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sur le vj. livre de l’Enéide par ces mots : mactatus est taurus vino, molàque salsâ.

Après avoir allumé le feu qui devoit consumer la victime, on la jettoit dans ce feu sur un autel. Tandis qu’elle se consumoit, le pontife & les prêtres faisoient plusieurs effusions de vin autour de l’autel, avec des encensemens & autres cérémonies.

On n’immoloit pas indifféremment toutes sortes de victimes ; il y en avoit d’affectées pour certaines divinités. Aux unes on sacrifioit un taureau, aux autres une chevre, &c. Les victimes des dieux infernaux étoient noires, selon le témoignage de Virgile, dans le troisieme livre de son Enéide.

Quatuor hic primum nigrantes terga juvencos
Constituit.

On immoloit aux dieux les mâles, & aux déesses les femelles. L’âge des victimes s’observoit exactement ; car c’étoit une chose essentielle pour rendre le sacrifice agréable.

Entre les victimes, les unes étoient sacrifiées, pour tâcher d’avoir par leurs entrailles la connoissance de l’avenir ; les autres pour expier quelque crime par l’effusion de leur sang, ou pour détourner quelque grand mal dont on étoit menacé. Elles étoient aussi distinguées par des noms particuliers.

Victimæ præcidaneæ, étoient celles qu’on immoloit par avance ; ainsi dans Festus præcidanea porca, une truie immolée avant la récolte.

Bidentes, les uns veulent que l’on nomma ainsi toutes sortes de betes à laine ; les autres, les jeunes brebis.

Injuges, les bêtes qui n’avoient pas été mises sous le joug, comme dit Virgile, l. IV. de ses georgiques.

Et intactâ totidem cervice juvencos.

Eximioe, les victimes que l’on séparoit du troupeau, pour être plus dignes d’être immolées, à grege exeratæ. Le même Virgile dit, Georg. l. IV.

Quatuor eximios proestanti corpore tauros.

Succidaneæ ; ce sont les victimes qu’on immoloit dans un second sacrifice, pour réparer les fautes que l’on avoit faites dans un précédent.

Ambarvales ; victimes qu’on sacrifioit dans les processions qui se faisoient autour des champs.

Prodiguæ, celles qui, selon Festas, étoient entierement consumées.

Piaculares, celles qu’on immoloit pour expier quelque grand crime.

Harnigæ ; on appelloit ainsi, selon Festus, les victimes dont les entrailles étoient adhérentes.

Medialis victima, étoit une brebis noire que l’on immoloit l’après-diner.

Probata ; on examinoit, comme on l’a dit, la victime avant que de l’immoler ; & quand elle étoit reçue, on la nommoit probara hostia ; on la conduisoit ensuite à l’autel : ce que l’on appelloit ducere hostiam. Ovide, éleg. 13, v. 13 :

Ducuntur niveoe, populo plaudente, juvencæ.

On lui mettoit au cou un écriteau, où étoit le nom de la divinité à laquelle on l’alloit immoler ; & l’on remarquoit attentivement si elle résistoit, ou si elle marchoit sans peine ; car l’on croyoit que les dieux rejettoient les victimes forcées.

On pensoit encore que si la victime s’échappoit des mains des sacrificateurs, & s’enfuyoit, c’étoit un mauvais augure qui présageoit quelque malheur. Valere Maxime, l. VIII. c. vj. observe que les dieux avoient averti Pompée par la fuite des victimes, de ne se point commettre avec César. On observoit enfin si la victime poussoit des cris & des mugissemens extraordinaires, avant que de recevoir le premier


coup de la main du sacrificateur. (D. J.)

Victime artificielle, (Littérat.) c’étoit une victime factice, faite de pâte cuite, imitant la figure d’un animal, & qu’on offroit aux dieux, quand on n’avoit point de victimes naturelles, ou qu’on ne pouvoit leur en offrir d’autres. C’est ainsi que, selon Porphyre, Pythagore offrit un bœuf de pâte en sacrifice : Athénée rapporte de même, qu’Empédocle disciple de Pythagore, ayant été couronné aux jeux olympiques, distribua à ceux qui étoient présens, un bœuf fait de myrrhe, d’encens, & de toutes sortes d’aromates. Pythagore avoit tiré cette coutume d’Egypte, où elle étoit fort ancienne, & où elle se pratiquoit encore du tems d’Hérodote. (D. J.)

VICTOIRE, s. f. (Art milit.) c’est l’événement heureux d’un combat, ou le gain d’une bataille ; c’est l’action la plus brillante d’un général, lorsqu’elle est le fruit de ses dispositions & de ses manœuvres, & qu’il peut dire comme Epaminondas, j’ai vaincu les ennemis. Voyez Tactique.

Ce qui fait le prix & la gloire d’une victoire, ce sont les obstacles qu’il a fallu surmonter pour l’obtenir. Ce ne sont pas toujours, dit M. Defolard, les victoires du plus grand éclat, qui produisent les grandes gloires, & qui illustrent le plus la réputation des grands capitaines, mais la maniere de vaincre, c’est-à-dire, l’art avec lequel on a fait combattre les troupes, le nombre, & la valeur de celles de l’ennemi, & les talens du général que l’on a vaincu. Lorsque la victoire n’est dûe qu’à la supériorité du nombre des troupes, à leur bravoure, & au peu d’art & d’intelligence du général opposé, elle ne peut produire qu’une gloire médiocre ; à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Il faut donc que la victoire, pour illustrer véritablement le général, soit attribuée à ses bonnes dispositions, à la science de ses manœuvres, à la maniere dont il a su employer ses troupes ; & que d’ailleurs il ait eu en tête un général habile, à-peu-près égal en force. Comme ces circonstances concourent rarement ensemble, il s’ensuit que toutes les victoires ne sont pas également glorieuses. Aussi n’est-ce point le gain d’une seule bataille qui fait la réputation des généraux ; mais la continuité des succès heureux ; parce qu’on suppose qu’ils sont le fruit des talens & de la science militaire. Il y a eu des généraux, tels que le fameux amiral de Coligny & le prince d’Orange, Guillaume III. roi d’Angleterre, qui, sans avoir gagné de batailles, n’en ont pas moins été regardés comme de grands capitaines. & qui l’étoient effectivement. Ils commandoient, au-moins le premier, des troupes dont ils n’étoient point absolument les maîtres ; ils avoient différens intérêts à concilier, différens chefs avec lesquels il falloit se concerter ; ce qui est susceptible de bien des inconvéniens dans le commandement des armées ; mais la maniere dont ils se tiroient de leurs défaites, mettoit leurs talens militaires dans le plus grand jour ; de-là cette réputation justement acquise & méritée de grands capitaines.

Nous avons observé, article Bataille, que M. le maréchal de Puysegur pensoit que les batailles étoient assez souvent la ressource des généraux peu intelligens, qui se sentant incapables de suivre un projet de guerre sans combattre, risquoient cet événement au hasard de ce qui pouvoit en arriver. Des généraux de cette espece peuvent gagner des batailles, sans que leur gloire en soit plus grande.

Le gain d’une bataille ou la victoire étant toujours incertaine, & la perte des hommes toujours très considérable, la prudence & l’humanité ne permettent de se livrer à ces sortes d’actions que dans le cas de nécessité absolue, & lorsqu’il est impossible de faire autrement sans s’exposer à quelque inconvénient fâcheux. Lorsqu’on le peut, on n’est point ex-