuis ceux d’Hiller, abbé de Royal-Fontaine, & du médecin Celsius. Le traité d’Hiller est intitulé Hilleri hiero-phyticon, & a été imprimé à Urrecht en 1725, in-4°. L’ouvrage de Celsius, Celsii hiero-botanicon, a paru Amstæl. 1748, en 2 vol. in-8°. (D. J.)

Plantes, maladies des, (Agricult.) Tout ce qui végete a ses maladies, ou, pour parler plus simplement, tous les corps organisés sont sujets à certains changemens, à certaines dégénérations, que l’on peut appeller maladies, par rapport à leur état naturel ; un arbre, par exemple, dont le tronc se pourrit, ou qui perd ses feuilles avant la saison, est malade, parce qu’on ne l’appelle sain que lorsque ses parties sont bien conditionnées.

On peut rapporter les maladies des plantes aux causes suivantes : 1°. à la trop grande abondance du suc nourricier ; 2°. au défaut, ou manque de ce suc ; 3°. à quelques mauvaises qualités qu’il peut acquérir ; 4°. à sa distribution inégale dans les différentes parties des plantes ; 5°. enfin, à des accidens extérieurs.

La trop grande abondance de suc nourricier le fait sortir de lui-même hors de ses vaisseaux : ainsi les especes de pins distillent naturellement presque pendant toute l’année. L’épanchement est encore plus grand, si l’on fait des incisions à ces arbres à coups de hache ou autrement.

La liqueur qui en découle s’appelle térébenthine lorsqu’elle conserve sa fluidité, & galipot ou résine quand elle devient solide : mais si ce même suc, faute de vîtesse, se grumele dans ses propres tuyaux ; s’il est obligé de s’y arrêter parce qu’ils sont devenus crasseux, & par conséquent plus étroits qu’ils n’étoient ; alors le suc qui continue de monter de la racine, s’imbibe peu-à-peu dans les trachées que l’on peut appeller les poumons des plantes, il en interrompt le commerce de l’air ; & la circulation étant interceptée, ces arbres sont suffoqués & meurent, par la même raison que les animaux qu’on étouffe.

Dans les pays chauds, la trop grande abondance de seve produit au bout des branches des arbres que l’on taille en buisson, des tumeurs d’une substance spongieuse qui se carie facilement ; & ces arbres en portent bien moins de fruit. Si l’on coupe du bois plus qu’il ne faut aux arbres à haute tige, ils donnent peu de fruit, parce que la seve trop abondante par rapport au bois qu’elle doit nourrir, ne fait que pousser de nouvelles branches, au lieu de faire fleurir les vieilles, dont les vaisseaux sont plus difficiles à pénétrer ; ainsi le grand secret dans la culture des arbres fruitiers, c’est de ne couper que les branches qui se croisent, & qui les rendroient difformes : mais les mains démangent aux curieux.

La langueur & la mort de plusieurs plantes montrent bien que le suc nourricier commence à leur manquer. Les feuilles ne jaunissent, ne se fanent, & ne tombent hors de leur saison, que faute de nourriture ; soit qu’elle leur soit dérobée par les petits vers qui s’y attachent, soit que le mal vienne des racines : ces parties perdent peu-à-peu leur ressort ; elles se carient, se chancissent, & leurs couloirs se remplissent d’un certain limon, qui empêche la filtration des sucs propres pour les autres parties. Si les racines se carient, le fumier de vache ou de cochon les rétablit & arrête la carie, de même que le storax liquide arrête la gangrene des animaux. Si elles sont chancies, il faut les bien laver dans l’eau claire, pour détacher &