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en prescrivit plus étroitement l’observation par une ordonnance de l’an 1453.

Pie II. après avoir fortement déclamé contre la pragmatique dans l’assemblée de Mantoue, fit ses decrétales execrabilis & inauditus contre ceux qui appellent du pape au concile. Mais Jean Dauvet, procureur-général, en appella au futur concile en 1461.

Louis XI, fils de Charles VII. voulant se concilier la faveur de Pie II. par rapport à la Sicile qu’il vouloit faire avoir à René d’Anjou, révoqua la pragmatique-sanction par des lettres adressées au pape le 27 Novembre 1461.

Pie II. charmé de cette nouvelle, fit présent au Roi d’une épée garnie de pierreries ; il fit publier les lettres de Louis XI. & trainer dans toutes les rues de Rome la pancarte qui contenoit la pragmatique-sanction qu’il avoit reçue avec le paquet des lettres de révocation.

Mais les lettres de révocation ne furent point vérifiées au parlement, & depuis le Roi étant mécontent du pape, ne fit point exécuter cette révocation. Le cardinal d’Arras qui avoit obtenu le chapeau à mener cette intrigue, étant fâché de son côté de ce que le pape ne lui avoit pas permis de tenir ensemble l’archevéché de Besançon & l’évéché d’Alby, se mit encore moins en peine de presser l’exécution des lettres qui avoient révoqué la pragmatique.

Pie II. étant décédé trois années après, l’an 1464, Louis XI. sur les rémontrances du parlement, rétablit en quelque sorte la pragmatique-sanction. Paul II. fit ensuite varier Louis XI ; mais Jean de Saint-Romain, procureur-général, s’opposa à l’enregistrement des dernieres lettres que le roi avoit données contre la pragmatique, l’université en appella au futur concile, & fit enregistrer ses protestations au Châtelet.

Sous le regne de Charles VIII. la pragmatique-sanction fut observée ; Jean de Nanterre, procureur-général, fit un appel du pape, de sa légation, du pape même au pape mieux conseillé, & protesta contre tout ce qui avoit été fait pour détruire la pragmatique.

Louis XII. ordonna en 1499, que la pragmatique seroit inviolablement observée. Jules II. suscita contre lui toute l’Italie ; la France & l’Allemagne sommerent Jules II. d’assembler un concile, & à son refus, les cardinaux l’indiquerent à Pise ; alors le pape, pour parer le coup, indiqua le concile à Rome à St. Jean de Latran, il cita le roi, les cours & le clergé de venir défendre la pragmatique dans un certain délai, faute de quoi elle seroit déclarée nulle, schismatique, & comme telle, abrogée.

Le concile de Pise avoit déjà fait beaucoup de décrets qu’on avoit reçus en France. On étoit à la veille de voir un schisme ; mais la mort de Jules II. arrivée le 26 Février 1513, le prévint.

Louis XII. fut plus doux à l’égard de Léon X. successeur de Jules II ; il reconnut le concile de Latran ; mais Louis XII. lui-même étant mort le premier Janvier 1514, les affaires changerent de face.

François I. victorieux en Italie, ayant pris Milan, Léon X. chercha à faire sa paix avec ce prince. Le pape proposa au roi une entrevue à Boulogne ; là le roi demanda au pape, ou d’approuver la pragmatique, ou de faire un traité. Léon X. préféra ce second parti. Ils firent donc ensemble un traité en 1517, qu’on appelle le concordat.

Par ce concordat la pragmatique-sanction, pour le soutien de laquelle on avoit tant bataillé, fut abolie, du moins pour la plus grande partie, au grand contentement de la cour de Rome, & au regret perpétuel des universités & de tout l’ordre ecclésiastique de France.

Suivant la pragmatique, tous les bénéfices consistans en dignités, comme archevéchés, évéchés, ab-


bayes & prieurés conventuels, étoient sujets à élection ; savoir, les archevéchés & évéchés à l’élection des chapitres, les abbayes & prieurés conventuels à l’élection des religieux & couvent ; au lieu que, suivant le concordat, les bulles & déclarations qui ont été données en interprétation, le roi nomme aux archevéchés, évéchés, abbayes & prieurés conventuels. Voyez ci-devant Concordat.

Quelques auteurs ont avancé qu’au moyen du concordat, la pragmatique étoit entierement abrogée dans l’église de France : ils se fondent sur le discours que fit le pape Pie II. dans l’assemblée de Mantoue, sur la bulle de Léon X. qui commence par ces mots, Pastor æternus, & sur la lettre de Louis XI. à Jules II. Il est certain que ce prince eut en certaines conjonctures intention d’abolir la pragmatique ; mais on a vu que lui-même l’a rétablie en quelque sorte sur les remontrances du parlement ; & quoique Paul III. l’eut fait varier, le dessein d’abolir la pragmatique ne fut pas totalement exécuté, & la doctrine du royaume est que les articles de la pragmatique, qui ne sont point contraires à ceux que l’on y suit du concordat, n’ont pas été abrogés ; plusieurs ont même été confirmés par d’autres ordonnances, & par la jurisprudence des arrêts ; & les articles dont le concordat ne parle point, ont pareillement été conservés. Voyez sur la pragmatique Guymier, Probus, Pinsor, le quatrieme plaidoyer de Patru, Joly, Fontanon, les mémoires du Clergé.

Pour ce qui est des pragmatiques d’Allemagne, ce sont des réglemens ou concordats que l’empereur fait agréer par la diete. La pragmatique-sanction de l’empereur Charles VI. est un pacte de famille pour la succession de ses états héréditaires qu’il déclare indivisibles, & pour le droit de succession de mâle en mâle, au défaut desquels il appelle ses filles, à leur défaut ses nieces, à leur défaut ses sœurs ; elle fut acceptée en 1724, dans la plûpart des états héréditaire d’Autriche, & présentée à la diete de Ratisbonne en 1731, où l’empereur en demanda la garantie. Voyez le tableau de l’empire germanique, p. 154. (A)

PRAGUE ou PRAG, (Géogr. mod.) ville capitale du royaume de Boheme, sur la Muldaw qu’on y passe sur un pont, à 45 lieues au nord de Lintz, à 60 au sud-est de Berlin, a 28 au sud-est de Dresde, & à 56 au nord-ouest de Vienne.

Quelques géographes prétendent sans aucune preuve, que c’est l’ancienne Bubiemum ; d’autres que c’est la Casurgis de Ptolomée ; d’autres enfin que Marabodus roi des Marcomans, lui donna le nom de Maroboduum.

Quoi qu’il en soit, Prague est la plus grande ville d’Allemagne, & elle est partagée en trois ; la vieille ville, la ville neuve, & la petite, qui n’est occupée que par de pauvres juifs : les deux autres sont séparées par un pont, sur lequel on voit la statue de S. Jean Népomucene, que le roi Vinceslas fit jetter dans la riviere, pour n’avoir pas voulu révéler la confession de la reine.

On trouve dans la vieille ville le palais des anciens rois, & la métropole qui est un vieux bâtiment gothique. La nouvelle ville est plus grande que la vieille ; mais c’est qu’elle renferme beaucoup de jardins & de grandes places. On compte à Prague une infinité de couvens qui n’enrichissent pas cette ville ; les Jésuites seuls y ont trois maisons composées de 200 religieux.

Charles IV. empereur, fonda en 1347, l’université de Prague. C’est auprès de cette ville que se donna la célebre bataille qui décida en 1620, le différend de la couronne de Bohème en faveur de l’empereur Ferdinand II. contre Fréderic V. électeur palatin, qui avoit été élu roi de Bohème par les états du pays.