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aux bateaux sur lesquels on amenoit des chantiers, la pierre, le mortier & le moilon.

Au moment que le caisson reposa sur la tête des pieux à 10 piés un pouce sous l’étiage, on eut la satisfaction de reconnoitre par différens coups de niveau, qu’il n’y avoit rien à désirer, tant pour la justesse du sciage, que pour toutes les autres manœuvres. La charge sur ces pieux étoit alors 1100000 livres, & la hauteur de l’eau sur les bords, de 13 piés 6 pouces ; on les avoit soulagés à différentes hauteurs, par des étais appuyés contre la maçonnerie.

Il fut ensuite question de fermer l’enceinte d’aval. Pendant le tems même de la construction de la maçonnerie de la pile, on fit battre des pieux suivant le même plan que la pointe d’amont, que l’on garnit pareillement de grosses pierres au-dehors.

L’échafaud d’enceinte fut incontinent démoli, les pieux qui le portoient sciés à quatre piés sous l’étiage, & les bords du caisson enlevés ; cette derniere manœuvre se fit sans peine en frappant les courroies, qui en entrant de deux pouces, ainsi qu’on l’a dit précédemment, dans les mortaises inférieures, firent sauter les coins de bois qui les retenoient au fond : ces bords furent sur-le-camp conduits à flot à leur destination, entre deux grands bateaux, les pointes en l’air, pour passer l’hiver dans l’eau, & pouvoir servir sur de nouveaux fonds aux piles qui restent à fonder.

A peine ce travail fut-il exécuté, qu’on fit approcher le long de la pile deux grands bateaux chargés de grosses pierres, avec lesquelles on remplit tout l’espace restant entre la maçonnerie de la pile & les pieux d’enceinte jusqu’à environ quatre piés sous l’étiage, pour se trouver à-peu-près à l’affleurement de la digue faite à l’extérieur, dont on a parlé précédemment.

Telles sont les différentes opérations qu’on a faites jusqu’à ce jour, pour la fondation de trois piles du pont de Saumur, sans batardeaux ni épuisemens. Il suffit d’avoir mis en usage cette derniere façon de fonder, pour se convaincre des avantages de la nouvelle méthode, qui supprime les uns & les autres. La certitude qu’on a de réussir dans une entreprise de cette conséquence, l’avantage de descendre les fondations à une profondeur presque double, l’emploi de tous les matériaux au profit de l’ouvrage, & sa plus grande solidité, ne sont pas les moindres avantages qu’on en retire : l’expérience de plusieurs années a fait connoître qu’il y a moins de dépense qu’en faisant usage des batardeaux & épuisemens.

Description de la machine à scier les pieux, représentèe en détail dans nos Pl. voyez ces Pl. & leur explication. Cette machine est composée d’un grand chassis de fer qui porte une scie horisontale. A 14 piés environ au-dessus de ce chassis, est un assemblage ou échafaud de charpente sur lequel se fait la manœuvre du sciage, & auquel est suspendu le chassis par quatre montans de fer de 16 piés de hauteur, portant chacun un cric dans le haut pour élever & baisser le chassis suivant le besoin.

Ce premier échafaud est porté sur des cylindres qui roulent sur un autre grand échafaud traversant toute la largeur de la pile d’un côté à l’autre de celui d’enceinte ; ce grand échafaud porte lui-même sur des rouleaux qui servent à le faire avancer ou reculer à mesure qu’on scie les pieux, sans qu’il soit besoin de le biaiser en cas d’obliquité de quelques pieux ; le petit échafaud auquel est suspendue la machine, remplissant aisément cet objet au moyen d’un plancher mobile que l’on fait au besoin sur le grand échafaud. Voyez dans nos Planches la figure de cette machine en perspective.

On doit distinguer dans cette machine deux mouvemens principaux ; le premier, qu’on nommera latéral,


est celui du sciage ; le second, qui se porte en avant à mesure qu’on scie le pieu, & peut néanmoins revenir sur lui-même, sera celui de chasse & de rappel.

Le mouvement latéral s’exécute par deux leviers de fer un peu coudés sur leur longueur, portant à une de leurs extrémités un demi-cercle de fer recourbé, auquel est adaptée une scie horisontale ; les points d’appui de ces leviers sont deux pivots reliés par une double entre-toise, distans l’un de l’autre de 20 pouces, lesquels ont leur extrémité inférieure encastrée dans une rainure ou coulisse qui facilite le mouvement de chasse & de rappel, ainsi qu’on l’expliquera ci-après ; ils sont soutenus au-dessus du chassis de fer par une embase de deux pouces de hauteur, & déchargés à leurs extrémités par quatre rouleaux de cuivre.

Ces leviers sont mus du dessus de l’échafaud supérieur par quatre hommes, appliqués à des bras de force attachés à des leviers inclinés, dont le bas est arrêté sur le plateau, & sur lesquels est fixée la base d’un triangle équilatéral, dont le sommet est arrêté au milieu d’une traverse horisontale.

Cette traverse qui embrasse les extrémités des bras de levier de la scie, s’embreve dans une coulisse de fer pratiquée dans le chassis, où portant sur des rouleaux, elle va & vient, & procure ainsi à la scie le mouvement latéral ; au moyen des ouvertures ovales formées à l’autre extrémité, lesdits bras de levier leur permettent de s’alonger & de se raccourcir alternativement, suivant leur distance du centre de mouvement. Ces ouvertures ovales embrassent des pivots fixés sur le demi-cercle de la scie dont nous avons parlé, & portent dans le haut, au moyen de plusieurs rondelles de cuivre intermédiaires, les extrémités d’un second demi-cercle adhérant par des renvois à deux tourillons roulans, ainsi qu’un troisieme placé au milieu du cercle dans une grande coulisse qui reçoit le mouvement de chasse & de rappel.

Ce second mouvement consiste dans l’effet d’un cric horisontal placé à-peu-près aux deux tiers du chassis, dont les deux branches sont solidement attachées sur la coulisse dont nous venons de parler ; c’est par le moyen de ces deux branches, dont partie dentelée s’engrene dans deux roues dentées, que la scie, lors de son mouvement latéral, conserve son parallélisme avec la coulisse, presse par un mouvement lent & uniforme le pieu à mesure qu’elle le scie, & revient dans sa place par un mouvement contraire lorsqu’elle l’a scié. Tout le mouvement de ce cric s’opere du dessus de l’échafaud supérieur & mobile, par un levier horisontal qui s’emboëte quarrément dans l’extrémité d’un arbre placé au centre de la roue de commande du cric, qui est le régulateur de toute la machine.

Le chassis horisontal est composé de fortes barres de fer disposées de maniere à le rendre le plus solide & le moins pesant qu’il est possible.

Sur le devant de ce chassis est une piece de fer formant saillie, servant de garde à la scie, & placée de maniere que la scie est recouverte par ladite piece lorsqu’elle ne manœuvre pas. Sur deux fortes barres de fer qui portent en partie cette piece de garde en saillie, sont placés deux montans de fer qui les traversent, & sont retenus dessus par des embases ; ces montans arrondis pour tourner facilement dans leurs supports, ont à leur extrémité sous le chassis un quarré propre à recevoir deux especes de demi-cercles ou grapins de 10 pouces de longueur, auquel ils sont fixés solidement par des clavettes en écroux ; ils s’élevent jusqu’au-dessus du petit échafaud supérieur, où on leur adapte deux clés de quatre piés de long, qui les faisant tourner sur leurs axes, font ouvrir & fermer les grapins, qui saisissent le pieu qu’on scie