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beaucoup, à Cassius son gouverneur, oncle de Vibius ; Zénodore les avoit copiés, sans qu’il y eût presque aucune différence.

Cependant, observe ici M. de Caylus, le talent de Zénodore est plus prouvé par les deux grands modeles qu’il a faits, que pour la copie de ces deux vases : un artiste médiocre peut en venir à bout, & satisfaire, étonner même des gens peu délicats ; mais il faut toujours de grandes parties dans l’esprit & des connoissances fort étendues dans l’art, pour exécuter heureusement des machines pareilles à ces colosses ; le détail de la fonte ne change rien à la grandeur du génie nécessaire pour la production d’une figure de plus de cent piés de proportion. (Tous les articles des sculpteurs anciens sont de M. le chevalier de Jaucourt.)

Sculpteurs modernes, (Artistes en Sculpture.) nous n’entendons pas sous ce nom les sculpteurs goths, mais les célebres maîtres qui se sont illustrés dans cette carriere depuis la renaissance des beaux-arts en Italie, c’est-à-dire depuis le commencement du xvj. siecle : voici les principaux qui nous sont connus.

Algarde, italien, fleurissoit vers le milieu du xvij. siecle. Entre autres ouvrages de cet artiste supérieur, on admire son bas-relief qui représente saint Pierre & saint Paul en l’air, menaçant Attila qui venoit à Rome pour la saccager. Ce bas-relief sert de tableau à un des petits autels de la basilique de saint Pierre.

Il ne faut pas moins de génie pour tirer du marbre une composition pareille à celle de l’Attila, que pour la peindre sur une toile. En effet, la poésie & les expressions en sont aussi touchantes que celle du tableau où Raphaël a traité le même sujet, & l’exécution du sculpteur qui semble avoir trouvé le clair obscur avec son ciseau, paroît d’un plus grand mérite que celle du maître de la peinture. Les figures qu’on voit sur le devant de ce superbe morceau, sont presque de ronde-bosse ; elles sont de véritables statues. Celles qu’il a placées derriere ont moins de relief, & leurs traits sont plus ou moins marqués, selon qu’elles s’enfoncent dans le lointain. Enfin la composition finit par plusieurs figures dessinées sur la superficie du marbre par de simples traits. Il est vrai que l’Algarde n’a pas tiré de son génie la premiere idée de son exécution ; mais il a du-moins perfectionné, par l’ouvrage dont il s’agit, le grand art des bas-reliefs ; & quand le pape Innocent X. donna trente mille écus à l’Algarde pour un ouvrage de cette espece, cette récompense étoit plus noble qu’excessive.

On sait sans doute que l’Algarde fut aussi chargé par le même pape de restaurer la figure d’un Hercule qui combat l’hydre, & que l’on conserve à Rome dans le palais Verospi ; il s’en acquitta si bien que les parties rétablies ayant été retrouvées dans la suite, on a laissé l’ouvrage de l’Algarde, & l’on s’est contenté de placer auprés de la statue les parties antiques, pour mettre les curieux à portée d’en faire la comparaison, & rendre justice à l’artiste moderne.

Auguier (François), natif du comté d’Eu, mort à Paris en 1669. Son cizeau donnoit du sentiment au marbre. Ses figures sont encore remarquables par la beauté & la vérité de l’expression. Il a fait l’autel du Val-de-grace & la Crêche ; le beau crucifix de marbre de la Sorbonne ; la sculpture du cardinal de Bérule dans l’église de l’Oratoire ; la sépulture des Montmorenci à Moulins, & quelques statues d’après les antiques.

Auguier (Michel), mort en 1680, âgé de 74 ans, frere de François Auguier ; il se distingua dans le même art que lui. Il est bien connu par l’Amphitrite de marbre qu’on voit dans le parc de Versailles, par les ouvrages de la porte saint Denis, par les figures du portail du Val-de-grace, & par d’autres.

Bachelier (Nicolas) natif de Toulouse ou de Lu-


ques, fut éleve de Michel-Ange. Etant à Toulouse sous le regne de François I. il y établit le bon goût, & en bannit la maniere gothique qui avoit été en usage jusqu’alors ; ses ouvrages de sculpture qui subsistent dans quelques églises de cette ville, se distinguent toujours avec estime, malgré la dorure qu’on y a mise, & qui leur a ôté cette grace & cette délicatesse que cet habile homme leur avoit données. Il fleurissoit encore en 1550.

Bandinelli (Baccio) né à Florence en 1487, mort dans la même ville en 1559. Les morceaux qu’il a faits en sculpture à Rome & à Florence sont extrèmement estimés ; on l’a repris seulement avec raison, d’avoir mis à côté de la statue d’Adam qu’il fit pour l’église cathédrale de Florence, une statue d’Eve de sa main, plus haute que celle de son mari. D’ailleurs les deux statues sont également belles ; c’est lui qui a restauré le bras droit du grouppe de Laocoon, j’entends le bras qui est élevé & qui concourt si bien à l’action de la figure principale. Ce grand artiste imitateur & contemporain de Michel-Ange, ne voulut point rétablir cette partie en marbre, dans l’espérance que l’on trouveroit un jour le morceau de l’original ; il est donc encore aujourd’hui en terre cuite. Baccio est si bien entré dans l’esprit de l’antique, que si par hasard on retrouvoit le bras perdu, la comparaison ne seroit pas deshonorable au sculpteur florentin.

Bernini (Jean-Laurent) vulgairement appellé le cavalier Bernin, né à Naples en 1598, mort à Rome en 1680, est un de ces grands artistes que la nature présente rarement sur la terre. Louis XIV. signala sa magnificence à son égard, lorsqu’il le fit venir à Paris en 1665, pour travailler au dessein du Louvre ; on voit en France de ce maître célebre, le buste du roi dans la salle de Vénus, & la statue équestre de Marcus-Curtius, au-delà de la piece des Suisses à Versailles ; mais il a sur-tout embelli Rome de plusieurs monumens qui font l’admiration des connoisseurs ; telle est l’extase de sainte Thérèse de ce grand maître. On compte dans la seule église de S. Pierre quinze morceaux de son invention, le maître autel, le tabernacle, la chaire de saint Pierre, les tombeaux d’Urbain VIII. & d’Alexandre VII. la statue équestre de Constantin, la colonnade, la fontaine de la place Navonne, &c. Tous ces ouvrages, pour le dire en un mot, ont une élégance & une expression dignes de l’antique ; ses figures sont remplies de vie, de tendresse & de vérité.

Bologne (Jean de) né à Douay, mort à Florence vers le commencement du dix-septieme siecle. Il se rendit un des bons sculpteurs d’Italie, & orna la place publique de Florence de ce grouppe de marbre que l’on y voit encore, & qui représente l’enlevement d’une sabine. Le cheval sur lequel on a mis depuis la statue d’Henri IV, placée au milieu du Pont-Neuf à Paris, est de ce grand maître ; il a fait plusieurs autres statues équestres, il a dirigé la fonte d’un très grand nombre d’autres statues ou bas-reliefs qui lui ont acquis beaucoup d’honneur.

Rousseau (Jacques) né en Poitou en 1681, mort à Madrid en 1740, eleve de M. Coustoux, l’aîné ; il devint professeur de l’académie de Sculpture, & finalement sculpteur en chef du roi d’Espagne.

Buister (Philippe) natif de Bruxelles, vint en France vers le milieu du dix-septieme siecle. Son éloge sera l’énumération de ses principaux ouvrages : tels sont le tombeau du cardinal de la Rochefoucault, placé dans une chapelle de sainte Génevieve ; deux satyres grouppés, un joueur de tambour de basque, & la déesse Flore ; tous morceaux estimés qui ornent le parc de Versailles.

Cellini (Bénévenuto) artiste célebre, & homme d guerre, né à Florence l’an 1500, mort dans la