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par où l’urine sort de la substance du rein pour se rendre dans l’uretere.

Ces mamelons qu’on appelle les papilles du rein, sont séparés par des cloisons que la substance corticale forme entre les différens paquets de la substance tubuleuse ; de plus la substance corticale est encore parsemée de plusieurs entrelacemens de vaisseaux que l’injection fait découvrir ; mais qui laissent pourtant des espaces assez considérables dans lesquels il ne passe rien de la liqueur injectée.

M. Bertin a vu distinctement les vaisseaux sanguins qui forment la substance tubuleuse, s’aboucher avec les tuyaux urinaires qui se rendent aux papilles ; mais il a vu depuis d’autres fibres qui lui paroissoient être les tuyaux urinaires, se rendant de même aux papilles, & qui partoient des prolongemens de la substance corticale. Il découvrit que celle-ci étoit glanduleuse, & que ces tuyaux étoient les canaux excrétoires de ces glandes. Il se fait donc réellement dans le rein deux sortes de filtrations ; l’urine la plus grossiere est séparée du sang par la substance tubuleuse, & l’urine la plus subtile est filtrée par les glandes qui composent la substance corticale. Voyez Urine, voyez aussi Mém. de l’acad. des Scien. ann. 1744.

Les rognons sont couverts de deux membranes ; ils ont chacun une veine & une artere qu’on appelle èmulgentes : les arteres viennent de l’aorte, & les veines vont se rendre à la veine cave. Ils ont aussi des nerfs, qui prennent leur origine du plexus rénal, formé des rameaux du nerf intercostal & des nerfs lombaires.

Les reins séparent l’urine du sang, qui est poussé par le mouvement du cœur dans les arteres émulgentes. Celles-ci le portent dans les petites glandes qui en séparent la sérosité, & la versent dans les conduits urinaires qui vont des glandes au bassin, d’où elle se rend par les ureteres dans la vessie. Le sang qui ne peut point entrer dans les glandes, retourne par les veines émulgentes. Voyez nos Pl. d’Anat. & leur explication. Voyez aussi Secrétions.

Reins, jeux de la nature sur les, (Anat.) ces deux visceres nous présentent des jeux singuliers de la nature sur leur nombre, sur leur situation, leur grandeur, leur connexion, leurs vaisseaux & leurs canaux excrétoires.

1°. Nombre. Nous avons dans l’état naturel un rein de chaque côté ; cependant Charles Etienne rapporte avoir trouvé deux reins de chaque côté, accompagnés chacun de leur veine émulgente. D’autres anatomistes assurent en avoir vu trois, & même quatre ; mais ils ajoutent que ce nombre suppléoit au volume qui étoit moins considérable qu’à l’ordinaire. Vésale témoigne n’avoir trouvé qu’un seul rein dans certains sujets. Bartholin en cite aussi des exemples dans sa deuxieme centurie, hist. 77. Enfin M. Morand a vu ce jeu à l’ouverture du corps d’un suisse ; mais M. Litre a vu quelque chose de plus étrange. Il a ouvert un enfant de 4 ans, dans lequel il n’a trouvé aucun vestige de rein gauche, ni d’uretere du même côté, & cependant le rein droit n’en étoit pas plus gros que de coutume. Hist. de l’académ. des Sciences, année 1707.

2°. Situation. Les reins sont ordinairement situés dans la région lombaire ; sur les deux dernieres fausses côtes, couchés l’un à droite sous le foie, & l’autre à gauche sous la rate, à environ trois travers de doigts des troncs de la veine cave, & de l’aorte descendante, le droit un peu plus bas que le gauche ; mais cette situation varie. Rioland, & autres maîtres de l’art, les ont quelquefois trouvés à une même hauteur ; pour lors leur partie supérieure appuie sur la derniere des fausses-côtes ; & quelquefois aussi le rein droit est plus haut que le rein gauche, contre la coutume.


3°. Grandeur. Le volume ordinaire de chaque rein est d’environ cinq à six travers de doigts de longueur, sur trois de largeur, & un demi d’épaisseur ; mais toutes ces dimensions varient extrèmement sur les sujets mêmes dont ce viscere se trouve d’ailleurs en très-bon état après la mort ; la différence est quelquefois extrème en grosseur & en petitesse dans les maladies. Par exemple, un médecin de Grenoble a mandé à l’académie des Sciences, qu’il avoit trouvé dans un cadavre un rein si prodigieux qu’il pesoit trente-cinq livres, & que sa structure naturelle étoit altérée à-proportion de cette augmentation de grandeur & de poids. Hist. de l’acad. ann. 1732.

4°. Leur connexion. Les attaches des reins varient pareillement ; le droit est attaché au cœcum & au colon, le gauche l’est au colon ; mais des anatomistes l’ont trouvé attaché à la rate.

5°. Leurs vaisseaux & leurs canaux excrétoires. Si la nature se joue dans les vaisseaux des visceres de notre corps, c’est particulierement ici. Ceux que les anciens ont nommés arteres & veines émulgentes, & qu’il est plus naturel d’appeller arteres & veines rénales, ne varient pas seulement dans leur nombre, mais dans leur origine, & leur distribution. « J’ai trouvé, dit Ruysch, les arteres rénales doubles & triples, ramifiées de quantité de manieres différentes. J’ai trouvé encore, ajoute-t-il, le bassinet double & triple. De plus, deux ureteres en un rein, dont l’origine étoit différente, & cependant se joignant en un seul tronc avant que de s’insérer dans la vessie, & d’autres fois s’insérant séparément dans la vessie ». Il a fait de tous ces jeux des préparations, dont la liste se trouve dans le recueil de ses raretés anatomiques.

La membrane adipeuse des reins reçoit une artere & une veine qui viennent quelquefois immédiatement des troncs de l’aorte & de la veine-cave, quelquefois des vaisseaux émulgens, & quelquefois des spermatiques.

M. Poupart, trop adroit dans l’anatomie fine des insectes, pour qu’on l’accuse de n’avoir pas bien vu dans l’anatomie grossiere, faisant la dissection d’une fille âgée de 7 ans, trouva qu’elle n’avoit du côté gauche ni artere, ni veine émulgente, ni rein, ni uretere, ni vaisseaux spermatiques ; & même il ne vit nulle apparence qu’aucune de ces parties eût jamais existé, & se fût flétrie, ou détruite par quelque indisposition. Le rein & l’uretere du côté droit de son sujet, étoient plus gros qu’ils ne sont naturellement, parce que chacun d’eux étoit seul à faire une fonction qui auroit dû être partagée.

C’est dans les reins que se forme ordinairement cette concrétion si cruelle & si fatale à tant de personnes, & particulierement aux gens de lettres. Les annales anatomiques rapportent qu’à l’ouverture du corps du pape Innocent XI. décédé le 13 Août 1689, on trouva dans chacun de ses reins une pierre monstrueuse ; celle du rein gauche pesoit 9 onces, & celle du rein droit en pesoit 6.

C’est Jacques Bercuger de Carpi qui découvrit le premier les caroncules des reins, qui ressemblent au bout des mamelles. Nicolaus Massa décrivit ensuite les canaux par lesquels les urines sont filtrées, tubulos urinarios ; mais bientôt après Eustachius découvrit la structure entiere des reins, leurs vaisseaux, leurs papilles, leurs canaux, enfin toutes les merveilles de ce viscere, sur lequel il a mis au jour un ouvrage & des planches admirables. Joignez-y les découvertes de Malpighi & de Ruysch, & vous n’aurez presque plus rien à desirer. (D. J.)

Reins actions des, (Physiolog.) les reins sont les égoûts du corps humain ; il ne paroît pas qu’il y ait aucune autre partie qui reçoive la matiere de l’urine ;