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nombre des fontaines qui se voyent à Paris dans ce dernier genre, étant d’une composition triviale, d’une construction très-négligée, & d’une ordonnance au-dessous du médiocre.

Ce qui est certain, c’est que les deux seuls monumens de cette espece, qui soient dignes de quelque considération, sont la fontaine des saints Innocens rue S. Denis, & celle de la rue de Grenelle fauxbourg S. Germain ; encore faut-il convenir que la premiere a été exécutée par Jean Goujon, & la seconde par Edme Bouchardon, dont les noms seuls font l’éloge. Nous observerons néanmoins que le mérite essentiel de ces deux ouvrages, consiste dans la perfection de la Sculpture, & non dans l’ordonnance de l’Architecture ; en effet, que signifient l’application de l’ordre corinthien dans la décoration de celle des saints Innocens, & l’ordre ionique employé dans la fontaine de Grenelle ? Jusqu’à quand se croira-t-on permis de négliger l’esprit de convenance, dans l’ordonnance de nos édifices ? Pourquoi des ouvrages qui intéressent la gloire de la nation, le progrès des Arts, & la splendeur des regnes de nos rois, ne sont-ils pas jugés, avant leur exécution, par les académies rassemblées ? Quel bien ne résulteroit-il pas, pour la perfection des monumens qui ornent la capitale, si nos architectes, nos sculpteurs, nos peintres, les amateurs, les hommes à talens dans chaque genre, se communiquoient leurs productions, certains jours de l’année, pour y délibérer sur les avantages, le choix, la forme, & la composition de nos bâtimens ? En un mot tous les hommes habiles ne devroient former qu’un corps. Cette réunion d’avis, de sentimens importe plus qu’on ne s’imagine. Tout ouvrage public intéresse les Artistes. C’est par ce moyen seul que la France peut se signaler, & que les soins, la vigilance de notre directeur général peuvent être secondés utilement, & tourner au profit de la société. (P)

* Fontaine domestique ; il y en a de plusieurs especes : nous allons décrire les principales. Toutes se peuvent définir, un vaisseau qui contient l’eau destinée à la boisson & aux autres usages d’une maison.

Il y a d’abord les fontaines simples : ce sont des vases de cuivre rosette, étamés en-dedans. On y distingue trois parties ; celle d’en-bas, ou le pié ; celle qui s’éleve au-dessus, ou la cuve de fond ; & celle qui est au-dessus de la cuve de fond, à laquelle on adapte le couvercle, & qu’on appelle gorge. Elles sont chacune d’une seule piece, sans soudure sur la hauteur ; le chauderonnier qui les travaille les a embouties ou retreintes selon la forme qu’elles exigent. Le pié est bordé à la partie inférieure d’un ourlet qui couvre une baguette de cuivre, & non de plomb ou de fer : c’est un réglement général pour toutes les parties couvertes d’un ouvrage de chauderonnerie : le bord supérieur du pié formé en drageoir, reçoit la cuve de fond.

La cuve de fond entre dans le drageoir du pié ; elle est d’une seule piece, fond & parois : elle a donc été prise dans une plaque, emboutie, retreinte, & réduite par ce travail à la forme d’un cylindre, qui a un peu plus de hauteur que de base. A un pouce & demi, plus ou moins du fond, on pratique une ouverture ; on y releve un ornement extérieur quelconque : cet ornement s’appelle la bosse ; & c’est à l’ouverture que cet ornement entoure, qu’on adapte le robinet. On conçoit que la partie supérieure de la cuve de fond est en drageoir, afin de recevoir la gorge.

La gorge peut être regardée comme prise dans une cuve de fond dont on auroit percé le fond. Sa partie inférieure doit entrer juste dans le drageoir de la piece précédente : cette partie est emboutie, retreinte, & bordée d’un ourlet semblable à celui


du pié ; cet ourlet est reçû dans le couvercle.

Le couvercle est un dôme dont la forme varie selon le goût de l’ouvrier : il est bordé par en-bas d’un ourlet, & il porte à sa partie supérieure une poignée qu’on appelle pommelle. La pommelle est au centre du dôme, à l’extérieur, & sert à prendre & à placer le couvercle.

Aux côtés de la fontaine, vers sa partie supérieure, proche la gorge, à droite & à gauche, sont rivées à clous deux plaques de cuivre qu’on appelle porte-mains ; ces plaques retiennent deux anneaux qu’on appelle mains, & qui servent à porter la fontaine.

Voilà la fontaine simple. Elle est placée sur un pié de bois. La cuve de fond est soudée au pié, & la gorge à la cuve de fond. La soudure est d’étain : on se sert de la même soudure pour fixer à demeure le robinet dans le trou de la bosse.

On voit par-là que l’intérieur d’une fontaine pareille ne peut être étamé avec trop de soin : mais jamais l’étamage ne préviendra tout le danger ; parce que, quelque parfait qu’il soit, c’est toûjours un crible, dans les petits trous duquel le verd-de-gris se forme imperceptiblement : & que l’étain lui-même n’est pas un métal tout-à-fait innocent. Voyez les articles Étamer, Cuivre & Étain : & d’ailleurs, si vous mettez de l’eau bourbeuse dans ces fontaines simples, elle n’en sortira jamais bien claire.

La salubrité a fait d’abord imaginer des fontaines de cuivre sablées, qui clarifiassent l’eau ; & ensuite des fontaines de plomb, à sable & à éponge, qui eussent l’avantage des donner des eaux limpides, & d’obvier au danger du cuivre & de l’étain.

Pour se faire une idée juste de la fontaine de cuivre sablée, il faut imaginer une fontaine simple, telle que nous venons de la décrire, dont l’intérieur soit partagé en trois espaces différens par deux diaphragmes ; ces diaphragmes que le chauderonnier appelle pannaches, sont des limbes du diametre de la fontaine, à l’endroit où ils doivent être fixés : ils sont percés au centre d’un trou circulaire ; & les bords de ce trou sont relevés, & peuvent recevoir un couvercle. Le premier diaphragme est soudé un peu au-dessous de la jonction de la gorge & de la cuve de fond ; il est traversé d’un tuyau placé à son bord ; ce tuyau est d’un pouce de diametre, ou environ ; il est soudé au diaphragme ; il se rend au second diaphragme ; il le traverse pareillement, & lui est soudé comme au premier : ce tuyau se nomme ventouse ; il s’éleve jusqu’à l’ourlet de la gorge, où il est arrêté par une soudure. Son usage est de donner sortie à l’air contenu dans la partie inférieure de la fontaine, à mesure que cette cavité se remplit d’eau filtrée.

Le diaphragme supérieur doit avoir son ouverture plus grande que l’inférieur, afin que le couvercle de celui-ci puisse passer par l’ouverture de celui-là.

Le diaphragme ou pannache inférieur est soudé à la cuve de fond, comme le supérieur ; sa distance au premier est d’environ cinq à six pouces : il a aussi son couvercle.

Il faut que toutes ces pieces, tuyau, pannache, couvercle, soient bien étamées.

On remplit de sable l’intervalle compris entre les deux diaphragmes ; l’inférieur est fermé de son couvercle. Le sable placé, on ferme le supérieur du sien ; on met encore une certaine hauteur de sable sur celui-ci, & l’eau réside sur le sable.

L’eau se filtre à-travers le premier sable, s’insinue entre le joint du couvercle du diaphragme supérieur & le rebord de ce diaphragme ; descend dans la cavité comprise entre les deux diaphragmes ; se filtre une seconde fois en passant à-travers le sable qui la remplit ; s’insinue pareillement entre le couvercle du diaphragme inférieur & son rebord ; tombe dans la partie inférieure de la fontaine, la remplit, & en chasse