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moëlleuses, qui se soutiennent à peine. Ses feuilles sont larges, nerveuses, semblables à celles du plantain, mais plus petites, opposées, glabres, attachées à des queues très-courtes, d’un goût nitreux.

Ses fleurs naissent comme en ombelles aux sommités des tiges, composées chacune de cinq pétales ou feuilles disposées en œillet, ordinairement d’une belle couleur pourprée, quelquefois d’un rouge pâle, quelquefois blanches, odorantes, avec dix étamines blanches à sommet oblong dans leur milieu. A cette fleur succede un fruit de figure conique, qui n’a qu’une cavité remplie de semences menues, presque rondes & rougeâtres.

Cette plante qui, comme je l’ai dit, est une lychnis sauvage, croît proche des ruisseaux, des rivieres, des étangs, dans les bois & prés humides, & dans les lieux sablonneux ; on la cultive aussi dans les jardins, où elle dure long-tems, en se rendant néanmoins odieuse aux jardiniers par sa maniere de serpenter ; elle fleurit en Juin, & reste en fleur jusqu’au mois de Septembre. Non-seulement sa fleur se joue pour les couleurs, mais elle devient aussi quelquefois double, & s’employe dans les bouquets à cause de sa beauté & de son odeur agréable ; on donne en Médecine à la plante qui les porte des vertus atténuantes & détergentes. (D. J.)

SAPOTILLE, (Mat. méd.) c’est le fruit d’un arbre de l’Amérique nommé communément sapotillier par les habitans du pays, que les Européens appellent aussi poirier ou pommier d’Amérique, & que Linnæus a désigné par le nom de achrus Plumieri.

Les pepins, ou plûtôt les noyaux de ces fruits, sont employés depuis long-tems en Amérique, comme un remede souverain contre la colique néphrétique ; & leur usage s’est communiqué depuis dix à douze ans dans plusieurs provinces maritimes de France. On trouve un mémoire à ce sujet dans le journal de Médecine pour le mois de Mars 1760, par M. Ranson, médecin du roi, à Saint-Jean d’Angely.

Les noyaux de sapotille sont, selon la description qu’en donne cet auteur, d’une forme qui approche en gros de celle des pepins de nos poires bien mûres. On les emploie mondés de leur coque & de leur écorce ; ils ne sont point émulsifs, quoiqu’ils soient très-huileux, au point même d’être inflammables ; ils ont un goût très-amer. On fait prendre ce remede sous deux formes ; on en pile un ou deux gros dans un mortier de marbre, & on les délaye dans cinq ou six onces d’eau pour une dose qu’on réitere de quatre en quatre heures, ou de six en six heures, selon l’exigence des cas, & selon que l’estomac soutient ce remede. On l’édulcore aussi quelquefois pour les sujets délicats, avec le sucre ou un sirop approprié ; ou bien on le donne en substance ou incorporé dans un véhicule solide convenable à la dose d’un gros tout au plus. On ne doit pas continuer pendant plus de quatre ou cinq jours l’usage consécutif de ce remede. Il provoque si efficacement dans les coliques néphrétiques curables, le cours des urines & la sortie des glaires & des graviers, que ces corps dont la présence occasionnoit l’accès de colique, sont communément chassés au bout de ces tems ; & que si on continuoit le remede plus long-tems, il attaqueroit le corps même des reins, l’irriteroit, l’enflammeroit ; ce qui n’empêcheroit cependant point de revenir à l’usage de ce remede en saisissant quelques momens plus favorables. (b)

SAPOTILLIER, s. m. (Hist. nat. Botan.) sapota ; genre de plante ; quoique ses caracteres soient les mêmes que ceux de guanabane (voyez Guanabane), il en differe cependant entierement par la nature des fleurs & des fruits, & par le port même de la plante. Le sapotillier est donc un genre de plante à fleur en rose composée de plusieurs pétales disposés en rond ;


il sort du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit presque de la forme d’une toupie ou ovoïde ; ce fruit est mou, charnu, & contient une ou deux semences qui sont arrondies, applaties, dures, polies, & qui ont une espece de bec. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez Plante.

SAPPADILLE, s. f. (Botan. exot.) arbre des Indes occidentales, qui est fort cultivé à la Jamaïque & aux Barbades, à cause de son fruit, dont on fait beaucoup de cas dans ces contrées. Cet arbre est nommé par le chevalier Hans-Sloane, dans son cat. plant. Jam. anona foliis laurinis, glabris, viridi-fuscis, fructu minore, rotundo, viridi-flavo scabro, seminibus suscis, splendentibus, fissurâ albâ notatis.

La sappadille est l’espece d’anona la plus estimée : cet arbre croît à la hauteur d’un pommier ; ses feuilles sont semblables à celles du laurier, lisses, vertes-brunes ; ses fleurs sont composées de trois pétales, soutenues sur un pédicule. Après qu’elles sont tombées il leur succede un fruit couvert d’une écorce, & dont la chair environne les cellules, dans lesquelles sont renfermées des graines brunes, luisantes, marquées d’un sillon blanc. Le fruit de cet arbre est plus petit que celui des autres especes d’anona ; sa forme est ronde, & sa couleur jaunit dans la maturité. (D. J.)

SAPPE, (la) dans l’art militaire, est une espece de tranchée que font les soldats à couvert du feu de la place par un mantelet ou un gabion farci qu’ils font rouler devant eux. Cet ouvrage differe particulierement de la tranchée, en ce que celle-ci se fait à découvert, & que la sappe se construit avec plus de précaution, parce qu’elle se fait plus près de la place.

La sappe a moins de largeur que la tranchée, mais on l’élargit ensuite ; elle n’en differe plus alors, & elle perd son nom de sappe pour prendre celui de tranchée.

Il y a plusieurs sortes de sappes :

La simple qui n’a qu’un seul parapet.

La sappe double qui en a deux.

La sappe volante qui se fait avec des gabions que l’on ne remplit pas d’abord. On trace avec ces gabions l’ouvrage qu’on veut former, & l’on y fait aller ensuite les travailleurs de la tranchée pour les remplir de terre. Cette sorte de sappe ne peut guere se pratiquer que la nuit, lorsqu’on est encore loin de la place, & dans les endroits où le feu de l’ennemi n’est pas fort considérable.

La demi-sappe est celle dans laquelle on pose à découvert plusieurs gabions sur un alignement donné, qu’on travaille ensuite à remplir, après avoir fermé les entre-deux des gabions avec des sacs à terre ou des fagots de sappe.

Enfin la sappe couverte est un chemin qu’on fait sous terre pour mettre les sappeurs à couvert des grenades, à l’approche des ouvrages qu’on veut attaquer. On ne laisse par-dessus que deux piés de terre, qu’on soutient, s’il en est besoin, & qu’on fait tomber quand on veut. Cette sappe qu’on ne met guere en pratique, peut être utile dans plusieurs occasions pour cacher son travail à l’ennemi.

La sappe ordinaire ou la simple sappe, n’est autre chose qu’une tranchée poussée pié-à-pié, qui chemine jour & nuit également. Quoiqu’elle avance peu en apparence, elle fait beaucoup de chemin en effet, parce qu’elle marche toujours. C’est un métier qui demande une espece d’apprentissage pour s’y rendre habile, auquel on est bien tôt fait quand le courage & le desir du gain sont de la partie.

Voici comment elle se conduit.

L’ouvrage étant tracé, & les sappeurs instruits du chemin qu’ils doivent tenir, on commence par faire garnir la tête de gabions, fascines, sacs à terre, fourches de fer, crocs, maillets, mantelets, &c.