Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/631

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c’est-à-dire très-belle, ne la reconnoîtroient pas aujourd’hui. Elle n’est couverte que de pierre-ponce, ou pour mieux dire, cette île n’est qu’une carriere de pierre-ponce, où l’on peut la tailler par gros quartiers, comme on coupe les autres pierres dans leurs carrieres. Les côtes de l’île sont si affreuses qu’on ne sait de quel côté les aborder. Peut-être que ce sont les tremblemens de terre qui les ont rendues inaccessibles, elles ne l’étoient point autrefois.

Nous marquerons, au mot Thera, l’ancien état de cette île, & les changemens qu’elle a subis ; il s’agit ici du moderne. Après la prise de Constantinople par les François & les Vénitiens, l’île de Sant-Erini, ou Santorien, comme disent les François, fut jointe au duché de Naxie, & dans la suite se rendit à Barberousse, sous Sol man II. Il n’est guere possible de savoir en quel tems elle prit le nom de Sant-Erini ; mais il y a beaucoup d’apparence que ce nom lui est venu de sainte Irene, patrone de l’île. Cette sainte étoit de Thessalonique, & y subit le martyre en 304, sous le neuvieme consulat de Dioclétien.

Quoique le terrein de cette île soit sec & aride, les habitans cependant le rendent fructueux par leur travail & leur industrie ; ils y recueillent beaucoup d’orge, de coton & du vin. Ce vin a la couleur de celui du Rhin, mais il est violent & plein d’esprit ; c’est le principal commerce des habitans, ainsi que le coton dont ils font de belles toiles. Ils sont au nombre d’environ dix mille, presque tous Grecs, répandus dans cinq villages, & dans deux ou trois bourgs, dont le principal se nomme Scaro ou Castro. Pyrgos a le titre de ville, & est la plus jolie du pays, bâtie sur un tertre d’où l’on découvre les deux mers. Le pere Richard a donné la description de toute l’île & de ses écueils qui sont sortis du fond de la mer à diverses fois par des volcans : cette relation est curieuse.

L’île Sant-Erini peut avoir 50 milles de tour. Elle est à deux lieues au nord de celle de Candie, & au sud-ouest de Namfio. Longitude 44. 5. latit. 37. 50. (D. J.)

SANTERNO, le, (Géog. mod.) riviere d’Italie ; elle a sa source dans l’Apennin, en Toscane, au pays de Magello, se partage en deux branches au terroir d’Imola, & toutes deux portent leurs eaux dans le Pô. On prend cette riviere pour le Vaternus des anciens.

SANTERRE, le, (Géog. mod.) Sancteriensis pagus, en latin de moyen âge ; petit pays de France en Picardie, borné au nord par l’Artois, au midi par l’île de France, au levant par le Vermandois, & au couchant par l’Amiénois. Il a 20 lieues du midi au nord, & 10 du levant au couchant. Charles V. céda toutes les prétentions qu’il estimoit avoir sur ce pays à François I. par les traités de Cambrai & de Crépy. Il comprend les trois bailliages de Péronne, de Mondidier & de Roye. Péronne en est la capitale ; son terroir est gras & assez fertile. (D. J.)

SANTIA, ou SANTA-AGATHA, (Géog. mod.) petite ville d’Italie, au Piémont, à 14 milles de Verceil & à 20 d’Yvrées. François II. duc de Modene y est mort en 1658.

SANTICUM, (Géog. anc.) ancien lieu du Norique. Antonin le met sur la route d’Aquillée à Lorch, entre Larix & Virunum, à 27 mille pas de la premiere, & 30 mille pas de la seconde. Cluvier dit que c’est Saameck. Lazius R. R. liv. XII. cap. iij. prétend que les ruines de Santicum sont au lieu que les habitans nomment aujourd’hui Altenbourg & Gradneck. (D. J.)

SANTILLANE, (Géog. mod.) en latin du moyen âge, Sanctæ Julianæ fanum ou oppidum ; petite ville d’Espagne, dans l’Asturie, dont une partie en prend le surnom d’Asturie de Santillane, à 5 lieues de S.


Ander, proche la mer, avec titre de marquisat. On croit que c’est la Concana de Ptolomée, liv. II. ch. vj. Long. 13. 4. latit. 43. 28.

SANTOLINE, (Botan.) voyez Garde-robe. Tournefort compte quatorze especes de ce genre de plante, dont on peut voir les caracteres au mot Garde-robe ; c’est le nom vulgaire de la santoline ; les Anglois l’appellent female southernwood.

La plus commune espece est la santolina foliis terestibus I. R. H. 460. C’est une plante qui pousse comme un petit arbrisseau à la hauteur d’environ deux piés, des verges grêles, couvertes d’un léger duvet blanc. Ses feuilles sont crenélées, blanchâtres ; ses rameaux ont chacun au sommet une fleur, qui est un bouquet de plusieurs fleurons jaunes, ramassés en boules, évasés en étoile, portés sur un embryon, séparés les uns des autres par des feuilles pliées en gouttiere, & soutenus par un calice écailleux : lorsque la fleur est passée, chaque embryon devient une graine un peu longue, rayée & de couleur obscure ; toute la plante a une odeur forte, assez agréable, & un goût âcre tirant sur l’amer. On la cultive dans les jardins. (D. J.)

Santoline, (Mat. méd.) petit cyprès, garde-robe, aurone femelle ; on fait rarement usage de cette plante en médecine ; c’est pourtant un très-puissant fébrifuge capable de chasser les vers & les autres insectes par la seule odeur. C’est à cause de cette derniere propriété qu’on met ses feuilles parmi les étoffes de laine pour les préserver des teignes ; & c’est cet usage qui lui a fait donner le nom de garde-robe.

On convient d’ailleurs assez généralement que la santoline possede les mêmes vertus que l’aurone mâle. Voyez Aurone. (b)

Santoline, (Hist. des drog. exot.) poudre qu’on nomme encore poudre aux vers, barbotine & sémentine : on l’appelle dans les boutiques santolina, sementina, semen contra vermes. C’est une poudre grossiere, composée de petites têtes oblongues, écailleuses, d’un verd jaunâtre ; d’un goût désagréable, amer, mêlé d’acrimonie, d’une odeur aromatique, dégoûtante, & qui cause des nausées. Cette poudre nous parvient avec de petites feuilles, de petits rejettons, ou de petites branches cannelées.

Quoiqu’elle soit d’usage, son origine nous est inconnue. On doute si c’est une graine, ou une capsule séminale ; ou des germes de feuilles & de fleurs. On ignore quelle est la plante qui la porte, si c’est la zédoaire ou l’absynthe, ou une espece d’aurone, ou le petit cyprès ; on est incertain si elle vient dans la Palestine, dans l’Egypte, dans la Perse, ou seulement dans le royaume de Boutan, à l’extrémité des Indes orientales. Rauwolf, qui a parcouru les pays orientaux, dit que c’est une espece d’absynthe, que les Arabes appellent schelia, qui croît auprès de Bethléem, & qui est semblable à notre absynthe ; mais les feuilles que l’on trouve parmi cette graine, sont toutes différentes de celle de notre absynthe. De plus, il n’est pas vraissemblable que Prosper Alpin & Weslingius, qui ont recherché avec tant de soin les plantes d’Egypte, & qui ont demeuré l’un & l’autre quelques années dans ce pays, n’en eussent fait aucune mention ; eux qui savoient mieux que personne qu’on étoit fort curieux en Europe de connoître l’origine de cette graine, auroient-ils oubliés de nous l’apprendre ?

P. Herman croit que c’est une espece d’aurone qui se trouve dans la Perse, & dans quelques pays de l’Orient ; il prétend que ce ne sont pas tant de vraies graines, que des enveloppes écailleuses de graines qui ne sont pas encore parfaites ; Tavernier confirme le sentiment de ce savant botaniste, car il raconte que la santoline croît dans le royaume de Boutan, situé sur le bord septentrional du Mogol, d’où l’on