Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/75

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superflu de la colle qui n’a pu pénétrer, & de remplir de colle en passant les petites cavités faites par le grattoir. Il sert encore à redresser les nervures dans le cas où elles auroient été déplacées ; enfin, par la forme concave de son extrémité qui agit, il donne ou du moins conserve au dos du livre cette forme tant-soit peu arrondie qu’il veut avoir. Aussi-tôt que le dos du livre est ainsi frotté, on y met encore de la colle de farine, en passant dessus le pinceau, mais très légérement ; on en donne aussi une légere couche aux bandes de parchemin, dont on couvre ensuite le dos du livre en les tirant fortement avec les doigts, & les étendant bien l’une sur l’autre, afin qu’elles ne fassent aucun pli. On doit observer de coller le parchemin du côté de sa fleur, autrement il se décolleroit en séchant. Cet apprêt donné, on retire le livre de la presse, & on le met sécher au feu lié entre ses ais comme il étoit dans la presse, prenant garde cependant de ne point l’approcher trop près, de peur que par la trop grande chaleur le parchemin ne se retirât. Lorsqu’il est suffisamment sec, on le remet dans la presse sans le délier ; on fait passer le frottoir légerement dessus, afin de redresser les nerfs, d’arrondir le dos, & de réparer les petites inégalités qui peuvent s’y rencontrer ; on enduit ensuite de colle-forte le parchemin qui couvre le dos, & on le met sécher comme auparavant ; quand il est sec on le délie, & on colle de chaque côté la seconde feuille de papier marbré avec la premiere de papier blanc ; on met après cela le livre entre deux ais à presser, observant toujours de ne point engager entre ces ais le dos du livre, afin que le mords en soit bien marqué. Lorsqu’il a passé environ une demi-heure dans la presse entre les ais à presser, on l’en retire & on le fait ensuite passer dans la presse à rogner, pour faire la tranche : ce qu’on appelle faire la tranche d’un livre, c’est en rogner les feuilles de trois côtés à l’aide du couteau monté sur son fût ; mais avant d’expliquer comment se fait cette opération, il est à-propos de décrire la construction de cet instrument. Le tout est composé de neuf principales pieces, qui sont les deux piés du fût, deux bandes, une vis de bois, un couteau, une vis de fer, un écrou & une clé. Les deux piés du fût sont deux morceaux de bois qui portent pour l’ordinaire quatre à cinq pouces de hauteur, sur deux d’épaisseur, percés de trois trous, savoir un à chaque bout, & l’autre dans le milieu. Les deux bandes sont deux pieces de bois longues d’environ un pié & demi, larges d’un pouce & demi, & un peu moins épaisses ; ces bandes sont enchâssées & chevillées dans les trous pratiqués au pié du fût, qui se trouve à la droite de l’ouvrier lorsqu’il rogne, & passent librement dans ceux pratiqués à l’autre pié, sur lesquelles il court comme la jumelle mobile des presses, soit à endosser, soit à rogner. La vis est un morceau de bois long de deux piés dans sa totalité ; savoir un pié & demi de filet, & six pouces de tête : elle a entre quatre & cinq pouces de circonférence ; la tête en est un peu plus grosse, & sert du côté droit de poignée à l’ouvrier, de même que le bout du filet lui en sert du côté gauche : cette vis passe librement dans le trou du milieu, pratiqué au pié qui se trouve à la droite, & s’engrene dans celui pratiqué au pié qui est à la gauche, & qui est en forme d’écrou, ce qui fait approcher ou reculer ces piés selon le besoin, comme les jumelles des presses à endosser, rogner, ou tranchefiler. Le couteau est une piece d’acier de six à sept pouces de long, plat & fort mince, très-tranchant, finissant en pointe de lame d’épée, plate & large, & de forme quarrée par l’autre bout qui sert à l’attacher, & que l’on nomme le talon ; c’est au milieu & par-dessous le pié du fût qui est à droite, que s’attache le coûteau en appliquant le talon qui s’enchâsse dans une échancrure dont la largeur & la profondeur sont propor-


tionnées à la largeur & l’épaisseur de ce talon ; on passe ensuite la vis de fer, dont la tête applatie s’emboîte dans le trou pratiqué au talon : cette vis traverse le pié du fût, & sort par le haut. L’écrou est un morceau de fer qui coëffe la vis ; il a deux branches montantes, longues d’environ un pouce & demi, & dont les bouts sont tournés en haut. La clé est aussi un morceau de fer long de sept à huit pouces, & de deux de circonférence ; le bout que tient l’ouvrier pour s’en servir est rond, mais il est un peu applati à l’autre extrémité, & percé en long comme seroit la case d’une aiguille à tapisserie ; c’est dans cette rainure qu’on fait passer les deux branches de l’écrou pour serrer ou desserrer la vis, dont la tête assujettit le couteau. Cet instrument ainsi monté, on rogne le livre de la maniere suivante. On fait descendre les deux cartons du livre de tête en queue d’environ deux lignes, car quoique ces cartons soient retenus par les nerfs, ils conservent cependant assez de liberté pour descendre ou monter au besoin ; après quoi l’ouvrier met son livre debout dans la presse, le dos tourné de son côté, & le mords du livre logé dans la rainure pratiquée à la tringle attachée contre & en dedans la jumelle immobile, ayant soin d’appliquer un carton de l’autre côté entre le livre & la jumelle courante ; il faut que cette bande de carton excede le livre au moins d’un doigt. On se sert de ce carton, afin de soutenir le livre contre l’effort du couteau, & garantir en même tems le mords de ce côté, ensuite l’ouvrier pose son coûteau monté comme nous venons de le dire, sur la presse, faisant entrer la tringle la plus proche du dedans de la presse dans une rainure ou coulisse pratiquée le long du pié du fût qui est à sa gauche ; de sorte que l’autre tringle borde le dehors de ce pié. Ces deux tringles, dont nous avons donné la position dans la description de la presse à rogner, servent de directoires au fût tout entier ; le coûteau ainsi posé, se pousse en avant, de sorte que la section commence par le dos du livre. On doit observer de ne point trop tourner la vis dont nous avons dit que les deux extrémités servoient de poignée, parce que le couteau venant à prendre trop de matieres, ou ne passeroit point librement, ou ne pourroit faire une section nette & polie : on doit donc tourner peu-à-peu, & continuer ainsi jusqu’à ce que le coûteau soit parvenu à la bande de carton qui sert d’appui au livre. L’ouvrier doit sentir par le plus ou moins de résistance du coûteau, à quel degré il doit faire tourner la vis dans ses mains, qui y doit être librement. Aussi-tôt que la tête de son livre est rognée, il le retire de la presse, & prend la mesure avec un compas au-dedans du livre, à commencer du bord de la tête qu’il vient de rogner, jusqu’à la fin de la marge qu’il veut conserver à la queue, & qui doit être toujours plus large qu’à la tête ; cette mesure prise, il ferme son livre pour la marquer sur le carton, qu’il fait descendre également de deux lignes, comme à la premiere opération, ensuite le reste se dispose & s’exécute de la même maniere. Le livre étant ainsi rogné en tête & en queue, on le retire de la presse, on descend le carton de la moitié de l’excédent qu’on lui a conservé, de sorte qu’il n’y en ait pas plus à un bout qu’à l’autre : cet excédent se nomme les chasses. Alors l’ouvrier prend le compas, en pose un bout à la tête du livre dans le milieu, du côté & à l’extrémité du dos, & trace une ligne courbe du côté & à l’extrémité de la tranche, mais cependant toujours sur la tête ; il trace semblable ligne en queue, prenant garde de conserver même ouverture de compas pour les deux bouts. Cette ligne dirige l’ouvrier dans la section de sa tranche, dont la gouttiere par ce moyen est égale. On appelle la gouttiere d’un livre cette concavité qu’on voit sur la tranche ; alors il ouvre les cartons & les renverse tout-à-fait, & en ber-