Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 8.djvu/577

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fermé Dieu dans le ciel, & ne veulent point qu’il soit présent ailleurs, autrement que par sa puissance.

Descartes & ses sectateurs ont nié, suivant leurs principes, que Dieu fût présent quelque part par sa substance ; ainsi, selon eux, Dieu n’est immense que par sa connoissance & par sa puissance. Il faut mettre ici une grande différence entre le sentiment de ces derniers & celui des Sociniens ; car du sentiment des Sociniens, il s’ensuit que Dieu est renfermé dans un lieu ; que par conséquent il est sujet au changement, ce qui est une grande imperfection ; au lieu que dans le sentiment de Descartes, c’est au contraire une grande perfection à Dieu de ne pouvoir correspondre à un lieu, parce qu’autrement il seroit étendu & corporel, ce qui est absurde.

Ce qui a trompé les Manichéens & les Sociniens, c’est qu’ils n’ont pas pris garde qu’on ne peut pas accorder que Dieu soit présent quelque part par sa substance, qu’on ne soit en même tems forcé d’accorder qu’il est par-tout : car si Dieu étoit seulement quelque part, ou il y seroit librement & par sa volonté, ou nécessairement & par sa nature. On ne peut point dire qu’il y soit librement, parce qu’il pourroit passer de ce lieu dans un autre, ce qui détruit entiérement l’infinité, la simplicité & l’immutabilité de Dieu. On ne peut pas dire non plus que Dieu soit borné quelque part par sa nature, parce qu’il faudroit dire en même tems que par sa nature il a une maniere d’exister finie, ce qui est ridicule ; & d’ailleurs on n’apperçoit ni dans la nature de Dieu, ni dans celle du lieu, rien par où Dieu doive être plûtôt là qu’ici.

Les Scotistes admettent, 1°. deux sortes d’étendue. L’une qui est substance, l’autre qui est modification. La premiere a des parties substancielles, posées les unes hors des autres ; par conséquent elle est divisible, mobile & corporelle : la seconde est propre aux esprits. Elle a aussi des parties hors les unes des autres, mais distinguées seulement d’une maniere formelle, par conséquent cette étendue est indivisible. 2°. Ils soutiennent que Dieu a une étendue éternelle, nécessaire, infinie, par conséquent immobile ; de-là ils concluent que l’immensité de Dieu n’est point dans un lieu, mais qu’elle est plûtôt le lieu universel, & que Dieu est tout entier sous chaque partie de l’immensité.

Les Thomistes rejettent cette étendue formelle pour en substituer une virtuelle ; mais ils admettent avec les Scotistes, que Dieu est infiniment répandu hors de lui-même, & qu’il existe tout entier sous chaque partie de l’étendue créée. Je n’entrerai point dans le détail des raisons dont les deux partis appuient leur opinion ; tout le monde tombe d’accord qu’il y a plus de subtilité que de vraie Logique. Voy. Dieu & l’Espace.

IMMERSION, s. f. (Gramm.) action par laquelle on plonge quelque chose dans l’eau, ou dans tel autre fluide. Voyez Fluide.

Dans les premiers siecles du Christianisme, on baptisoit par immersion, par trois immersions. On prétend que cette coûtume subsiste encore en Portugal & chez les Anabatistes. Voyez Baptême. Elle a cessé dans le treizieme siecle dans l’église latine, & on lui a substitué le baptême par infusion, comme il se pratique aujourd’hui : mais le baptême par immersion est encore en usage dans l’église greque. (G)

Immersion, en termes d’Astronomie, se dit quelquefois lorsqu’une étoile ou une planete est si proche du soleil, qu’on ne peut la voir, parce qu’elle est comme enveloppée dans ses rayons. Voyez Occultation héliaque.

Immersion, se dit plus ordinairement pour signifier le commencement d’une éclipse de lune, c’est-à-dire,


le moment où la lune commence à être obscurcie, & à entrer dans l’ombre de la terre.

On dit la même chose, mais moins proprement, de l’éclipse du soleil, lorsque le disque de la lune commence à le couvrir, & à le dérober à nos yeux. Voyez Eclipse.

Emersion est le terme opposé à immersion, & c’est le moment dans lequel la lune commence à sortir de l’ombre de la terre, celui où le soleil commence à montrer les parties de son disque que la lune nous cachoit.

Comme la lune n’est jamais entierement obscurcie dans ses éclipses, mais qu’elle conserve une couleur rougeâtre, le moment précis de son immersion, ou de son entrée dans l’ombre, n’est pas aisé à déterminer par observation ; il en est de même du moment précis de l’émersion. Au contraire dans les éclipses de soleil, le moment de l’immersion, ou le commencement de l’éclipse est instantané & très-remarquable, parce que la partie éclipsée du disque du soleil n’est pas simplement obscurcie, mais entierement cachée. Le moment de l’immersion, dans les éclipses de lune, arrive en même tems pour tous les peuples de la terre, il en est de même du moment de l’émersion ; cependant comme ces momens sont difficiles à déterminer, il est très-rare que deux observateurs placés dans le même endroit, les déterminent précisément à la même heure.

Immersion, se dit aussi en parlant des satellites de jupiter, & sur-tout du premier satellite, dont l’observation est d’une si grande utilité pour la découverte des longitudes. Voyez Satellites.

On appelle immersion du premier satellite, le moment auquel cette petite planete nous paroît entrer dans le disque de jupiter ; & émersion, le moment auquel elle paroît en sortir.

On observe les immersions depuis la conjonction de jupiter avec le soleil jusqu’à son opposition, & les émersions, depuis son opposition jusqu’à sa conjonction. La commodité de ces observations consiste en ce qu’on les peut faire de deux jours l’un au moins, pendant onze mois de l’année.

L’immersion des satellites de jupiter dans l’ombre de cette planete, est beaucoup plus aisée à déterminer avec précision que l’immersion de la lune, parce que ces satellites étant fort petits, s’obscurcissent & disparoissent presque dans un instant. C’est ce qui fait que les éclipses des satellites de jupiter donnent la longitude avec plus de justesse que les éclipses de lune. Voyez Longitude. Chambers. (O)

IMMEUBLES, s. m. pl. (Jurispr.) sont des biens fixes qui ont une assiete certaine, & qui ne peuvent être transportés d’un lieu à un autre, comme sont les terres, prés, bois, vignes, & les maisons.

Il y a néanmoins certains biens, qui, sans avoir de corps matériel ni de situation fixe, sont réputés immeubles par fiction, tels que sont les droits réels, comme cens, rentes foncieres, champart, servitude, & tels sont encore les offices ; tels sont aussi, dans certaines coutumes, les rentes constituées, lesquelles, dans d’autres, sont réputées meubles.

Les immeubles se reglent par la loi de leur situation ; ils sont susceptibles d’hypotheque.

En cas de vente, le vendeur peut être restitué lorsqu’il y a lésion d’outre-moitié du juste prix.

Si le possesseur d’un immeuble est troublé, il peut intenter complainte.

Quand on discute les biens d’un mineur, il faut priser les meubles avant de venir aux immeubles.

Le retrait lignager a lieu pour tous les immeubles réels, tels que les héritages, & même pour certains immeubles fiefs, tels que les cens & rentes foncieres non-rachetables ; mais les offices, les rentes consti-