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une abattue ; chaque tour commence à 4 heures du matin : le produit en sel est plus ou moins grand.

Il n’y a en cette saline que cinq ouvriers, parce qu’ils ne sont pas obligés à travailler le bois.

L’été est la saison la plus favorable au salinage, il y en a bien des raisons qui se présenteront.

mois. abattues. cordes de bois. muids de sel.
Janv. 1737 15 2550 517
5270 1097
8 16 2720 580
Août 7 15 2550
5219 669
Mai 8 16 2669 1320
661

On a choisi pour cette comparaison deux mois d’hiver, pendant lesquels le nombre des abattues & des cordes de bois a été à-peu-près le même que dans deux mois d’été.

Lorsque la muire ou l’eau des sources salées, a senti le feu pendant quelque tems, elle devient trouble & elle commence à déposer un corps étranger, de couleur cendrée, gras au toucher, grumeleux ; en continuant de le frotter entre les doigts, on le croiroit plein de sablon assez fin ; cette matiere se nomme schlot, ou terre & crasse de poële ; c’est cette matiere qui forme le corps de l’écaille ou équille ; elle se durcit sur le fond de la poële, devient aussi solide que de la pierre commune, & lie le premier sel qui tombe sur fond ; son dépôt progressif est fini lorsque le grain de sel commence à paroître à la superficie de la muire.

Pour diminuer l’épaisseur de l’écaille qui diminue l’action du feu & ruine les fers, on sert des augelots, le schlot s’y dépose ; on le jette, parce qu’on fait par expérience qu’il ne contient presque point de sel ; il fait périr les arbres, s’il pénetre jusqu’à la racine ; en le travaillant avec art & sans mélange, on en tire un sel pareil à celui d’Epson.

On en tire encore d’autres sels ; en l’examinant, il donne des crystaux depuis 6 jusqu’à 18 & 20 lignes de long, & depuis 1 jusqu’à 3 lignes de largeur ; ce sont des prismes à six pans irrégulierement réguliers ; les deux surfaces du petit diametre sont à-peu-près doubles de largeur des deux surfaces qui terminent chaque extrémité du grand diametre ; chacun des deux bouts est terminé en pointe de diamans, par six triangles dont les bases sont égales aux deux plus larges superficies, & aux quatre petites alternes.

Addition à ce qui a été dit des bâtimens de graduation. Pour former le sel de mer on dispose des aires ou bassins, qui ont beaucoup de superficie & peu de profondeur, dans lesquels on introduit l’eau de la mer par des rigoles ; le soleil & l’air agissent sur cette eau, ils l’enlevent, l’évaporent dans un espace de tems plus ou moins long, suivant l’ardeur du soleil, la qualité & l’activité du vent, étant à observer que la saison de l’été la plus chaude, est celle que l’on saisit pour cette opération. Le sel, comme plus pesant que les parties aqueuses, demeure inébranlable aux chocs qu’il reçoit, l’action du soleil, les secousses & les ébranlemens de l’air, l’élevent seulement jusqu’à une hauteur de quelques piés, mais il retombe après quelques pirouettemens, ses parties se réunissent, se crystallisent, & forment enfin un corps solide, dont la figure est communément cubique.

L’art a cherché à imiter la nature par les bâtimens de graduation ; pour cela il n’a que changé la forme de l’évaporation ; celle d la nature se fait dans une disposition horisontale, celle de l’art dans une disposition verticale.

Les bâtimens de graduation sont à jour, élevés de 20 à 25 piés de la cuve à la sabliere ; on force l’eau


que l’on veut graduer, à monter par les pompes jusqu’au haut de ces bâtimens, d’où elle se distribue dans des augets de 4 à 5 pouces de largeur & autant de profondeur, disposés suivant la longueur du bâtiment, parsemés de petits robinets à six pouces de distance les uns des autres, qui ne laissent échapper l’eau que par gouttes, lesquelles rencontrant dans leur route une masse de fascines de 20 à 25 piés de haut, sur 10 de large, se subdivisent & multiplient leurs surfaces à l’infini ; ensorte que l’air auquel cette subdivision donne beaucoup de prise, emporte dans l’espace, comme une rosée, les parties douces de l’eau qui se sont trouvées soumises à son action, pendant que les parties qui demeurent chargées de sel, déterminées par le poids, décrivent constament une perpendiculaire, & se précipitent dans le bassin destiné à les recevoir, d’où elles sont ensuite élevées par d’autres pompes qui les portent dans une autre division d’augets, pour retomber, par la même manœuvre que ci devant, dans une autre division de bassin, & successivement jusqu’au dernier, le nombre étant proportionné au degré de la salure de l’eau. On donne aux plus foibles, telles que celles d’un degré & demi ou deux degrés, jusqu’à sept divisions, & l’on peut les pousser jusqu’à 30 degrés en trois jours dans la bonne saison.

Plus la disposition des bâtimens est parfaite, plus les différentes économies sont sensibles. Leur forme, leur exposition, la maniere d’élever les eaux, l’attention au progrès de la salure pour éviter un travail inutile & menager un tems précieux, le gouvernement des robinets qu’il faut conduire suivant les changemens & le caprice du vent, & mille autres détails que l’on croiroit indifférens, sont d’une importance extreme.

Pour pouvoir déterminer avec certitude l’étendue des bâtimens nécessaires à graduer une source salée, il en faut connoître avec précision la possibilité & la qualité. Mais pour en donner une idée générale, de même que de l’économie qui en résulte, on dira que pour faire par le moyen de la graduation 7000 tonneaux de sel de 650 pesant chacun, avec de l’eau à 4 degrés ou à 4 pour %, il faut 3000 piés de bâtiment & 5000 cordes de bois, & que sans cela, il en couteroit 32000 cordes pour pareille quantité.

On ne connoît point l’auteur de cette machine ; mais il est à présumer qu’elle est fort ancienne, & que la saline de Soultz en basse Alsace, a fourni le modele de celles qu’on a établies dans la suite. C’est surement la plus ancienne. Celles de Suisse, de Savoie & d’Allemagne sont absolument modernes, & il est étonnant que l’on n’ait pas plûtôt fait attention à celle de Soultz, qui est sur le grand chemin de Strasbourg à Mayence, & exposée à la vue de tout le monde. Il n’y a personne à Soultz ni aux environs, qui sache l’origine de cette saline ; le plus ancien titre qui existe est un contrat d’acquisition de 1665.

Elle subsistoit avant les guerres de Suede, pendant lesquelles elle fut ruinée. Rétablie à la paix, elle fut donnée à emphithéote par la maison de Fleckeinstein à celle de Krug, moyennant le dixieme du produit en sel. Krug la rendit à Furst, qui la répara de nouveau. Cette saline peut fournir annuellement environ 140 muids, de 650 livres chacun.

Les eaux des fontaines salantes passent par des carrieres souterraines de sel gemme, où elles se chargent de parties de sel, & contractent un degré de salure plus ou moins fort, suivant qu’elles en parcourent sans interruption un plus ou moins long espace, étant à observer que ces roches sont par veines, par couches & par cantons ; & c’est la raison pour laquelle on voit côte à côte une source d’eau douce & une autre d’eau salée ; desorte que la terre étant extrèmement variée dans sa composition, les eaux qui en