Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 2.djvu/405

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longue, selon que les murs du fourneau auront plus ou moins de profondeur.

Pour construire solidement un fourneau de touraille, il faut que le pavé en soit fait de briques posées debout & de champ, & que le pié du mur en dedans du fourneau soit revêtu de fortes enclumes, capables de résister à l’action du feu ; autrement soit les briques, soit les tuiles dont on le construiroit, seroient bientôt calcinées. Comme la premiere portion du fourneau s’éleve en grand sur plomb, ainsi qu’on l’apperçoit dans la figure, il est nécessaire que les enclumes soient detenues par le haut, d’une forte barre de fer scellée d’un bout dans le mur du fond du fourneau, & de l’autre dans le mur de côté, près de l’embouchure, en sorte qu’elle s’étende de toute la longueur du fourneau ; & pour plus de solidité, on l’armera de gougeons de fer d’environ un pié de long, qui seront pareillement scellés dans le mur de côté, ainsi qu’on l’apperçoit dans les coupes du fourneau, fig. 2. & 3. même planche.

La premiere partie du fourneau étant ainsi élevée, on construira à plomb sur elle, celle du milieu ; on lui donnera environ un pié de hauteur. On élevera ensuite la derniere partie : sa forme sera la même qu’on voit à celle du milieu, mais dans une situation renversée ; ensorte que la partie du milieu du fourneau & sa partie supérieure, ressemblent assez à deux chaudieres opposées fond à fond & communiquant par une ouverture commune, avec cette seule condition que la chaudiere inférieure auroit plus de hauteur que la supérieure. Voyez fig. 1. 2. & 3. IGHKL, partie inférieure du fourneau. KLM bouche. NOPQ enclumes scellés. PQRS partie du milieu du fourneau. RSTV communication de la partie du milieu avec la partie supérieure. TVXY partie supérieure. La fig. 1. montre le fourneau en entier. La fig. 3. en est une coupe verticale par le milieu de la bouche. La fig. 2. en est une coupe verticale, & parallele à la bouche.

Sur cette construction on placera de bonnes & fortes briques, de champ, sur le mur de la partie supérieure, selon leur hauteur, & de distance en distance, comme on voit fig. 1. 2. 3. en o, o, o, o, &c. Ces briques ainsi disposées formeront des especes de carneaux. Sur ces briques on placera un chassis de fer plat, d’environ deux pouces d’équarrissage. Voy. fig. 4. ce chassis. On distribuera sur ce chassis de grandes & fortes tuiles qui serviront à porter la maçonnerie qu’il convient d’élever dessus ce chassis. On appelle communément cette maçonnerie la truite.

De la truite. La truite Pqrs, fig. 1. a la figure d’un comble de pavillon à quatre arrêtes ; c’est un égoût formé par des tuiles, & tel que seroit exactement celui d’un bâtiment. L’usage de la truite est d’arrêter l’action du feu qui tend naturellement à monter, de replier la flamme sur elle-même, de consumer le peu de fumée qui se fait dans le fourneau, de contraindre la flamme à s’échapper pure par les carneaux formés par les briques qui soûtiennent le chassis, & de distribuer par ce moyen une chaleur égale dans tout l’intérieur de la touraille, qui, sans cette précaution, ne seroit bien échauffée que dans le milieu. D’ailleurs elle empêche le germe qui tombe dans l’intérieur de la touraille, de passer dans le fourneau. C’est aussi par cette derniere raison qu’on lui a donné la figure d’un comble à quatre arrêtes.

La poussiere du grain & le germe, après avoir traversé la haire ou toile de crin dont le plancher de la touraille est couvert, ne restent point sur la truite ; ils descendent tout-au-tour, & se rendent au pourtour de la maçonnerie intérieure de la partie du milieu du fourneau, où l’on a pratiqué des canaux appellés ventouses, qui les reçoivent. Les ventouses, fig. 1. & 3. Z, Z, forment comme un petit fossé d’en-


viron six à sept pouces de large tout-au-tour du fourneau, entre la maçonnerie intérieure & la maçonnerie extérieure.

Le grain, au sortir du germoir, se charge sur le plancher de la touraille. On l’y étend en forme de couche d’environ cinq à six pouces d’épaisseur : on fait du feu dans le fourneau jusqu’à ce qu’à ce qu’on s’apperçoive que la grande humidité que le grain a prise dans le mouillage, commence à sortir. Il y a pour cela un signe certain : alors on voit à la surface du grain une grande rosée, & cette rosée est coupée par bandes ; ou plûtôt toute la surface de la couche est divisée par bandes chargées & non chargées de rosée alternativement. Cette division est causée par les tringles de bois qui sont sous la haire, & qui empêchent que tout le grain ne soit atteint également par le feu. Celui qui correspond aux espaces vuides doit chauffer plus vîte que celui qui correspond aux espaces pleins.

Lorsqu’on apperçoit ces bandes, il est tems de remuer le grain. Pour cet effet, on jette celui qui est sur une moitié du plancher, sur l’autre moitié ; puis on rejette sur la partie vuide & le grain qui y étoit, & celui qui n’y étoit pas, mais mêlé & retourné. Cela fait, on étend le tout, & l’on en reforme une couche sur toute la superficie de la touraille. Dans cet état celui qui étoit à demi séché se trouve placé à côté de celui qui ne l’étoit point. Il se fait une répartition assez égale d’humidité, & un progrès assez uniforme de dessiccation. Cette premiere manœuvre s’appelle retourner la touraille pour la premiere fois.

Après que la touraille a été retournée, on ranime de nouveau le feu du fourneau, & on le continue jusqu’à ce qu’il soit tems de la retourner pour la seconde fois. Ce moment est indiqué par la suppression presqu’entiere de l’humidité dans tout le grain. Le plus voisin de la haire en est entierement privé ; on n’apperçoit plus de moiteur qu’à la superficie. C’est alors qu’il est tems de rebrouiller.

On appelle rebrouiller la touraille, mettre dessous le grain qui se trouve à la superficie de la couche, & dessus celui qui étoit dessous. Dans cette manœuvre, on ne jette point le grain l’un sur l’autre, comme quand on retourne ; on se contente de le prendre avec la pelle, & de le retourner sens dessus dessous, pelletée à pelletée.

On laissera la touraille rebrouillée quelques heures dans le même état & sans feu ; pour donner à la chaleur du fourneau le tems de dissiper le reste de l’humidité qui pourroit se trouver dans le grain. Après quoi on ôtera le grain de dessus la touraille pour faire place à d’autre ; & pour le cribler au crible de fer, afin d’en séparer la poussiere & les touraillons. On appelle touraillons, le germe séché.

Du moulin. On laisse reposer le grain pendant quelques jours ; la methode en est meilleure que de le porter au moulin tout au sortir de la touraille. Le moulin représenté Planche III. est un moulin à double tournure. Il a deux roüets & deux lanternes, sans compter le grand roüet. Les chevaux sont attelés par le moyen de patons aux queues ou leviers, ou aisseliers A du moulin ; ces aisseliers sont emmanchés dans l’arbre de bout B ; cet arbre fait tourner le grand roüet C : ce roüet est armé de dents qui engrainent dans les fuseaux de la grande lanterne D, dans laquelle passe l’arbre de couche E. Cet arbre porte à son autre extrémité, & parallelement à la grande lanterne, le petit roüet F qui tourne verticalement, & engraine dans la petite lanterne G fixée sur l’arbre de fer qui traverse la meule supérieure H. Cette meule s’appelle la meule courante ; elle est posée un peu au-dessus d’un autre qu’on appelle la meule gissante. Ces deux meules écrasent entr’elles le grain qui y est introduit par le moyen de la tremie K & de l’auget. Le grain ré-