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RELATIF, ve, adj. (Gramm.) qui a relation ou rapport à quelque chose, ou qui sert à l’expression de quelque rapport. Relatif vient du supin relatum (rapporter), & la terminaison if, ive (en latin ivus) vient de juvare (aider) : ainsi relatif signifie littéralement qui aide à rapporter, ou qui sert aux rapports. L’opposé de relatif est absolu, formé d’absolutus, qui veut dire solutus ab, comme si l’on vouloit dire, solutus ab omni vinculo relationis. Les Grammairiens font du terme de relatif tant d’usages si différens, qu’ils feroient peut-être sagement de réformer là-dessus leur langage.

I. On appelle relatif, tout mot qui exprime avec relation à un terme conséquent dont il fait abstraction ; ensorte que si l’on emploie un mot de cette espece, sans y joindre l’expression d’un terme conséquent déterminé, c’est pour présenter à l’esprit l’idée générale de la relation, indépendamment de toute application à quelque terme conséquent que ce puisse être ; si le mot relatif ne peut ou ne doit être envisagé qu’avec application à un terme conséquent déterminé, alors ce mot seul ne présente qu’un sens suspendu & incomplet, lequel ne satisfait l’esprit que quand on y a ajouté le complément. Voyez Régime, article 1.

Il y a des mots de plusieurs especes qui sont relatifs en ce sens, savoir des noms, des adjectifs, des verbes, des adverbes, & des prépositions.

1°. Il y a des noms relatifs qui présentent à l’esprit des êtres déterminés par la nature de certaines relations, & il y en a de deux sortes ; les uns sont simplement relatifs, & les autres le sont réciproquement.

Qu’il me soit permis, pour me faire entendre, d’emprunter le langage des Mathématiciens. A & B sont deux grandeurs comparées sous un point de vue ; B & A sont les mêmes grandeurs comparées sous un autre aspect. Si A & B sont des grandeurs inégales, le rapport de A à B n’est pas le même que celui de B à A ; cependant un de ces deux rapports étant une fois fixé, l’autre par-là même est déterminé : si A, par exemple, contient B quatre fois, l’exposant du rapport de A à B est 4 ; mais 4 n’est pas l’exposant du rapport de B à A, parce que B ne contient pas réciproquement A quatre fois ; au-contraire B est contenu dans A quatre fois, il en est le quart, & c’est pourquoi l’exposant de ce second rapport, au-lieu d’être 4, est , ce qui est analogue sans être identique. Si A & B sont des grandeurs égales, le rapport de A à B est le même que celui de B à A : A contient une fois B, & réciproquement B contient une fois A ; & 1 est toujours l’exposant du rapport de ces deux grandeurs sous chacune des deux combinaisons.

C’est la même chose de tous les rapports imaginables, tous supposent deux termes, & ces deux termes peuvent être vus sous deux combinaisons. Il peut arriver que le rapport du premier terme au second ne soit pas le même que celui du second au premier, quoiqu’il le détermine ; & il peut arriver que le rapport des deux termes soit le même sous les deux combinaisons. Cela posé,

J’appelle noms réciproquement relatifs, ceux qui déterminent les êtres par l’idée d’un rapport qui est toujours le même sous chacune des deux combinaisons des termes, comme frere, collegue ; cousin, &c. car si Pierre est frere, ou cousin, ou collegue de Paul, il est vrai aussi que Paul est réciproquement frere, ou cousin, ou collegue de Pierre.

J’appelle noms simplement relatifs, ceux qui déterminent les êtres par l’idée d’un rapport, qui n’est tel que sous une seule des deux combinaisons ; de sorte que le rapport qui se trouve sous l’autre combinaison est différent, & s’exprime par un autre


nom : ces deux noms, en ce cas, sont correlatifs l’un de l’autre. Par exemple, si Pierre est le pere, ou l’oncle, ou le roi, ou le maître, ou le précepteur, ou le tuteur, &c. de Paul, cela n’est pas réciproque, mais Paul est par correlation le fils, ou le neveu, ou le sujet, ou l’esclave, ou le disciple, ou le pupille, &c. de Pierre ; ainsi pere & fils, oncle & neveu, roi & sujet, maître & esclave, précepteur & disciple, tuteur & pupille, &c. sont correlatifs entre eux, & chacun d’eux est simplement relatif. Voyez Correlatif.

2°. Quelques adjectifs sont relatifs, & ce sont ceux qui désignent par l’idée précise de quelque relation générale, comme utile, nécessaire, onéreux, égal, inégal, semblable, dissemblable, avantageux, nuisible, &c.

Il est évident qu’en grec & en latin, les adjectifs comparatifs sont par-là même relatifs, quand même l’adjectif positif ne le seroit pas, comme loquacior, sapientior, facundior, &c. ainsi que leurs correspondans grec, λαλίστερος, σοφώτερος, εὐφραδέστερος. Si le positif est lui-même relatif, le comparatif l’est doublement, parce que toute comparaison envisage essentiellement un rapport entre les deux termes comparés ; ainsi on peut dire d’une premiere maison qu’elle est semblable à une seconde (similis) ; voilà un positif relatif ; mais une troisieme peut être plus semblable à la seconde, que ne l’est la premiere (similior) ; voilà un adjectif doublement relatif, 1°. il désigne par la ressemblance à la seconde maison ; 2°. par la supériorité de cette ressemblance sur la ressemblance de la premiere maison. Nous n’avons en françois que quelques adjectifs comparatifs exprimés en un seul mot, pire, moindre, meilleur, supérieur, inférieur, antérieur, postérieur : nous suppléons à cette formation par plus, &c. Voyez Comparatif, & sur-tout Superlatif.

Il en est des adjectifs relatifs comme des noms : les uns le sont simplement, les autres réciproquement. Utile, inutile, avantageux, nuisible, sont simplement relatifs, parce qu’ils désignent par l’idée d’un rapport qui n’est tel que sous l’une des deux combinaisons ; la diete est utile à la santé, la santé n’est pas utile à la diete. Egal, inégal, semblable, dissemblable, sont réciproquement relatifs, parce qu’ils désignent par l’idée d’une relation qui est toujours la même sous les deux combinaisons ; si Rome est semblable à Mantoue, Mantoue est semblable à Rome.

3°. Il y a des verbes relatifs qui expriment l’existence d’un sujet sous un attribut dont l’idée est celle d’une relation à quelque objet extérieur.

Les verbes concrets sont actifs, passifs, ou neutres, selon que l’attribut individuel de leur signification est une action du sujet même, ou une impression produite dans le sujet sans concours de sa part, ou un simple état qui n’est dans le sujet ni action ni passion. De ces trois especes, les verbes neutres ne peuvent jamais être relatifs, parce qu’exprimant un état du sujet, il n’y a rien à chercher pour cela hors du sujet. Mais les verbes actifs & passifs peuvent être ou n’être pas relatifs, selon que l’action ou la passion qui en détermine l’attribut est ou n’est pas relative à un objet différent du sujet. Ainsi amo & curro sont des verbes actifs ; amo est relatif, curro ne l’est pas, il est absolu : de même amor & pereo sont des verbes passifs ; pereo est absolu, & amor est relatif. Voyez Neutre.

Sanctius (Min. III. 3.) & plusieurs grammairiens après lui, ont prétendu qu’il n’y a point de verbe en latin qui ne soit relatif, & qui n’exige un complément objectif, s’il est actif. Sanctius entreprend de le prouver en détail de tous les verbes qui, selon lui, ont été réputés faussement neutres, c’est-à-dire absolus, & il le fait en suivant l’ordre alphabétique. Il fait consister ses preuves dans des textes qu’il cite, & il annonce qu’il croira avoir suffisamment prouvé