Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/705

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cuire dans une suffisante quantité d’eau ; il les fait égoutter, puis il les enfile pour les faire sécher à l’air, choisissant pour cette préparation un tems sec & chaud. Elles deviennent transparentes ; elles ressemblent à des morceaux de gomme adragant, & demeurent très-dures. On les peut conserver saines, tant qu’on voudra, pourvu qu’on les tienne dans un lieu sec ; au lieu que les racines qu’on a fait sécher sans cette préparation, s’humectent & moisissent pour peu que le tems soit pluvieux pendant plusieurs jours. Mémoires de l’acad. & des Scien. année 1740.

C’est à cause de cette pente que les racines de satyrion desséchées à la maniere ordinaire ont à se corrompre, qu’est venu l’usage de les garder dans les boutiques sous forme de conserve ou de candit. (Voyez Candit.) Mais la méthode de M. Geoffroi pourvoit à leur conservation d’une maniere plus avantageuse

Le même auteur assure que les racines de satyrion de notre pays ainsi préparées, ont les mêmes propriétés médicinales que le salep des Turcs, tout comme elles ressemblent à cette drogue par leurs qualités extérieures. Voyez Salep.

Quant à la maniere de les employer, voici comme il s’en explique : on peut les réduire en poudre aussi fine qu’on veut, on en prend le poids de vingt-quatre grains, qu’on humecte peu-à-peu d’eau bouillante ; la poudre s’y fond entierement, & forme un mucilage qu’on peut étendre par ebullition dans une chopine ou demi septier d’eau, & l’on est le maître de rendre cette boisson plus agréable, en y ajoutant le sucre & quelques légers parfums. Cette poudre peut aussi s’allier au lait qu’on a conseillé aux malades affectés des maladies de poitrine.

Ce dernier usage qui est le principal & le plus utile tant du salep imité, que du vrai salep (voyez Salep), prouve bien démonstrativement combien la prétendue vertu aphrodisiaque des satyrions est chimérique : car assurément les phtisiques n’ont que faire de magnanimité, & un remede capable de la produire, ne leur est rien moins que convenable. (b)

SATYRIQUE, adj. (Gramm. & Littérat.) ce qui appartient ou a rapport à la satyre, ou qui tient de la nature de la satyre.

Ainsi l’on dit génie satyrique, style satyrique, vers satyriques, &c. Tous les auteurs satyriques ne sont pas poëtes ; on peut compter parmi eux des prédicateurs, comme South ; des historiens comme Burnet, Mezerai, le Vassor, &c. des philosophes, comme Apulée & Montagne. Dans la théologie payenne il y a eu jusqu’à un dieu satyrique appellé Momus. Homere donne à Thersite le caractere d’un satyrique de cour. On a accusé les Hollandois d’avoir composé des écrits ou fait frapper des médailles satyriques qui leur ont couté quelquefois bien cher.

Cependant on entend principalement par satyriques, les poëtes qui ont composé des satyres ; tels qu’Horace, Boileau, le comte de Rochester, &c. L’auteur du cours des Belles-Lettres distribuées par exercices, caractérise ainsi les trois principaux satyriques latins, & le satyrique françois.

« Horace & Boileau, dit-il, avoient un esprit plus doux, plus souple : ils aimoient la simplicité ; ils choisissoient les traits & les présentoient sans fard & sans affectation. Juvenal avoit un génie fort, une imagination fougueuse ; il chargeoit ses tableaux, & détruisoit souvent le vrai en le poussant trop loin. Horace & Boileau ménageoi nt leur fonds ; ils plaisantoient doucement, légerement ; ils n’ôtoient le masque qu’à demi & en riant, Juvenal l’arrache avec colere. Quelquefois les deux premiers font exhaler l’encens le plus pur du milieu même des vapeurs satyriques. Le dernier n’a jamais loué qu’un seul homme, & cette louange


se tournoit même en satyre contre le reste du genre humain. En un mot, les portraits que font Horace, Boileau, quoique dans le genre odieux, ont toujours quelque chose d’agréable qui paroît venir de la touche du peintre. Ceux que fait Juvenal ont des couleurs tranchantes, des traits hardis, mais gros. Il n’est pas nécessaire d’être délicat pour en sentir la beauté.

» Horace & Boileau ont des traits propres & qui les séparent : Horace nous paroît quelquefois plus riche, & Boileau plus clair. Horace est plus réservé que Juvenal ; mais il l’est beaucoup moins encore que Boileau. Il y avoit plus de nature & de génie dans Horace, plus de travail & peut-être plus d’art dans Boileau.

Perse a un caractere unique qui ne sympathise avec personne ; il n’est pas assez aisé pour être mis avec Horace. Il est trop sage pour être comparé à Juvenal, trop enveloppé & trop mystérieux pour être joint à Despreaux. Aussi poli que le premier, quelquefois aussi vif que le second, aussi vertueux que le troisieme ; il semble être plus philosophe qu’aucun des trois. Peu de gens ont le courage de le lire ; la premiere lecture une fois faite, on trouve de quoi se dédommager de sa peine dans la seconde ». Cours de Belles-Lettres, tome II. page 162. & suivantes.

Satyriques jeux, (Théâtre.) espece de farces qu’on jouoit à Rome le matin avant la grande piece pour les plaisirs du peuple. Elles ne venoient ni des Umbriens, ni des Liguriens, ni des autres peuples de l’Italie ; mais on les avoit empruntées des Grecs. (D. J.)

SATYRIUM, (Géog. anc.) canton d’Italie dans la Messapie, aux environs de la ville de Tarente, selon Etienne le géographe. Elle donna son nom à la ville de Tarente, qui est appellée Saturum Tarentum dans ces vers de Virgile, Géorg. l. II. v. 195.

Sin armenta magis studium vitulosque tueri,
Aut fœtus ovium, aut urentes culta capellas,
Saltus & Saturi petito longinqua Tarenti,
Et qualem infelix amisit Mantua campum,
Pascentem niveos herboso flumine cygnos.

« Si vous vous plaisez à élever des troupeaux de bœufs, de brebis ou de chevres, transportez-vous dans le pays de Tarente, à l’extrémité de l’Italie, ou dans les herbages du Mantouan, pays helas ! enlevés à ses malheureux habitans ; délicieuses campagnes, où tant de cygnes paissent sur les bords du Mincio ».

Rien n’empêche qu’on ne dise que Satyrium, ville de ce canton, ne soit aujourd’hui la bourgade Satuzo. (D. J.)

SATZ ou ZIATECK, (Géog. mod.) ville de Bohème, capitale d’un cercle de même nom, sur la rive méridionale de l’Egra, à 15 lieues au nord ouest de Prague. Elle a été souvent le séjour des ducs de Bohème.

Satz, cercle de, (Géog. mod.) en allemand Satzeer-Kraiss, cercle de Bohème, dans sa partie occidentale. Il est borné au nord par la Misnie, au midi par le cercle de Pilsen, au levant par celui de Rakonick, & au couchant par celui d’Elnbogen. Il occupe les deux bords de l’Egra. (D. J.)

SATZUMA, (Géog. mod.) une des neuf provinces du Saïkokf, ou de la contrée de l’empire du Japon, qui est dans le pays de l’Ouest. Cette province n’a que deux journées de longueur, & est cependant divisée en quatorze districts ; elle est médiocrement fertile, mais elle a de bonnes manufactures de draps, produit quantité de meuriers, & peut presque fournir les autres provinces de camphre. Kaempfer ajoute qu’elle surpasse toutes les provinces de l’île de Sai-