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dans un mortier, & on fait bouillir cette farine dans du lait avec du sucre pendant un demi-quart d’heure ; il en résulte une bouillie agréable, avec laquelle on fait son dejeuner ; on peut y mettre quelques gouttes d’eau rose ou de fleurs d’orange.

Degnerus a donné une préparation un peu plus détaillée de ce remede. On fait infuser un gros de cette racine réduite en poudre très-fine, dans huit onces d’eau chaude ; on la fait dissoudre à une douce chaleur, on la passe ensuite dans un linge pour la purifier des petites ordures qui pourroient s’y être jointes ; la colature reçue dans un vase, se congele, & forme une gelée mucilagineuse très-agréable : on en donne au malade de deux heures en deux heures, & de trois heures en trois heures une demi-cuillerée, une cuillerée entiere, plus ou moins, suivant l’exigence des cas.

Cette préparation dictée par Degnerus paroît la meilleure, sur-tout quand on ne veut point faire une bouillie, mais qu’on veut donner ce remede dans quelque véhicule liquide, comme dans l’eau simple, dans du vin, dans de la tisane ; la gelée s’y étendra beaucoup mieux que la poudre : on prend, par exemple, le poids de vingt-quatre grains de cette poudre qu’on humecte peu-à-peu d’eau bouillante ; la poudre s’y fond entierement, & forme un mucilage qu’on étend par ébullition dans une chopine ou trois demi-septiers d’eau ; on est maître de rendre cette boisson plus agréable en y ajoutant du sucre, ou quelques légers parfums, ou quelques sirops convenables à la maladie, comme le sirop de capillaire, de pavot, de citron, d’épine-vinette, &c. On peut aussi couper cette boisson avec moitié de lait, ou en mêler la poudre, à la dose d’un gros, dans un bouillon. (b)

SALER, v. act. (Gram.) c’est mêler du sel à quelque chose. On sale le pain, la viande, le beurre, le poisson.

Saler les cuirs, (Tannerie.) c’est les saupoudrer de sel marin & d’alun, ou de natrum, après qu’ils ont été abattus ou levés de dessus les animaux, pour empêcher qu’ils ne se corrompent, jusqu’à ce qu’on les porte chez les Tanneurs. Savary. (D. J.)

SALERAN, s. m. (Papeterie.) on nomme ainsi dans nos papeteries, une espece de maître ouvrier ou d’inspecteur, qui a soin de faire donner au papier tous ses apprêts, comme de le coller, presser, secher, rogner, lisser, plier, le mettre en mains & en rames. On l’appelle saleran, parce qu’il est le maître de la salle où l’on donne ces dernieres façons au papier. (D. J.)

SALERNE, (Géog. mod.) ville d’Italie, aujourd’hui au royaume de Naples, sur le bord de la mer, capitale de la principauté citérieure, au fond d’un golfe de même nom, à douze lieues au sud-est de Naples, & à égale distance au midi de Bénévent. Long. 32. 20. latit. 40. 46.

Cette ville est ancienne, & faisoit autrefois partie du petit pays des Picentins, dont Picentia étoit alors la capitale. Strabon dit que les Romains fortifierent Salerne pour y mettre garnison, & qu’elle étoit un peu plus haute que le rivage. Tite-Live nous apprend, l. XXXII. c. 29, que cette ville devint colonie romaine.

Après la ruine de l’empire d’Occident par les Barbares venus des pays septentrionaux, les Lombards & les Goths se firent des établissemens aux dépens de l’empire grec, qui s’étoit ressaisi d’une partie de l’Italie, sur-tout dans ce qu’on appelle aujourd’hui le royaume de Naples. Mais il n’étoit pas en état de se soutenir contre tant d’ennemis qui l’attaquoient de tous les côtés. Les Lombards formerent des duchés & des principautés, comme Capoue, Salerne, & tant d’autres villes qui étoient alors les résidences de


souverains qui s’y maintinrent, moyennant quelques soumissions à l’empire Grec.

Charlemagne, qui détruisit le royaume des Lombards, ne toucha point à ces souverainetés, qui étoient subordonnées à l’empire d’Orient ; ainsi, au commencement de l’onzieme siecle, Salerne étoit capitale d’une principauté, dont le seigneur avoit un très-beau pays. Guaimare, prince de Salerne, regnoit de cette maniere, lorsqu’une centaine de gentils-hommes normands délivrerent cette ville des Sarazins qui étoient venus pour la piller.

« Ces François, partis en 983 des côtes de Normandie pour aller à Jérusalem, passerent à leur retour sur la mer de Naples, & arriverent à Salerne dans le tems que cette ville venoit de se racheter à prix d’argent. Ils trouverent les Salertins occupés à rassembler le prix de leur rançon, & les vainqueurs livrés dans leur camp à la sécurité d’une joie brutale & de la débauche. Cette poignée d’étrangers, reproche aux assiégés la lâcheté de leur soumission ; & dans l’instant marchant avec audace au milieu de la nuit, suivis de quelques Salertins qui osent les imiter, ils fondent dans le camp des Sarazins, les étonnent, les mettent en fuite, les forcent de remonter en desordre sur leurs vaisseaux, & non-seulement sauvent les trésors de Salerne, mais ils y ajoutent les dépouilles des ennemis ».

Gisulphe, fils & successeur de Guaimare, se trouva fort mal de n’avoir pas ménagé ces mêmes Normands. Ils l’assiégerent, prirent sa ville, le chasserent du pays, & le réduisirent à aller vivre à Rome des bienfaits du pape. Maîtres de Salerne, ils la fortifierent, & en formerent une nouvelle principauté, dont dix-neuf princes de la postérité de Tancrede jouirent successivement.

Le port de cette ville étoit un des plus fréquentés de cette côte, avant que celui de Naples lui eût enlevé son commerce ; ce port n’est plus rien aujourd’hui, qu’on a abattu le grand mole qui l’enveloppoit, & qui mettoit les vaisseaux à l’abri des orages. Il ne reste plus à cette ville, que le commerce de terre pour la faire subsister. Ses rues sont vilaines & fort étroites ; mais elle a quelques palais aux environs de la place, au-dessus de laquelle est le château.

Salerne fut honorée de la qualité d’archevêché l’an 974 par Boniface VII. Son université, aujourd’hui très-méprisée, a été autrefois fameuse pour la médecine.

C’est à Salerne qu’est mort en 1085 le pape Grégoire VII. qui avoit été si fier & si terrible avec les empereurs & les rois. Il s’étoit avisé d’excommunier Robert, prince de Salerne, & le fruit de l’excommunication, fut la conquête de tout le Bénéventin par le même Robert. Le pape lui donna l’absolution, & accepta de lui la ville de Bénévent, qui, depuis ce tems là, est toujours demeurée au saint siege.

Bientôt après éclaterent les grandes querelles entre l’empereur Henri IV. & Grégoire VII. L’empereur s’étant rendu maître de Rome en 1084, assiégeoit le pape dans ce château, qu’on a depuis appellé le château Saint-Ange. Robert accourt alors de la Dalmatie, où il faisoit des conquêtes nouvelles, délivre le pape malgré les Allemands & les Romains réunis contre lui, se rend maître de sa personne & l’emmene à Salerne, où ce pape, qui déposoit tant de rois, mourut le captif & le protégé d’un gentil-homme normand.

Masuccio, auteur du xv. siecle, peu connu, étoit de Salerne. On a de lui en italien cinquante nouvelles, dans le goût de celles de Boccace, c’est-à-dire, très licentieuses. Elles ont été imprimées plusieurs fois, & pillées par des auteurs de même caractere ; témoin les contes du monde adventureux, imprimés à Paris en