Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 13.djvu/61

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Pour se garantir de l’inconvénient qui obligeroit d’enfoncer le premier & dernier bateau de son pont, qui peuvent se briser par le fond, à cause des poids dont ils sont chargés ; lorsqu’il se trouve près du bord où l’on jette ce pont, des bois cachés ou des roches, l’auteur propose des trétaux dont les piés soient inégaux, ferrés & arcboutés solidement, assemblés fixement par un sommier immobile de 4 piés de long sur 8 pouces de large, & 6 pouces d’épais ; un sommier supérieur de même dimension est traversé par deux barres de fer fixées sur lui & qui traversent le sommier inférieur, de façon à pouvoir se lever & baisser avec le sommier supérieur, au moyen de deux vis de bois qui traversent le sommier inférieur, & dont les têtes arrondies & garnies d’un goujon sont reçues dans des ouvertures coniques, pratiquées dans le sommier supérieur aux endroits qui répondent aux têtes de ces vis qui servent à le mettre de niveau ; c’est sur ce sommier supérieur que l’on fixera par deux vis de fer horisontales dont les écrous y sont arrêtés, une piece de 19 piés arrondie supérieurement de façon qu’elle soit parallele aux pieces des supports qui doivent soutenir les pieces des travées du premier bateau ; ces trétaux nous fourniront tout-à-l’heure l’occasion de quelques remarques. Tout étant ainsi préparé, la construction du pont devient aisée ; l’on bat les chevalets ou treteaux, on arrête sur eux les pieces qui doivent porter les travées de l’avant-pont au premier bateau, l’on glisse sur des rouleaux placés entre les huit intervalles que produisent les neuf supports ; huit madriers de sapin qui doivent porter des tréteaux sur les rouleaux du premier bateau, & qui servent d’échafaut aux porteurs des pieces des travées, dont les trous ménagés aux extrémités les arrêtent, les barres de fer posées en diagonales & qui ne sont pas arrêtées fixement, mais qui tiennent aux chaînons assujettissent lâchement les bateaux, qui portans des mâts sont encore amarrés chacun au bord de la riviere, par des cordages renvoyés du mât au bateau, comme ceux qui servent au tirage sur les rivieres, & ces cordages s’attachent à des pieux au bord de la riviere ; l’on continue le pont de bateau en bateau, & il finit par un autre avant-pont semblable à celui qui l’a commencé.

Par la supputation de la force des bois que l’auteur fait d’après les expériences & les tables imprimées dans les mémoires de l’académie, & d’après ses propres expériences, il trouve que les pieces qu’il emploie, sont beaucoup plus que suffisantes pour résister aux plus grands fardeaux qui suivent les armées, qu’il estime avec raison être la piece de 24 liv. laquelle avec ses agrets & affuts, peut peser environ 8000 liv. mais nous pensons que ce ne sera point assez d’avoir songé à la résistance que les pieces doivent avoir, il sera nécessaire d’apporter beaucoup de soin & dans le choix des pieces, & dans leur conservation, soit lors du transport, soit quand elles ne seront pas d’usage, pour les garantir de l’inconvénient d’arcuer. Pour parer en partie à l’inconvénient de l’arcuation, l’auteur peut alonger les ouvertures de l’extrémité de ses pieces, & le conseil ne pourra que lui être avantageux dans la construction. Le déplacement du volume d’eau étant tel dans le cas de la charge de 8000 liv. ajoutées au poids des matieres employées à la construction du pont, que les bords du bateau sont encore élevés de 13 pouces au-dessus du niveau de la riviere, le pié cubique d’eau étant estimé à 70 livres, il s’ensuit que le nouveau déplacement d’eau qu’il faudroit pour faire submerger le bateau, se trouve très-suffisant pour les cas d’augmentation de poids imprévus & d’autres accidens ; l’auteur est entré tant sur la force des bois, que sur le déplacement des volumes d’eau, dans un


détail clair & suffisant qu’il a fait avec intelligence. Il nous a paru en général qu’il y avoit de l’invention dans la maniere & les différens moyens que l’auteur a employés pour laisser à son pont la participation aux divers mouvemens qui peuvent survenir aux eaux sur lesquelles il le jette, tant par elles mêmes que par les bateaux, lorsqu’ils sont déplacés à l’occasion des différens poids dont ils sont chargés. Les ouvertures coniques des pieces des travées qui reçoivent des goujons droits, permettent cet enfoncement, sans que l’effort se fasse sentir ; l’arrondissement des surfaces supérieures des sommiers fait qu’au mouvement du bateau, les pieces des travées portent toujours également & perpendiculairement sur ces sommiers. Les biseaux de l’extrémité des pieces des travées leur permettent de s’élever à leurs extrémités, sans déplacer les madriers qui y répondent ; enfin le petit espace laissé entre chaque madrier leur laisse la liberté de s’approcher un peu dans la courbure que les poids font prendre au pont dans les enfoncemens des bateaux & des travées sur lesquelles il passe successivement. L’éloignement de 11 à 12 piés entre chaque bateau est avantageux, relativement à l’usage des pontons, qui dans le cas le plus avantageux, sont mis tant pleins que vuides ; les risques qui résulteroient, soit des machines qu’on pourroit lâcher contre le pont pour l’emporter, soit des arbres que des rivieres déracinent dans les inondations & qu’elles charient, sont beaucoup diminués par de si grands intervalles ; il nous semble cependant que si on construisoit ce pont sur des rivieres larges, il seroit à propos, de distance en distance, de jetter quelques ancres.

Ce sera principalement sur la maniere dont sont faits les tréteaux de l’avant-pont, que nous porterons nos remarques ; il nous semble difficile de les battre au mouton ou d’autre maniere, sans courir le risque de les endommager ; les deux sommiers des tréteaux qui doivent servir à mettre le sommier supérieur de niveau au sommier de la travée du premier bateau, sont garnis de pieces compliquées & délicates pour la chose, telles que les deux vis en bois & les vis de fer qui doivent arrêter parallelement le sommier qui portera la travée ; nous sentons qu’il a été difficile à l’auteur, pour arriver à la précision superflue qu’il se proposoit, de trouver quelque chose qui fût également solide & simple, & qui pût se mettre promptement de niveau à la surface de l’eau, & parallelement au sommier supérieur des bateaux ; il lui sera toujours possible de changer ou rectifier cette partie à laquelle nous présumons que son intelligence remédiera. M. Guillote n’a point négligé de rendre commodes à charger les chariots destinés à porter les bateaux par des rouleaux & des crics qu’il y a ajoutés ; il propose aussi, suivant les différens usages auxquels on voudroit employer son pont, d’y placer des ornemens & une balustrade qui jouent sans souffrir de dérangement, comme les parties de la chaussée à laquelle ils correspondront. Nous n’entrons point dans le détail de ces ornemens, parce qu’ils ne sont pas de notre objet.

Pour l’habitude à la prompte construction de pareils ponts, l’auteur propose l’établissement d’un corps de pontonniers : il donne aussi le détail du prix de ce pont ; ces matieres n’etant point du ressort de l’académie, nous nous dispenserons de l’examiner & d’en parler.

Après avoir examiné toute la partie méchanique du nouveau projet de construction d’un pont de bateau, il nous reste, pour satisfaire aux vues de la compagnie, à parler du poids de ce pont, afin qu’en le comparant avec celui des ponts ordinaires, & en mettant sous les yeux les divers avantages & inconvéniens des différentes especes de pont pour le trans-