Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 13.djvu/58

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posés latéralement sur les pieces oo qui occupent les parties latérales des travées ; de l’arrondissement des sommiers supérieurs fg ; des ouvertures coniques xyz, pratiquées aux extrémités des pieces oo des travées ; des clavettes s s, fig. 3. n°. 1. passées dans les boulons i, i, & de la liberté que les goujons g ont de se mouvoir dans les ouvertures coniques x, y, z ; un bateau peut se mouvoir en tout sens, & ne peut s’échapper d’aucun.

On a donc dans le pont construit comme je le propose, une machine souple qui ne peut être brisée par l’eau, à laquelle elle n’oppose aucune résistance, & dont toutefois les différentes parties sont si solides & si solidement unies qu’il n’est pas possible qu’elles soient ou brisées ou séparées, soit par des mouvemens constans des eaux, soit par des mouvemens instantanés ; ce que j’avois à démontrer.

Troisieme partie. La construction du pont proposé est prompte & facile, & il peut recevoir dix hommes de front.

1°. Il peut recevoir dix hommes de front, car il est évident par la longueur que nous avons assignée aux madriers qui forment la chaussée, qu’elle a du-moins 15 piés 6 pouces entre les balustrades.

2°. Il peut être facilement & promptement construit.

Car dans la supposition, qu’on a le nombre de bras suffisans, tout s’exécute en même tems.

Je suppose la largeur de la riviere prise ; le nombre des bateaux nécessaires à la construction du pont déterminé ; ces bateaux lancés à l’eau, alignés & tenus à 18 piés les uns des autres, par le moyen des chevrons de sapin posés à la partie la plus élévée de la pouppe & de la proue, & fixés par des goujons à cet usage ; & les madriers de sapin qui portent des treteaux de l’avant-pont sur les rouleaux du premier bateau, & qui servent d’échafaud au pontonnier, placés. Cela fait, il est évident que les cinq ou six pieces de la premiere travée se posent en même tems, & servent tout-de-suite d’échafaud à ceux qui posent les madriers ; tandis que l’échafaud des porteurs de travée, passant des rouleaux du premier bateau à ceux du second, est prêt à recevoir ceux qui portent en même tems les cinq ou six pieces de la travée suivante, qui sert d’échafaud, comme on a déja dit, aux porteurs des madriers, & ainsi de suite.

Pendant cette manœuvre ininterrompue, d’autres bras posent les pilastres, la balustrade, les fers diagonaux, les attaches, & forment avec toute la rapidité convenable le pont de la Planche V.

Cette promptitude d’exécution n’aura rien d’étonnant pour ceux qui ont bien conçu la simplicité de la machine, & qui connoîtront par expérience la vîtesse du service, lorsqu’il est fait par des hommes exercés, tels que je suppose ceux qui y sont employés ici.

Mais, me dira-ton, nous voyons bien à l’aide de vos madriers de sapin, les porteurs de travée s’avancer, & sur les pieces qu’ils ont posées, les porteurs de madriers les suivre ; mais nous ne concevons point comment le retour de ces hommes se fait sans embarras.

Je réponds à cela qu’on a dû remarquer que la chaussée n’ayant que 16 piés, & les sommiers supérieurs en ayant 18, il reste à chaque bout de ces pieces un pié sur lequel, de sommier en sommier, il y a un madrier de sapin, qui facilitera le retour des ouvriers à droite & à gauche en-dehors.

Donc le pont se construit promptement & facilement.

Donc il peut recevoir dix hommes de front.

Donc les mouvemens de l’eau les plus violens & les plus irréguliers ne le rompent point.

Donc il peut supporter les fardeaux les plus lourds.


Donc il a toutes les qualités requises.

Donc j’ai résolu le problème d’architecture militaire que je m’étois proposé.

Je passe à la quatrieme partie de ce mémoire.

Observations ou corollaires. Coroll. I. Il est évident par la construction du pont, qu’il peut se démonter avec la même promptitude & la même facilité qu’il se jette.

Coroll. II. Qu’en supposant qu’un homme fait un pas dans une seconde, & que les pas de deux hommes qui se suivent tombent les uns sur les autres, il pourra passer sur ce pont 36000 hommes par heure.

Coroll. III. Qu’il peut s’ouvrir & se refermer avec la même promptitude & facilité qu’on a à le construire ; il ne faut pour cet effet que lever deux travées, détacher les barres de fer, ôter les attaches, & relâcher un bateau : ce qui donnera une ouverture de cinq toises.

Coroll. IV. Que la distance de 4 piés 6 pouces qu’il y a entre le fond du bateau & la travée, permet de marcher sur le pont, de visiter les bateaux, & de remédier aux inconvéniens, s’il en survenoit.

Coroll. V. Que la balustrade joue & se meut comme les travées, & qu’elle n’est pas de pur ornement. Tel soldat qui n’a pas peur du feu, craint de se noyer. Or cette balustrade le rassure, & le passage se fait sans péril & sans trouble.

Coroll. VI. Qu’on peut par ce moyen établir une communication solide entre un camp & un autre, une ville, & un camp, &c.

Coroll. VII. Qu’en cas qu’un pont de pierre vînt à rompre, on y pourroit substituer celui-ci d’un moment à l’autre.

Coroll. VIII. Qu’il seroit d’une très-grande ressource dans des cas où quelque ouvrage public demanderoit qu’on détournât le cours d’une grande riviere, ou que le cours de cette riviere fût sujet à changer.

Coroll. IX. Qu’on en pourroit user dans certaines fêtes qu’il plairoit à Sa Majesté de donner.

Coroll. X. Qu’on n’applique les mâts au bateau que pour empécher, autant que faire se pourroit, les cordes de tremper dans l’eau, & que pour ôter par ce moyen à l’ennemi la facilité de les couper, en abandonnant au courant de la riviere des poutres armées d’instrumens tranchans.

Coroll. XI. Que les cordes de plusieurs bateaux pourroient être coupées, & manquer en même tems sans que le pont en souffrît.

Coroll. XII. Qu’en établissant dans chaque bateau deux hommes de garde, on garantiroit le pont & les bateaux de toute injure extérieure.

Coroll. XIII. Que les bateaux laissant entr’eux 12 piés de distance, & les travées entr’elles & la surface de l’eau, 3 piés de hauteur, il est susceptible de tous les ornemens extérieurs d’un pont de pierre, comme de former des arches. Voyez Pl. XXIX. fig. 9.

Coroll. XIV. Que chaque bateau servant au pont, peut servir aussi à porter à l’autre bord de la riviere, le nombre d’hommes suffisans pour faire la sûreté de ceux qui seront occupés à la construction du pont.

Coroll. XV. Que quoique le méchanisme de ce pont soit si simple, qu’il puisse se construire & se retirer par toutes sortes de bras indistinctement, il ne faut pas s’attendre à la derniere promptitude d’exécution de la part de gens inhabiles à manier des instrumens, des outils & des bois. Qu’il seroit donc important que, de même qu’on a formé des canonniers, lors de l’invention des canons, on formât un corps de pontonniers à qui le méchanisme du pont ne fût pas étranger, qui eût un exercice réglé, à qui l’on fît faire cet exercice en tems de paix, & qui fût presque toujours à portée de construire à Sa Majesté un passage sûr, lorsqu’il lui plairoit de traverser des rivie-