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meilleur sort, &c. Chacune de ces quatre especes doit être considerée à part.

§. 1. Des verbes passifs composés. On emploie dans la composition de cette espece de verbe, ou des tems simples, ou des tems composés de l’auxiliaire être : il n’y a aucune difficulté sur les tems simples, puisqu’ils sont toujours indéclinables, du moins dans le sens dont il s’agit ici, & l’on dit également je suis, j’étois, ou je serai aimé ou aimée, nous sommes, nous étions, ou nous serons aimés ou aimées : dans les tems composés de l’auxiliaire, il ne peut y avoir que l’apparence du doute, mais nulle difficulté réelle ; ils résultent toujours de l’un des tems simples de l’auxiliaire avoir & du supin été, qui est par conséquent indéclinable, en sorte que l’on dit indistinctement j’ai ou nous été, j’avois ou nous avions été, &c.

Pour ce qui concerne le participe passif qui détermine alors le sens individuel du verbe, il se décline par genres & par nombres, & se met sous ce double aspect, en concordance avec le sujet du verbe, comme seroit tout autre adjectif pris pour attribut : mon frere a été loué ; ma sœur a été louée ; mes freres ont été loués, mes sœurs ont été louées, &c.

§. 2 Des verbes absolus. Par rapport à la composition des prétérits, nous avons en françois trois sortes de verbes absolus : les uns qui prennent l’auxiliaire être, les autres qui emploient l’auxiliaire avoir, & d’autres enfin qui se conjuguent des deux manieres.

Les verbes qui reçoivent l’auxiliaire être sont, suivant la liste qu’en a donnée M. l’abbé d’Olivet, opusc. p. 385, accoucher, aller, arriver, choir, déchoir, (& échoir), entrer, (& rentrer), mourir, naître, partir, retourner, sortir, tomber, (& retomber), venir & ses dérivés (tels que sont avenir, devenir & redevenir, intervenir, parvenir, provenir, revenir, survenir, qui sont les seuls qui se conjuguent comme le primitif.) Les prétérits de tous ces verbes se forment des tems convenables de l’auxiliaire être & du participe des verbes mêmes, lequel s’accorde en genre & en nombre avec le sujet. Cette regle ne souffre aucune exception ; & l’usage n’a point autorisé celle que propose M. l’abbé Regnier, gramm. franç. in 12. p. 490. in-4°. p. 516. sur les deux verbes aller & venir, prétendant que l’on doit dire pour le supin indéclinable, elle lui est allé parler, elle nous est venu voir, &c. & qu’en transposant les pronoms qui sont complémens, il faut dire par le participe déclinable, elle est allée lui parler, elle est venue nous voir, &c. De quelque maniere que l’on tourne cette phrase, il faut toujours le participe, & l’on doit dire aussi, elle lui est allée parler, elle nous est venue voir : il me semble seulement que ce tour est un peu plus éloigné du génie propre de notre langue, parce qu’il y a un hyperbate, qui peut nuire à la clarté de l’énonciation.

Les verbes absolus qui reçoivent l’auxiliaire avoir sont en beaucoup plus grand nombre, & M. l’abbé d’Olivet (ibid.) prétend qu’il y en a plus de 550 sur la totalité des verbes absolus qui est d’environ 600. Les prétérits de ceux-ci se forment des tems convenables de l’auxiliaire avoir & du supin des verbes mêmes, qui est toujours indéclinable.

Enfin les verbes absolus qui se conjuguent avec chacun des deux auxiliaires, forment leurs prétérits avec leur participe déclinable, quand ils empruntent le secours du verbe être ; ils les forment avec le supin indéclinable, quand ils se servent de l’auxiliaire avoir. Ces verbes sont de deux sortes : les uns prennent indifféremment l’un ou l’autre auxiliaire ; ce sont accourir, apparoître, comparoître & disparoître, cesser, croître, déborder, périr, rester les autres se conjuguent par l’un ou par l’autre, selon la diversité des sens que l’on veut exprimer ; ce sont convenir, demeurer, descendre, monter, passer, repartir, dont j’ai expliqué ail-


leurs les différens sens attachés à la différence de la conjugaison. Voyez Neutre.

§. III. Des verbes relatifs. Les verbes relatifs sont des verbes concrets ou adjectifs, qui énoncent comme attribut une maniere d’être, qui met le sujet en relation nécessaire avec d’autres êtres, réels ou abstraits : tels sont les verbes battre, connoître, parce que le sujet qui bat, qui connoît, est par là-même en relation avec l’objet qu’il bat, qu’il connoît. Cet objet, qui est le terme de la relation, étant nécessaire à la plénitude du sens relatif énoncé par le verbe, s’appelle le complément du verbe ; ainsi dans battre un homme, connoître Paris, le complément du verbe battre c’est un homme, & celui du verbe connoître, c’est Paris.

Un verbe relatif peut recevoir différens complémens, comme quand on dit rendre gloire à Dieu, gloire est un complément du verbe rendre, & à Dieu en est un autre. Dans ce cas l’un des complémens a au verbe un rapport plus immédiat & plus nécessaire, & il se construit en conséquence avec le verbe d’une maniere plus immédiate & plus intime, sans le secours d’aucune préposition ; rendre gloire : je l’appelle complément objectif ou principal, parce qu’il exprime l’objet sur lequel tombe directement & principalement l’action énoncée par le verbe. Tout autre complément, moins nécessaire à la plénitude du sens, est aussi lié au verbe d’une maniere moins intime & moins immédiate, c’est communément par le secours d’une préposition ; rendre à Dieu : je l’appelle complément accessoire, parce qu’il est en quelque maniere ajouté au principal, qui est d’une plus grande nécessité. Voyez Régime. Les Grammairiens modernes, & spécialement M. l’abbé d’Olivet, appellent le complément principal, régime simple, & le complément accessoire, régime compose.

Après ces préliminaires, on peut établir comme une regle générale, que tous les verbes dont il s’agit ici forment leurs prétérits avec l’auxiliaire avoir ; & il n’est plus question que de distinguer les cas où l’on fait usage du supin, & ceux où l’on emploie le participe.

Premiere regle. On emploie le supin indéclinable dans les prétérits des verbes actifs relatifs, quand le verbe est suivi de son complément principal.

Seconde regle. On emploie le participe dans les prétérits des mêmes verbes, quand ils sont précédés de leur complément principal ; & le participe se met alors en concordance avec ce complément, & non avec le sujet du verbe.

On dit donc, j’ai reçu vos lettres, par le supin, parce que le complément principal, vos lettres, est après le verbe j’ai reçu ; & reçu doit également se dire au singulier, comme au pluriel, de quelque genre & de quelque nombre que puisse être le sujet. Mais il faut dire, par le participe, les lettres que mon pere a reçues ou qu’a reçues mon pere, parce que le complément principal que, qui veut dire lesquelles lettres, est avant le verbe a reçues ; & le participe s’accorde ici en genre & en nombre avec ce complément objectif ou principal que, indépendamment du genre, du nombre, & même de la position du sujet mon pere.

Titus avoit rendu sa femme maîtresse de ses biens, par le supin ; il ne l’avoit pas rendue maîtresse de ses démarches, par le participe : c’est toujours le même principe, quoique le complément principal soit suivi d’un autre nom qui s’y rapporte. Ce seroit la même chose, quand il seroit suivi d’un adjectif : le commerce a rendu cette ville puissante ; c’est le supin ; mais il l’a rendue orgueilleuse ; c’est le participe.

Lorsqu’il y a dans la dépendance du prétérit composé un infinitif, il ne faut qu’un peu d’attention pour démêler la syntaxe que l’on doit suivre. En général