Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/689

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Trois quarres, en terme d’Eperonnier, est une grosse lime, de figure triangulaire, ainsi appellée, parce qu’elle a trois pans ou quarres.

Trois, deux, un, en termes de Blason, se dit de six pieces disposées, trois en chef sur une ligne, deux au milieu, & une en pointe de l’écu.

Illiers en Beauce, d’or, à six annelets de gueules, 3, 2, 1.

Trois-chapitres, les, (Hist. ecclésiast.) c’est ainsi qu’on a nommé les trois articles, qui furent le sujet de tant de disputes ecclésiastiques pendant tout le sixieme siecle, & qui regardoient Théodore de Mopsueste. On engagea l’empereur Justinien à condamner 1°. Théodore de Mopsueste & ses écrits, 2°. les écrits de Théodoret contre saint Cyrille, 3°. la lettre d’Ibas. L’empereur publia en 545 la condamnation sur ces trois points, qu’on nomma les trois-chapitres, en sous-entendant peut-être le mot de dissension. L’année suivante 546, ils furent aussi condamnés dans un concile de Constantinople. On prononça une nouvelle sentence de condamnation plus solemnelle encore en 553, dans le second concile de Constantinople ; mais tandis que l’Orient se déclaroit contre les trois-chapitres, presque tout l’Occident en prit la défense, & l’on vit un schisme dans l’Eglise sur des objets misérables. De quelle utilité, dit M. Dupin, étoit-il de condamner les trois-chapitres, & pourquoi les défendre avec opiniâtreté ? Pourquoi s’excommunier & se persécuter mutuellement à ce sujet ? L’empereur Justinien a la foiblesse de se prêter aux intrigues de Théodore, évêque de Césarée, & trouble la paix de l’Eglise par des conciles inutiles. On détourne les évêques d’Orient & d’Occident de la conduite de leurs diocèses, pour remplir leurs esprits de contestations frivoles, qui aboutirent à faire exiler & persécuter des personnages celebres qui eussent rendu de grands services à l’Eglise. C’est ainsi que les hommes, pour satisfaire leurs passions, ont sacrifié de tout tems les intérêts de la religion à des vues particulieres de vengeance. (D. J.)

Trois-Églises, (Géog. mod.) lieu de Perse, digne de remarque, en entrant dans ce royaume par l’Arménie. Il y a dans ce lieu, qui est à neuf milles d’Erivan, un célebre monastere de religieux, dont l’église est dédiée à S. Grégoire l’illuminateur. Les moines des Trois-Eglises sont arméniens, & font des souris moqueurs quand on leur parle de réunion avec le siege de Rome. La campagne qui est autour de leur monastere, peut donner, par ses agrémens & sa fertilité, une idée du paradis terrestre. (D. J.)

Trois-rivieres, les, (Géog. mod.) petite ville de l’Amérique septentrionale, au Canada, à 27 lieues de Québec, entre cette ville & Montréal, sur un côteau de sable, au pié duquel coule le fleuve de S. Laurent. Il y a dans son voisinage une riche mine de fer. Latit. 46. (D. J.)

TROISIEME, adj. (Gram.) ce qui dans un ordre de choses succede aux deux premieres. Cet homme est la troisieme personne après le roi. Il est difficile qu’un homme & une femme soient long-tems seuls ; l’amour ne tarde pas à être le troisieme.

TROKI, (Géog. mod.) palatinat de Pologne, dans la Lithuanie. Il est borné à l’orient & au nord par le palatinat de Wilna ; au couchant, par la Prusse & la Poldaquie. Il envoie aux dietes du royaume deux sénateurs, dont l’un est palatin & l’autre châtelain. La capitale porte son nom. (D. J.)

Troki, (Géog. mod.) ville de Pologne, dans la Lithuanie, capitale du palatinat de même nom, au milieu des marais, à 8 lieues au couchant de Wilna. Elle fut bâtie par Gédimir, grand-duc de Lithuanie, en 1321. Les Moscovites la ravagerent en 1655. Long. 43. 50. latit. 54. 33. (D. J.)

TROLLE, (Vénerie.) aller à la trolle, c’est décou-


pler les chiens dans un pays de bois, pour quêter & lancer une bête que l’on veut courre, sans avoir été la détourner.

TROLLER, v. act. (Agriculture.) c’est faire une espece de clisse avec des branches d’arbres sur des pieux frappés en terre, & lacés comme un panier ; quand on fait une clisse pour fermer une étable, on la terrasse. (D. J.)

TROMBE, s. f. (Physiq.) est un météore extraordinaire qui paroît sur la mer, qui met les vaisseaux en grand danger, &c. & qu’on remarque très souvent dans un tems chaud & sec ; les Latins l’appellent typho & sypho. Voyez Météore.

La trombe est une nuée condensée, dont une partie se trouvant dans un mouvement circulaire, causé par deux vents qui soufflent directement l’un contre l’autre, tombe par son poids, & prend la figure d’une colonne, tantôt conique, tantôt cylindrique. Elle tient toujours en-haut par sa base, tandis que la pointe regarde en-bas.

« On ne sauroit examiner ces trombes de mer avec toute l’exactitude requise ; car comme les Marins n’ignorent pas le danger auquel ils sont alors exposés, ils les évitent autant qu’il leur est possible. On n’a pourtant pas laissé d’observer qu’elles sont creuses en-dedans & sans eau, parce que la force centrifuge pousse hors du centre les parties internes, qui se meuvent alors d’un mouvement rapide & circulaire, avec lequel le tourbillon est emporté comme autour d’un axe. La surface interne qui est creuse, ressemble assez bien a une vis d’Archimede, à cause de l’eau qui tombe par son propre poids, & qui tournant en même tems avec beaucoup de rapidité, fait effort pour se jetter en-dehors par sa force centrifuge, ou pour s’éloigner davantage du centre de mouvement. Plusieurs parties aqueuses se détachent de la circonférence, & forment la pluie qui tombe tout-autour du tourbillon. Cette colonne ne tombe cependant pas toujours en-bas, elle ne s’arrête pas non plus, mais elle est quelquefois emportée par le vent inférieur, lorsqu’il est le plus fort, de sorte qu’elle est comme suspendue obliquement à la nuée ; il arrive quelquefois qu’étant ainsi suspendue, elle forme une courbure ou angle, ou qu’elle paroît double, comme dans la fig. 3. de Physique. Lorsque l’un des deux vents inférieurs est plus fort que l’autre, le tourbillon est emporté par le vent qui souffle avec le plus de violence, & flotte par conséquent au-dessus de la mer & de la terre ferme. Lorsqu’il se tient suspendu au-dessus de la mer, & qu’il est presque descendu sur sa surface, il s’éleve de la mer une autre petite colonne B, qui va à la rencontre de la supérieure. En effet, comme la trombe est creuse en-dedans, & qu’elle ne contient autre chose qu’un air fort raréfié, puisque les parties s’éloignent continuellement du centre, & que l’air fait aussi la même chose, l’atmosphere comprime alors la mer par son propre poids, & la fait monter vers la trombe qui se trouve suspendue tout vis-à-vis. Il en est de même à cet égard, comme à l’égard de l’eau que l’on presse dans une pompe lorsqu’on leve le piston. De-là vient que l’air s’insinue dans ces cavités entre la mer & la partie inférieure du tourbillon, & qu’il emporte tous les corps légers, qu’il éleve ensuite dans le tourbillon. Il en tombe alors une quantité prodigieuse d’eau qui fait monter celle de la mer, de sorte qu’il se forme tout-à-l’entour du tourbillon une épaisse bruïne C, fig. 7. qui s’éleve comme une vapeur qui bout. Par-tout où ce tourbillon tombe, il y cause de grandes inondations par la prodigieuse quantité d’eau qu’il répand. Il en tombe même quelquefois de la grêle. Les dégâts qu’il