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vaisseau, & qu’on les vit aussi luire autour du gouvernail. Frésier remarque dans son voyage à la mer du Sud, qu’après une tempête de 23 heures, il parut la nuit une lumiere aux vergues du vaisseau, d’où elle s’élança comme une fleche jusqu’au milieu du hauban, d’où elle disparut en un clin-d’œil.

La tradition des anciens au sujet de ces petites flammes, est fort fabuleuse. Ils disoient qu’une seule de ces petites flammes étoit un mauvais prognostic, & présageoit de l’orage ; au lieu que deux étoient un présage heureux, & un signe que le calme alloit succéder à la tempête. Pline dit en effet, que lorsqu’il vient une petite flamme ou étoile, elle coule le navire à fond, & qu’elle y met le feu lorsqu’elle descend vers la quille du vaisseau.

Cardan rapporte, que lorsqu’on en voit une proche du mât du vaisseau, & qu’elle vient à tomber, elle fond les bassins de cuivre, & ne manque pas de faire périr le vaisseau. Mais si ce que dit cet auteur étoit vrai, on ne verroit presque jamais revenir aucun vaisseau des Indes, puisqu’il ne se fait guere de voyage, sans que les mariniers apperçoivent pendant la tempête ces petites flammes, qui tombent çà & là sur le vaisseau. Voyez Musschenbr. loco citato. Voyez aussi Météore, &c. (O)

Feu électrique, phénomene de l’électricité. Nous appercevons le feu électrique, lorsque la matiere de l’électricité étant suffisamment rassemblée & dirigée d’une maniere convenable, éclate & brille à nos yeux, s’élance comme un éclair, embrase, fond, & consume les corps capables d’être consumés, & produit dans ces corps plusieurs effets du feu ordinaire.

On entend aussi par le feu électrique, ce fluide très-délié & très-actif, qui est répandu dans tous les corps, qui les pénetre, & les fait mouvoir suivant de certaines lois d’attraction & de répulsion, & qui opere en un mot tous les phénomenes de l’électricité. On a donné à ce fluide le nom de feu, à cause des propriétés qui lui sont communes avec le feu élémentaire, entr’autres celle de luire à nos yeux au moment qu’il s’élance avec impétuosité pour entrer ou sortir des différens corps, d’allumer les matieres inflammables, &c. Voyez Feu.

Nous devons donc considérer le feu électrique sous deux points de vûe différens : premierement comme phénomene de l’électricité ; nous examinerons sa production, sa force, sa propagation, &c. Ensuite nous le considérerons comme cause des effets de l’électricité, & nous rapporterons les sentimens des principaux physiciens, sur sa nature & sur la maniere dont il produit les phénomenes électriques.

Otto Guericke & Boyle ont remarqué qu’en frotant vivement de certains corps électriques, ils répandoient une lumiere plus ou moins vive dans l’obscurité, que quelques-uns, comme les diamans, conservoient pendant un tems assez considérable. On trouve dans le recueil des expériences d’Hauksbée, une suite d’observations très-curieuses sur la lumiere que répandent plusieurs corps frotés contre différentes matieres, tant en plein air que dans le vuide de la machine pneumatique : mais alors les Physiciens regardoient cette lumière plûtôt comme un phosphore, que comme le fluide électrique rendu sensible à nos yeux par l’effet du frotement.

Ce fut à l’occasion de la douleur que ressentit M. Dufay, en tirant par hasard une étincelle de la jambe d’une personne suspendue sur des cordons de soie, qu’il pensa que la matiere électrique étoit un véritable feu, capable de brûler aussi bien que le feu ordinaire ; & que la piquûre douloureuse qu’il avoit ressentie, étoit une vraie brûlure. Enfin plusieurs savans d’Allemagne ayant répété les expériences de M. Dufay, & poursuivi ses recherches, M. Ludolf vint à bout


d’enflammer l’esprit-de-vin par une étincelle électrique qu’il tira du pommeau d’une épée, & confirma par cette belle expérience, la vérité de ce qu’avoit avancé M. Dufay, sur la ressemblance du feu & de la matiere électrique.

On sait aujourd’hui que tous les corps susceptibles d’électricité, c’est-à-dire presque tous les corps de la nature, font appercevoir le feu électrique d’une maniere plus ou moins sensible, dès qu’on les électrise à un certain degré. Dans les corps naturellement électriques, on ne manque guere de produire ce feu en les frotant un peu vivement, après les avoir bien dépouillés de toute leur humidité : la lumiere qu’ils répandent est plus ou moins vive, suivant la nature de ces corps ; celle du diamant, des pierres précieuses, du verre, &c. est plus blanche, plus vive, & a bien plus d’éclat que celle qui sort de l’ambre, du soufre, de la cire d’Espagne, des matieres résineuses, ou de la soie. Les uns & les autres brillent encore davantage, lorsqu’ils sont frotés avec des substances peu électriques, comme du papier doré, la main, un morceau d’étoffe de laine, que lorsqu’on employe une étoffe de soie, la peau d’un animal garnie de poil, ou même du cuir : mais quelles que soient les matieres que l’on employe pour froter les corps électriques, ils ne rendent presque point de lumiere, si les corps avec lesquels on les frote n’ont quelque communication avec la terre, soit immédiatement, soit par une suite de corps non électriques. Par exemple, si une personne étant sur le plancher frote vivement un tube de verre, elle en verra bien-tôt sortir des éclats de lumiere : mais si cette personne fait la même opération étant montée sur un pain de résine, avec quelque vivacité qu’elle frote le tube, la lumiere s’affoiblit, s’éteint, & ne reparoît que lorsque la personne se remet sur le plancher, ou lorsqu’on approche d’elle quelque corps non électrique qui communique avec la terre.

Cette lumiere est plus abondante & a encore plus d’éclat, lorsque les frotemens se font dans le vuide, ou sur quelque vaisseau dont on a épuisé l’air intérieur par la machine pneumatique ; on peut dire en général, que le feu électrique se manifeste bien plus aisément dans un espace vuide, ou presque vuide, que dans celui qui est rempli d’air : en voici les preuves.

Lorsqu’on frote contre un couffin un globe plein d’air, l’un & l’autre renfermés sous le récipient de la machine pneumatique ; ce globe, après qu’on a épuisé l’air intermédiaire, répand continuellement & tant que dure le frotement, une lumiere très-vive & très-abondante : cette lumiere s’affoiblit à mesure qu’on laisse rentrer l’air, quoique l’on continue de froter le globe avec la même force. Il en est de même d’un globe vuide d’air que l’on frote dans l’air libre ; le plus leger frotement excite dans son intérieur beaucoup de lumiere, dont l’éclat diminue graduellement à mesure que l’on introduit de l’air dans le globe. C’est une observation assez générale, que la lumiere que l’on excite dans un vaisseau épuisé d’air, paroît toûjours plus dans son intérieur, & y prend sa direction de tous les points de la surface : elle ne s’attache pas aux doigts, lorsqu’on les approche à une petite distance, comme dans le cas ordinaire ; elle s’anime seulement & devient plus vive à l’approche du doigt, même quelque tems après qu’on a cessé de froter. Cependant tous les traits de lumiere tendent toûjours vers l’intérieur du globe.

Le feu électrique se répand avec tant de facilité au-travers d’un espace vuide d’air, qu’on l’excite sur le champ dans un récipient, ou dans tout autre vaisseau bien vuidé, par la simple approche du tube ou de tout autre corps électrisé ; & on a observé que cette lumiere étoit encore plus vive, lorsque les vaisseaux vuides d’air tournoient sur leur axe, ou