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forme quelquefois en peu de tems au périné des dépôts urineux, purulens & gangréneux.

La rétention d’urine qui produit tout ce désordre vient de plusieurs causes plus ou moins difficiles à détruire : on peut les ranger sous quatre classes, savoir certaines maladies de la vessie, des corps étrangers retenus dans sa cavité, plusieurs choses qui lui sont extérieures, & quelques vices de l’uretre.

Les maladies de la vessie qui peuvent occasionner la rétention d’urine, sont l’inflammation de son cou & la paralysie de son corps.

L’inflammation du cou de la vessie retrécit son ouverture au point que les efforts du malade ne sont pas suffisans pour vaincre la résistance que le sphincter oppose à l’issue de l’urine. Si l’inflammation n’est pas considérable ; on peut introduire la sonde dans la vessie. Voyez Cathéterisme & Algalie. Si l’inflammation ne permet pas l’introduction de la sonde, on a promptement recours à la saignée ; je n’ai souvent réussi à sonder des malades qu’après leur avoir fait deux saignées du bras à une heure de distance l’une de l’autre ; on emploie aussi avec succès les boissons adoucissantes, les bains, les lavemens émolliens, enfin tout ce qui est capable de calmer l’inflammation. Voyez Inflammation. Si tous ces moyens ne permettent pas l’introduction de la sonde, il faut en venir à une opération qui vuide la vessie ; car l’urine retenue entretient souvent l’inflammation, & dès que l’urine est évacuée, les parties qui avoisinent la vessie n’étant plus comprimées, l’inflammation cesse, & on peut ordinairement sonder le malade quelque tems après.

La ponction se peut faire au périné ou au-dessus de l’os pubis. Pour la faire au périné on place le malade comme pour lui faire l’opération de la taille. Voyez Liens. Un aide trousse les bourses, & le chirurgien tenant à la main un trocar un peu plus long qu’à l’ordinaire, le plonge dans la vessie, entre l’os pubis & l’anus, dans le lieu où l’on fait l’opération au grand appareil. Il seroit plus avantageux pour les malades qu’on fît cette ponction plus latéralement pour ne blesser ni l’uretre ni le cou de la vessie. M. de la Peyronie l’a pratiquée dans ce lieu avec succès. La méthode de donner ce coup de trocar dans la vessie se trouve déterminée à l’article de la lithotomie, à la méthode de M. Foubert. Voyez Taille.

La ponction au-dessus de l’os pubis a été proposée par Tolet, chirurgien de Paris, & lithotomiste du roi ; feu M. Mery, aussi chirurgien de Paris, en chef de l’hôtel-dieu, & anatomiste de l’académie royale des Sciences, l’a pratiquée le premier. Dans la rétention d’urine la vessie forme une tumeur au-dessus de l’os pubis ; on plonge le trocar de haut en bas dans la vessie en piquant un peu au-dessous de la partie la plus éminente de cette tumeur. J’ai fait deux fois cette opération avec succès à deux vieillards, l’un de 65 & l’autre de 73 ans.

M. Flurant, maître en chirurgie à Lyon, vient de proposer une autre méthode de faire la ponction à la vessie, c’est de la percer par l’intestin rectum, avec un trocar courbe ; il a fait cette opération avec succès.

La paralysie qui survient à la vessie peut avoir différentes causes, savoir la commotion de la moëlle de l’épine, après quelque coup ou chûte ; la luxation d’une ou plusieurs vertebres des lombes, ou de quelque affection du cerveau ; elle vient aussi de la débilité de fibres charnues, à la suite des extensions violentes causées par une rétention volontaire d’urine, & de la perte du ressort de ces fibres par la vieillesse.

La rétention d’urine est un symptome de la paralysie du corps de la vessie, parce que les fibres motrices qui forment le corps de la vessie ne peuvent agir sur l’urine qui distend passivement cet organe. Dans ce cas il faut sonder le malade ; l’introduction de la


sonde n’est pas difficile, s’il n’y a point de complication par quelque maladie de l’uretre, & on laisse dans la vessie une algalie tournée en S pour donner issue à l’urine à mesure qu’elle distille des ureteres, afin que les fibres de la vessie puissent reprendre leur ton naturel, ce que l’on peut favoriser par des injections corroborantes.

Il y a une remarque fort importante à faire sur la rétention d’urine par la paralysie de la vessie, c’est l’écoulement involontaire de l’urine qui sort par regorgement lorsque la vessie est poussée au dernier degré d’extension possible. Il ne faut pas que cet écoulement de l’urine en impose, la rétention n’en existe pas moins, & si l’on n’a recours à la sonde, on voit survenir des abscès urino-gangréneux, comme nous l’avons dit dans la description des symptômes & de leurs progrès.

Les corps étrangers qui sont dans la vessie, & qui forment la seconde classe des causes de la rétention d’urine, sont la pierre, le pus, le sang, & les fungus ou excroissances charnues.

La pierre empêche la sortie de l’urine en s’appliquant à l’orifice interne de la vessie ; l’introduction de la sonde suffit pour la ranger. Quelquefois la pierre est petite & l’urine la pousse enfin dans l’uretre, où elle n’est pas moins un obstacle à l’issue de ce fluide, alors il faut tâcher de procurer la sortie de ce corps étranger en injectant de l’huile dans l’uretre, en essayant de le faire couler le long du canal, & par autres moyens dont il a été parlé au mot Lithotomie à l’article des Pierres dans l’uretre. Voyez Lithotomie. Le pus, le sang, & les matieres glaireuses qui causent la rétention d’urine ne s’opposent point à l’intromission de la sonde, par laquelle on fait des injections capables de délayer & de dissoudre ces matieres ; l’administration des remedes intérieurs qui remplissent les mêmes vues doit concourir avec ces moyens extérieurs.

Lorsqu’il y a dans la vessie des excroissances charnues qui bouchent l’orifice interne de cet organe, ou qui empêchent son corps de se contracter pour chasser l’urine, il faut faire une incision au periné, & placer une canule dans la vessie. Voyez Boutonniere. Les injections avec l’eau d’orge, ou autre décoction convenable, détachent quelquefois ces fungus, & en débarrassent la vessie lorsqu’ils suppurent. Il y a certains fungus à base étroite, qu’on pourroit lier par la méthode dont il est parlé à l’article du polype, à l’occasion du polype de la matrice. Voyez Polype utérin.

La troisieme classe des causes de la rétention d’urine comprend les choses extérieures à la vessie, telles sont la grossesse, les corps étrangers ou les excrémens endurcis & arrêtés dans le rectum, l’inflammation de la matrice ou sa chûte, le gonflement des hémorrhoïdes, un dépôt autour de l’anus, & quelques tumeurs auprès du cou de la vessie.

Dans la rétention d’urine, dans le cas de grossesse ou de la chûte de matrice, on sonde le malade avec la précaution que nous avons fait observer à l’article Catheterisme. Les lavemens émolliens & les laxatifs doux procureront la sortie des matieres retenues dans le rectum. L’inflammation de la matrice, du rectum, & le gonflement des hémorrhoïdes se traitent par les remedes qui conviennent à ces cas. S’il s’est formé un dépôt autour de l’anus, on l’ouvre le plutôt qu’il est possible ; si une tumeur placée près le cou de la vessie presse & comprime cette partie, & qu’il ne soit pas possible de sonder le malade, on fait la ponction au-dessus de l’os pubis, comme nous l’avons dit au commencement de cet article. On donne en même tems tous ses soins à la guérison de la tumeur du periné. Ce traitement n’opere souvent qu’après plusieurs jours, le rétablissement du cours