Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 5.djvu/102

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nere eodem...... Angor est ægritudo premens, luctus ægritudo ex ejus qui carus fuerit, interitu acerbo ; mæror, ægritudo flebilis ; ærumna, ægritudo laboriosa ; dolor, ægritudo crucians ; lamentatio, ægritudo cum ejulatu ; sollicitudo, ægritudo cum cogitatione ; molestia, ægritudo permanens ; afflictatio, ægritudo cum vexatione corporis ; desperatio, ægritudo sine ullâ rerum expectatione meliorum. Nous invitons le lecteur à lire tout cet endroit, ce qui le suit & ce qui le précede ; il y verra avec quel soin & quelle précision les anciens ont sû définir, quand ils en ont voulu prendre la peine. Il se convaincra de plus que si les anciens avoient pris soin de définir ainsi tous les mots, nous verrions entre ces mots une infinité de nuances qui nous échappent dans une langue morte, & qui doivent nous faire sentir combien le premier des humanistes modernes, morts ou vivans, est éloigné de savoir le latin. Voyez Latinité, College, Synonyme, Dictionnaire, &c. (O)

Douleur, s. f. αλγός, d’αλγείν, souffrir, se dit en Medecine d’une sorte de sentiment dont sont susceptibles toutes les parties du corps, tant internes qu’externes, dans lesquelles se fait une distribution de nerfs qui ayent la disposition naturelle de transmettre au cerveau les impressions qu’ils reçoivent.

Ce sentiment est une modification de l’ame, qui consiste dans une perception desagréable, occasionnée par un desordre dans le corps, par une lésion déterminée dans l’organe du sentiment en général. Cet organe doit être distingué de ceux des sens en particulier, soit par la nature de la sensation qui peut s’y faire, qui est différente de toute autre ; soit parce qu’il est plus étendu qu’aucun autre organe, & qu’il est le même dans toutes les parties du corps.

Les organes des sens sont distingués les uns des autres par une structure singulierement industrieuse ; au lieu que l’organe dont il s’agit, n’a d’autre disposition que celle qui est nécessaire pour l’exercice des sensations en général. Il suffit qu’une partie quelconque reçoive dans sa composition un plus grand ou un moins grand nombre de nerfs, pour qu’elle soit susceptible de douleur plus ou moins forte. Ce sentiment est aussi distingué de tour autre, parce qu’il est de la nature humaine de l’avoir tellement en aversion, que celui qui en est affecté, est porté, même malgré lui, à écarter, à faire cesser ce qu’il croit être la cause de la perception desagréable qui constitue la douleur, parce tout ce qui peut l’exciter, tend a la destruction de la machine, & parce que tout animal a une inclination innée à conserver son individu.

Ainsi l’organe de la douleur est très-utile, puisqu’il sert à avertir l’ame de ce qui peut affecter le corps d’une maniere nuisible. Ce n’est donc pas une lésion peu considérable dans l’œconomie animale, que celle de cet organe : elle peut avoir lieu de trois manieres, savoir lorsque la sensation en est abolie ou seulement diminuée, ou lorsqu’elle s’exerce sur-tout avec trop d’intensité & d’activité ; ce qui en fait les différens degrés. 1°. Elle peut être abolie, si les nerfs qui se distribuent à une partie du corps, sont coupés ou détruits par quelque cause que ce soit ; s’ils sont liés ou comprimés, de sorte qu’une sensation ne puisse pas se transmettre librement au sensorium commune ; s’ils sont relâchés ou ramollis ; s’ils sont tendus, trop roides ou endurcis ; s’ils sont rendus calleux ou desséchés ; si l’organe commun à toutes les sensations, n’est pas susceptible d’en recevoir les impressions. 2°. La sensation de la douleur peut être diminuée par toutes les causes qui peuvent l’abolir, si elles agissent à moindres degrés, excepté celle des nerfs coupés, qui, lorsqu’ils ne le sont qu’en partie, sont une des causes de la douleur, comme il sera dit en son lieu. 3°. L’organe de la sensation est aussi lésé lorsqu’il exerce sa fonction, qui consiste à recevoir


la sensation de la douleur plus ou mois forte, parce que la plûpart des parties qui en sont susceptibles, n’en reçoivent jamais d’autre, puisqu’elles ne reçoivent pas même de l’impression par le contact des corps. En effet on ne s’apperçoit que par la douleur, que les chairs & toutes les parties internes sont susceptibles de quelque sorte de sentiment ; ensorte que la faculté de sentir peut procurer infiniment plus de mal que de bien, puisqu’il est attaché à toutes les parties du corps où il y a des nerfs, d’être susceptibles de douleur, & très-peu le sont de plaisir : triste condition ! Ainsi en considérant les nerfs en général, en tant qu’ils sont susceptibles de la sensation qui fait la douleur, & qu’ils en constituent l’organe, sans avoir égard à la structure & à la disposition particuliere des différens organes des sens, on peut dire que l’exercice seul de la fonction de cet organe général en est une lésion, & que son état naturel est de n’être pas affecté du tout ; de ne pas exercer le sentiment dont il est susceptible, qui n’est destiné qu’à avertir l’ame des effets nuisibles au corps, à la conservation duquel elle est chargée de veiller, ensuite des lois de l’union de ces deux substances : tout autre sentiment habituel auroit trop occupé l’ame de ce qui se seroit passé au-dedans du corps ; elle auroit été moins attentive au-dehors, ce qui est cependant le plus utile pour l’œconomie animale.

L’homme le plus sain a en lui la faculté de percevoir quelques idées, à l’occasion du changement qui se fait dans ses nerfs ; il ne peut aucunement empêcher l’exercice de cette faculté, posée la cause de la perception : un philosophe absorbé dans une profonde méditation ; si on vient à lui appliquer un fer chaud sur quelque partie du corps que ce soit, changera bien-tôt d’idée, & il naîtra dans son ame une perception desagréable, qu’il appellera douleur. Mais en quoi consiste la nature de cette perception ? C’est ce qu’il est impossible d’exprimer : on ne peut la connoître qu’en l’éprouvant soi-même, car on ne se représente pas quelque chose de différent de la pensée ; mais il se fait une affection qui donne lieu à la perception. Personne ne pense lorsqu’il souffre, qu’il y ait quelque chose hors de lui qui soit semblable au sentiment qu’il a de la douleur ; mais chacun, qui a ce sentiment, dit qu’il souffre de la douleur ; & lorsqu’elle est passée, il n’est pas en pouvoir de celui qui l’a ressentie, de faire renaitre la perception desagréable, en quoi elle consiste, si la cause qui affectoit l’ame de cette perception, lorsqu’elle étoit appliquée au corps, n’y produit encore un semblable effet. L’expérience a fait connoître quel est le changement qui se fait dans le corps, & quelles sont les parties qui l’éprouvent ; d’où s’ensuit dans l’ame l’idée de la douleur.

Il est démontré par les affections du cerveau qui peuvent abolir la faculté de sentir de la douleur dans différentes parties du corps, que les nerfs qui en tirent leur origine, peuvent seuls être affectés de maniere à produire dans l’ame la perception de la douleur ; & le changement qui se fait dans ces nerfs, d’où résulte cette perception, paroît être une disposition telle, que si elle augmente considérablement, ou si elle dure long-tems la même, elle produit la solution de continuité dans les nerfs affectés par quelque cause que ce soit, & de quelque maniere qu’elle agisse, pourvû qu’elle dispose à se rompre la fibre nerveuse, dont la communication avec le cerveau est sans interruption ; plus la rupture sera prête à se faire, plus il y aura de la douleur, pourvû que la rupture ne soit pas entierement faite : car alors la communication avec le cerveau ne subsistant plus dans tout le trajet du nerf, il ne seroit plus susceptible de transmettre aucune sensation à l’ame ; elle n’en recevroit même pas, le nerf restant libre, si