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de cet article, que l’origine des combles est venue de la nécessité que les anciens avoient de se mettre à l’abri des mauvais tems ; nous allons voir maintenant que la hauteur qu’on leur donne, vient de la température plus ou moins grande des différens climats.

Autrefois on donnoit aux combles autant de hauteur que de base ; on a fait ensuite des triangles équilatéraux ; enfin, on est parvenu au point de leur donner de hauteur la moitié de leur base ; celle qu’on leur donne ordinairement en France est environ depuis un jusqu’aux deux tiers de la base, mais elle differe encore selon les matériaux dont on se sert pour les couvrir. Cette hauteur, dit Vitruve, doit augmenter à proportion que l’on approche des régions septentrionales, où les pluies & les neiges sont abondantes, & par la même raison diminuer à mesure qu’on s’en éloigne ; aussi sont-ils très-élevés vers le nord, fort bas en Italie, encore plus au levant, n’y ayant presque que des terrasses. Il en est de cinq especes différentes ; la premiere, sont les combles à deux égouts ; la deuxieme, les combles brisés, dits à la mansarde ; la troisieme, ceux en tour ; la quatrieme, ceux à l’impériale ; & la cinquieme, ceux en dome ou calottes.

Des combles à deux égouts. Les combles à deux égouts sont en France les plus simples de tous, & ceux qui coutent le moins ; il en est de circulaires, ovales, quarrés, rectangulaires, & à pans coupés par leurs plans ; on les divise en deux especes : l’une appellée à deux égouts, fig. 70. est lorsque les chevrons A étant inclinés des deux côtés, l’eau peut s’écouler de part & d’autre ; l’autre appellée à un seul égout ou en appenti, fig. 71. & qui tient de la premiere, est lorsque les chevrons A, n’étant placés que d’un côté, l’eau ne peut par conséquent s’écouler que d’un côté.

Ces deux manieres se font avec exhaussement & sans exhaussement ; la premiere, fig. 77. & 86, est lorsque le tirant ou la poutre B placée plus bas que l’extrémité des nœuds C, forme un étage, partie dans l’enceinte des murs C, & partie dans les combles ; la seconde, fig. 70. 74. 79, &c. est lorsque le même tirant ou poutre B, vient aboutir au pié des chevrons A ou arbalétrier G ; l’une & l’autre se font encore de deux manieres ; la premiere, en y plaçant des fermes[1] ou demi-fermes, & la deuxieme, en les y supprimant. Lorsque l’on y place des fermes, fig. 70. ou demi-fermes, fig. 71 ; il faut les éloigner d’environ douze piés de distance l’une de l’autre, & elles doivent être composées d’une poutre ou tirant B, qui sert à retenir l’écartement des arbalétriers G, & quelquefois celui des murs C, & à soutenir un poinçon D, sur lequel est assemblé à tenon & mortaise le bout E d’une contre-fiche EF, sur laquelle à son tour vient s’appuyer par l’autre F une force ou arbalétrier G, assemblé à tenon ou mortaise par son extrémité inférieure dans la poutre ou tirant B, & par l’autre dans le poinçon D ; ces forces G sont faites pour porter une, deux, & quelquefois trois pieces de bois H, appellées pannes, espacées à distances égales sur la hauteur allant d’une ferme à l’autre, posées sur des tasseaux I, qui servent à les caler, chevillées dans la force ou arbalétrier G, & appuyées sur les chantignoles K, assemblées à tenon & mortaise, ou attachées avec de fortes chevilles de fer, fig. 72. de sept à huit pouces de long, & entaillées en forme de talon par son extrémité inférieure dans l’épaisseur de l’arbalétrier G ; ces pannes H contribuent à soutenir le poids de la couverture que portent les chevrons A, dont l’extrémité supérieure est appuyée sur une piece de bois L, appellée faîte, qui va de l’une à l’autre ferme,


& qui les entretient par le haut du poinçon D, & dont le pié est appuyé & entaillé sur une plate-forme ou sabliere M, posée sur les murs C, & cela pour préserver le pié des chevrons des humidités du plâtre.

Chacune de ces fermes est entretenue par un assemblage de pieces de bois appellé faîtage, fig. 73, dont, comme nous venons de le voir, D est le poinçon appuyé sur la poutre ou tirant B, qui dans la fig. 70. & 71. entretient l’écartement des murs C ; ce faîtage, fig. 73. est composé d’une piece de bois L, appellée faîte, où sont assemblés à tenon & mortaise les poinçons D, & sur laquelle viennent s’appuyer par le haut les chevrons A, fig. 70. & 71. soutenus sur sa longueur par des liens N, en forme de potence, assemblés à tenon & mortaise par un bout dans le faîte L, & par l’autre dans le poinçon D.

Il arrive souvent qu’aux demi-fermes dont le mur C monte jusqu’en haut d’un côté, on supprime le faîtage, fig. 73. & par conséquent le poinçon D ; alors l’extrémité supérieure de l’arbalétrier G, fig. 71. & le bout E de la contre-fiche EF, sont scellés dans le grand mur C.

La fig. 74. est un grand comble sans exhaussement avec ferme, composé d’une poutre ou tirant B, appuyé par chaque bout sur des sablieres M, posées sur les murs C, garnis de bossages par en-haut & par en-bas, & aux endroits où plusieurs mortaises placées à la même hauteur, pourroient lui avoir ôté une partie de sa force, sur lequel sont assemblés par un bout à tenon & mortaise des contrefiches E & en rait F. assemblés par l’autre aussi à tenon & mortaise dans les arbalêtriers G, sur chacun desquels sont appuyées trois pannes H pour porter les chevrons A. soutenus de tasseaux I & de chantignoles K ; l’entrait F est soutenu sur sa longueur d’esseliers O, assemblés à tenon & mortaise par un bout dans l’entrait F, & par l’autre dans les arbalêtriers G ; P sont des jambettes assemblées à tenon & mortaise par cnaque bout, contribuant par l’un à soutenir les arbalêtriers G, & appuyées par l’autre, l’une sur l’entrait F, & l’autre sur le tirant B. Q sont des petites pieces de bois appellées coyaux, assemblées par un bout à tenon & mortaise, ou attachées de clous sur les chevrons A, & par l’autre appuyées sur les murs C.

Si l’on jugeoit à-propos de supprimer l’extrémité inférieure du poinçon D, pour pratiquer dans le comble un grenier commode, il faudroit le faire porter alors sur l’entrait F, que l’on feroit un peu plus fort & d’un seul morceau.

Chacune des fermes de ce comble est entretenue par un faîtage, fig. 75. composé du poinçon D & de la poutre B de la ferme dont nous venons de parler, d’un faîte L & d’un sous-faîte S, assemblés par chaque bout à tenon & mortaise dans les poinçons D, soutenus & liés ensemble avec des liens N, assemblés dans le faîte L, dans le sous-faîte S & dans le poinçon D.

La fig. 76. est un grand comble exhaussé, composé d’une poutre B qui porte un plancher, dont les extrémités appuyées dans les murs C sont surmontées de jambes de force R, qui avec les esseliers O portent une ferme, composée de poinçon D, de contrefiches E, d’entrait F qui peut aussi porter un plancher de jambettes P, d’arbalêtriers G, de pannes H qui portent les chevrons A, de tasseaux I, de chantignoles K & de faîte L ; à l’extrémité supérieure des murs C sont des plate-formes M pour porter le pié des chevrons A, garnis de coyaux Q.

Les fermes de ce comble sont aussi entretenues de faîtage, fig. 77. composées de jambes de force R, appuyées sur la poutre B, & du poinçon D appuyé sur l’entrait E, dont nous venons de parler, sur le-

  1. Une ferme est l’assemblage de plusieurs pieces de bois qui soutiennent les chevrons.