Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 2.djvu/493

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par exemple, il semble que les cabinets destinés aux affaires ou à l’étude, doivent être de forme réguliere, à cause de la quantité des meubles qu’ils sont obligés de contenir, au lieu que ceux de concerts, de bijoux, de toilette, & autres de cette espece, peuvent être irréguliers : il faut sur-tout que la décoration des uns & des autres soit relative à leur usage, c’est-à-dire qu’on observe de la gravité dans l’ordonnance des cabinets d’affaires ou d’étude ; de la simplicité dans ceux que l’on décore de tableaux ; & de la légereté, de l’élegance, & de la richesse, dans ceux destinés à la société, sans que pour cela on use de trop de licence.

Il n’y a personne qui ne sente la nécessité qu’il y a de faire précéder les chambres à coucher par les cabinets, sur-tout dans les appartemens qui ne sont composés que d’un petit nombre de pieces.

On appelle aussi cabinets, certains meubles en forme d’armoire, faits de marqueterie, de pieces de rapport & de bronze, servant à serrer des médailles, des bijoux, &c. Ces cabinets étoient fort en usage dans le dernier siecle : mais comme ils ne laissoient pas d’occuper un espace assez considérable dans l’intérieur des appartemens, on les y a supprimés. Il s’en voit encore cependant quelques-uns dans nos anciens hôtels, exécutés par Boule, ébeniste du roi, ainsi que des bureaux, des secrétaires, serre-papiers, bibliotheques, &c. dont l’exécution est admirable, & d’une beauté fort au-dessus de ceux qu’on fait aujourd’hui.

On appelle aussi cabinets, de petits bâtimens isolés en forme de pavillons, que l’on place à l’extrémité de quelque grande allée, dans un parc, sur une terrasse ou sur un lieu éminent ; mais leur forme étant presque toûjours sphérique, elliptique ou à pans couverts, en calotte, & souvent percés à jour, le nom de sallons leur convient davantage ; & lorsque ces pieces sont accompagnées de quelques autres, comme de vestibules, d’anti-chambres, garde-robes, &c. on les nomme belvederes. Voyez Belvedere.

On appelle cabinets de treillage, de petits sallons quarrés, ronds, ou à pans, composés de barreaux de fer maillé d’échalats peints en verd, tels qu’il s’en voit un à Clagny, d’un dessein & d’une élégance très estimable, & plusieurs à Chantilly, d’une distribution très-ingénieuse. (P)

Cabinet d’Histoire naturelle. Le mot cabinet doit être pris ici dans une acception bien différente de l’ordinaire, puisqu’un cabinet d’Histoire naturelle est ordinairement composé de plusieurs pieces & ne peut être trop étendu ; la plus grande salle ou plutôt le plus grand appartement, ne seroit pas un espace trop grand pour contenir des collections en tout genre des différentes productions de la nature : en effet, quel immense & merveilleux assemblage ! comment même se faire une idée juste du spectacle que nous présenteroient toutes les sortes d’animaux, de végétaux, & de minéraux, si elles étoient rassemblées dans un même lieu, & vûes, pour ainsi dire, d’un coup d’œil ? ce tableau varié par des nuances à l’infini, ne peut être rendu par aucune autre expression, que par les objets mêmes dont il est composé : un cabinet d’Histoire naturelle est donc un abregé de la nature entiere.

Nous ne savons pas si les anciens ont fait des cabinets d’Histoire naturelle. S’il y en a jamais eu un seul, il aura été établi chez les Grecs, ordonné par Alexandre, & formé par Aristote. Ce fameux naturaliste voulant traiter son objet avec toutes les vûes d’un grand philosophe, obtint de la magnificence d’Alexandre des sommes très-considérables, & il les employa à rassembler des animaux de toute espece, & à les faire venir de toutes les parties du monde connu. Ses livres sur le regne animal, prouvent qu’il avoit


observé presque tous les animaux dans un grand détail, & ne permettent pas de douter qu’il n’eût une ménagerie très-complette à sa disposition, ce qui fait le meilleur cabinet que l’on puisse avoir pour l’histoire des animaux. D’ailleurs les dépouilles de tant d’animaux, & leurs différentes parties disséquées, étoient plus que suffisantes pour faire un très-riche cabinet d’Histoire naturelle dans cette partie ; car on ne peut pas douter qu’Aristote n’ait disséqué les animaux avec soin, puisqu’il nous a laissé des résultats d’observations anatomiques, & qu’il a attribué à certaines especes des qualités particulieres, dont elles sont doüées à l’exclusion de toute autre espece. Pour tirer de pareilles conséquences, il faut avoir, pour ainsi dire, tout vû. Si nous sommes quelquefois tentés de les croire hasardées, ce n’est peut-être que parce que les connoissances que l’on a acquises sur les animaux depuis la renaissance des lettres, ne sont pas encore assez étendues, & que les plus grandes collections d’animaux que l’on a faites sont trop imparfaites en comparaison de celles d’Aristote.

La science de l’Histoire naturelle fait des progrès à proportion que les cabinets se completent ; l’édifice ne s’éleve que par les matériaux que l’on y employe, & l’on ne peut avoir un tout que lorsqu’on a mis ensemble toutes les parties dont il doit être composé. Ce n’a guere été que dans ce siecle que l’on s’est appliqué à l’étude de l’Histoire naturelle avec assez d’ardeur & de succès pour marcher à grands pas dans cette carriere. C’est aussi à notre siecle que l’on rapportera le commencement des établissemens les plus dignes du nom de cabinet d’Histoire naturelle.

Celui du jardin du Roi est un des plus riches de l’Europe. Pour en donner une idée il suffira de faire ici mention des collections dont il est composé, en suivant l’ordre des regnes.

Regne animal. Il y a au cabinet du Roi différens squeletes humains de tout âge, & une très-nombreuse collection d’os remarquables par des coupes, des fractures, des difformités, & des maladies : des pieces d’anatomie injectées & desséchées ; des fœtus de différens âges, & d’autres morceaux singuliers conservés dans des liqueurs : de très-belles pieces d’anatomie représentées en cire, en bois, &c. quelques parties de momies & des concrétions pierreuses tirées du corps humain. Voyez la description du cabinet du Roi, Hist. nat. tome III. Quantité de vêtemens, d’armes, d’ustenciles de sauvages, &c. apportés de l’Amérique & d’autres parties du monde.

Par rapport aux quadrupedes, une très-grande suite de squeletes & d’autres pieces d’ostéologie, & quantité d’animaux & de parties d’animaux conservées dans des liqueurs, des peaux empaillées, une collection de toutes les cornes des quadrupedes, des bézoards, des égagropiles, &c.

De très-beaux squeletes des oiseaux les plus gros & les plus rares ; des oiseaux entiers conservés dans des liqueurs, & d’autres empaillés, &c.

Une nombreuse collection de poissons de mer & d’eau douce desséchés ou conservés dans des liqueurs.

Un très-grand nombre d’especes différentes de serpens, de lésards, &c. recueillis de toutes les parties du monde.

Une très-grande suite de coquilles, de crustacées, &c.

Enfin quantité d’insectes de terre & d’eau, entr’autres une suite de papillons presque complette, & une très-grande collection de fausses plantes marines de toutes especes.

Regne végétal. Des herbiers très-complets faits par M. de Tournefort & par M. Vaillant ; de nombreuses suites de racines, d’écorces de bois, de semences & de fruits de plantes ; une collection presqu’en-