Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/671

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L’ame ne ressuscite pas seule. Le corps ressuscite aussi. L’alcoran dit, qui est-ce qui pourra ressusciter les os dissous ? qui est-ce qui rassemblera leurs particules éparses ? Celui qui les a formés, lorsqu’ils n’étoient rien.

Au jour du jugement, Dieu rassemblera & les hommes & les génies qui ont été. Il les examinera, il accordera le ciel aux bons. Les méchans seront envoyés à la gêne.

Entre les méchans ceux qui auront reconnu l’unité de Dieu, sortiront du feu, après avoir expié leurs fautes.

Il n’y a point de damnation éternelle pour celui qui a cru en un seul Dieu.

De la physique & de la métaphysique des Sarrasins. C’est l’aristotélisme ajouté aux préjugés religieux, une théosophie islamitique ; Thophail admet les quatre qualités des Péripatéticiens, l’humide & le sec, le froid & le chaud. C’est de leur combinaison qu’il déduit l’origine des choses ; l’ame a, selon lui, trois facultés ; la végétative, la sensitive & la naturelle ; il y a trois principes, la matiere, la forme & la privation ; les deux premiers sont de l’essence ; la puissance & la raison des existences ; le mouvement est l’acte de la puissance, en tant que puissance. Le progrès du mouvement n’est point infini ; il se résout à un premier moteur immobile, un, éternel, invisible, sans quantité & sans matiere. Il y a des corps simples ; il y en a de composés ; ils sont mus en ligne droite ou circulaire. Il n’y a que quatre élemens. Le ciel est un, il est simple, exempt de génération & de corruption. Il se meut circulairement. Il n’y a point de corps infini. Le monde est fini, cependant éternel. Les corps célestes ont un cinquieme élement particulier. Plus une sphere est voisine du premier moteur, plus elle est parfaite, plus son mouvement est rapide. Les élemens sont des corps simples, dans lesquels les composés se résolvent. Il y en a de légers qui tendent en haut, & de graves qui tendent en bas. C’est leur tendance opposée qui cause l’altération & le changement des corps. L’ame végétative préside à la végétation, la sensitive aux sens, la rationelle à la raison. L’entendement est ou actif ou passif. L’entendement actif est éternel, immortel, loin de tout commerce avec le corps ; le passif est ou théorétique ou pratique. La mort est l’extinction de la chaleur naturelle. La vie est l’équilibre de la chaleur naturelle & de l’humide vital. Tous les êtres sont par la matiere & par la forme. On ne peut définir que les composés ; la matiere & la forme ne s’engendrent point. Il y a des puissances douées de la raison ; il y en a qui en sont privées. Personne ne juge mal de ce qui ne change point. L’unité est l’opposé de la multitude. Il y a trois sortes de substances, les unes qui périssent, comme les plantes & les animaux ; d’autres qui ne périssent point, comme le ciel ; de troisiemes qui sont éternelles & immobiles. Il y a un mouvement éternel. Il y a donc des substances éternelles. Elles sont immatérielles. Elles se meuvent de toute éternité d’un mouvement actuel. Le premier moteur meut toutes les autres intelligences. Cette cause premiere du mouvement ne change point. Elle est par elle-même. C’est Dieu, être éternel, immobile, insensible, indivisible, infiniment puissant, infiniment heureux dans sa propre contemplation. Il y a sous Dieu des substances motrices des spheres. Ce sont des esprits. Elles ont leurs fonctions particulieres, &c....

De la physique & de la métaphysique de Tophail. Il peut y avoir dans quelque contrée saine & tempérée placée sous la ligne équinoxiale ou ailleurs des hommes vraiment autochtones, naissant de la terre, sans pere & sans mere, par la seule influence de la lumiere & du ciel.


Cette génération spontanée sera l’effet d’une fermentation du limon, continuée pendant des siecles, jusqu’au moment où il s’établit un équilibre fécond entre le froid & le chaud, l’humide & le sec.

Dans une masse considérable de ce limon ainsi fécondé, il y aura des parties où l’équilibre des qualités ou la température sera plus parfaite, où la disposition à la formation du mixte sera plus grande. Ces parties appartiendront à la nature animale ou humaine.

La matiere s’agitera ; il s’y formera des bulles ; elle deviendra visqueuse ; les bulles seront partagées au-dedans d’elles-mêmes en deux capacités séparées par un voile leger ; un air subtil y circulera ; une température égale s’y établira ; l’esprit envoyé par Dieu s’y insinuera & s’y unira, & le tout sera vivant.

L’union de l’esprit avec la matiere prédisposée à le recevoir sera si intime qu’on ne pourra le séparer.

L’esprit vivifiant émane incessamment de Dieu. La lumiere qui s’élance continuellement du soleil, sans l’épuiser, en est une image.

Il descend également sur toute la création ; mais il ne se manifeste pas également en tout lieu. Toutes les parties de l’univers ne sont pas également disposées à le faire valoir. De-là les êtres inanimés qui n’ont pas de vie ; les plantes où l’on apperçoit quelques symptomes de sa présence ; les animaux où il a un caractere plus évident.

Entre les animaux, il y en a qui ont avec lui une affinité particuliere ; une organisation plus analogue à sa forme ; dont le corps est, pour ainsi dire, une image de l’esprit qui doit l’animer. Tel est l’homme.

Si cette analogie de l’esprit & de la forme prédomine dans un homme, ce sera un prophete.

Aussitôt que l’esprit s’est uni à sa demeure, il se soumet toutes les facultés ; elles lui obéissent ; Dieu a voulu qu’il en disposât.

Alors il se forme une autre bulle divisée en trois capacités séparées chacune par des cloisons, des fibres, des canaux déliés. Un air subtil, assez semblable à celui qui remplissoit les capacités de la premiere bulle, remplit les capacités de celle-ci.

Chacune de ces capacités contient des qualités qui lui sont propres ; elles s’y exercent, & ce qu’elles produisent de grand ou de petit est transmis à l’esprit vivifiant qui a son ventricule particulier.

Aux environs de ce ventricule, il naît une troisieme bulle. Cette bulle est aussi remplie d’une substance aérienne, mais plus grossiere. Elle a ses capacités. Ce sont des réservoirs des facultés subalternes.

Ces réservoirs communiquent entr’eux & s’entretiennent. Mais ils sont tous subordonnés au premier, à celui de l’esprit, excepté dans les fonctions des membre, qui se formeront, & auxquels ils présideront avec souveraineté.

Le premier des membres c’est le cœur. Sa figure est conique ; c’est l’effet de celle que l’esprit ou la flamme affecte. C’est par la même raison que la membrane forte qui l’environne suit la même configuration. Sa chair est solide. Il est conservé par une enveloppe épaisse.

La chaleur dissout les humeurs & les dissipe. Il falloit que quelques organes les réparassent. Il falloit que ces organes sentissent ce qui leur étoit propre, & l’attirassent, ce qui leur étoit contraire, & le repoussassent.

Deux membres ont été formés à cette fin, avec les facultés convenables. L’un préside aux sensations, c’est le cerveau ; l’autre à la nutrition, c’est le foie.

Il étoit nécessaire qu’ils communiquassent entr’eux & avec le cœur. De-là les arteres, les veines & la multitude de canaux, les uns étroits, les autres larges, qui s’y rendent & qui s’en distribuent.

C’est ainsi que le germe se forme, que l’embryon s’accroît, & qu’il se perfectionne jusqu’au moment de la naissance.