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critique & du discernement, mais ils sont remplis de contes puériles & ridicules.

Il faut avouer de bonne foi que plusieurs des légendaires qui les ont suivis, ont eu plus à cœur la réputation du saint dont ils entreprenoient l’éloge, que l’amour de la vérité, parce que plus elle est grande cette réputation, plus elle est capable d’augmenter le nombre des dévots & des charités pieuses.

C’est la chaleur du faux zele qui a rempli de tant de fables l’histoire des saints ; & je ne puis mieux faire que de justifier ces paroles, que l’irréligion ne me dicta jamais, qu’en les confirmant par un passage admirable de Louis Vives, un des plus savans catholiques du xvj. siecle. Quæ, dit-il, de iis sanctis sunt scripta, præter pauca quædam, multis sunt commentis fœdata, dùm qui scribit affectui suo indulget, & non quæ egit divus, sed quæ ille egisse eum vellit, exponit ; ut vitam dictet animus scribentis, non veritas. Puêre qui magnæ pietatis loco ducere mendaciola pro religione confingere ; quod & periculosum est, ne veris adimatur fides propter falsa & minime necessarium. Quoniam pro pietate nostrâ, tam multa sunt vera, ut falsa tanquam ignavi milites atque inutiles, oneri sint magis quam auxilio.

Ce beau passage est dans l’ouvrage de Vivès, de tradendis disciplinis, lib. V. p. 360. (D. J.)

Légende, s. f. (Hist. ecclés.) on a nommé légendes les vies des saints & des martyrs, parce qu’on devoit les lire, legenda erant, dans les leçons de matines, & dans les réfectoires de communautés.

Tout le monde sait assez combien & par quels motifs, on a forgé après coup tant de vies de saints & de martyrs, au défaut des véritables actes qui ont été supprimés, ou qui n’ont point été recueillis dans le tems : mais bien des gens ignorent peut-être une source soit singuliere de quantité de ces fausses légendes qui ont été transmises à la postérité pour des pieces authentiques, & qui n’étoient dans leurs principe que des jeux d’esprit de ceux qui les ont composées. C’est un fait dont nous devons la connoissance à l’illustre Valorio (Agostino), évêque de Vérone & cardinal, qui fleurissoit dans le xvj. siecle.

Ce savant prélat dans son ouvrage de Rhetoricâ christianâ, traduit en françois par M. l’abbé Dinuart, & imprimé à Paris en 1750 in 12, nous apprend qu’une des causes d’un grand nombre de fausses légendes de saints & de martyrs répandus dans le monde, a été la coutume qui s’observoit autrefois en plusieurs monasteres, d’exercer les religieux par des amplifications latines qu’on leur proposoit sur le martyre de quelques saints ; ce qui leur laissant la liberté de faire agir & parler les tyrans & les saints persécutés, dans le goût & de la maniere qui leur paroissoit vraissemblable, leur donnoit lieu en même tems de composer sur ces sortes de sujets des especes d’histoires, toutes remplies d’ornemens & d’inventions.

Quoique ces sortes de pieces ne méritâssent pas d’être fort considérées, celles qui paroissoient les plus ingénieuses & les mieux faites, furent mises à part. Il est arrivé de-là qu’après un long-tems, elles se sont trouvées avec les manuscrits des bibliotheques des monasteres ; & comme il étoit difficile de distinguer ces sortes de jeux, des manuscrits précieux, & des véritables histoires conservées dans les monasteres, on les a regardés comme des pieces authentiques, dignes de la lecture des fideles.

Il faut avouer que ces pieux écrivains étoient excusables, en ce que n’ayant en d’autres projets que de s’exercer sur de saintes matieres, ils n’avoient pu prévoir la méprise qui est arrivée dans la suite. Si donc la postérité s’est trompée, ç’a été plutôt l’effet de sou peu de discernement, qu’une preuve de la mauvaise intention des bons religieux.


Il seroit difficile d’avoir la même indulgence pour le célebre Simon Métaphraste, auteur grec du ix. siécle, qui le premier nous a donné la vie des saints pour chaque jour des mois de l’année, puisqu’il est visible qu’il n’a pu par cette raison les composer que fort sérieusement. Cependant il les a remplies & amplifiées de plusieurs faits imaginaires, de l’aveu même de Bellarmin, qui dit nettement que Métaphraste a écrit quelques-unes de ses vies à la maniere qu’elles ont pu être, & non telles qu’elles ont été effectivement.

Mais comment cela ne seroit-il pas arrivé à des historiens ecclésiastiques, par un pieux zele d’honorer les saints, & de rendre leurs vies agréables au peuple, plus porté ordinairement à admirer ceux qu’il revere, qu’à les imiter, puisque cette liberté s’étoit autrefois glissée jusque dans la traduction de quelques livres de la Bible.

Nous apprenons de saint Jérôme dans sa préface sur celui d’Esther, que l’édition vulgate de ce livre de l’Ecriture qui se lisoit de son tems, étoit pleine d’additions, ce que je ne saurois mieux exprimer que par les termes de ce pere de l’Eglise, d’autant mieux qu’ils vont à l’appui de l’anecdote de Valerio. Quem librum, dit-il, parlant d’Esther, editio vulgata lacinosis hinc indè verborum finibus trahit, addens ea quæ ex tempore dici potuerant & audiri, sicut solitum est scholaribus disciplinis sumpto themate, excogitare quibus verbis uti potuit qui injuriam passus, vel qui injuriam fecit. (D. J.)

Légende, (Art numismat.) Elle consiste dans les lettres marquées sur la médaille dont elle est l’ame.

Nous distinguerons ici la légende de l’inscription, en nommant proprement inscription les paroles qui tiennent lieu de revers, & qui chargent le champ de la médaille, au lieu de figures. Ainsi nous appellerons légende, les paroles qui sont autour de la médaille, & qui servent à expliquer les figures gravées dans le champ.

Dans ce sens il faut dire que chaque médaille porte deux légendes, celle de la tête & celle du revers. La premiere ne sert ordinairement qu’à faire connoître la personne représentée, par son nom propre, par ses charges, ou par certains surnoms que ses vertus lui ont acquis. La seconde est destinée à publier soit à tort, soit avec justice, ses vertus, ses belles actions, à perpétuer le souvenir des avantages qu’il a procurés à l’empire, & des monumens glorieux qui servent à immortaliser son nom. Ainsi la médaille d’Antonin porte du côté de la tête, Antonius Augustus pius, pater patriæ, trib. pot. cos. III. Voilà son nom & ses qualités. Au revers, trois figures, l’une de l’empereur assis sur une espece d’échafaut ; l’autre d’une femme de-bout, tenant une corne d’abondance, & un carton quarré, avec certain nombre de points. La troisieme est une figure qui se présente devant l’échafaut, & qui tend sa robe, comme pour recevoir quelque chose : tout cela nous est expliqué par la légende, liberalitas quarta, qui nous apprend que cet empereur fit une quatrieme libéralité au peuple, en lui distribuant certain nombre de mesures de blé, selon le besoin de chaque famille.

Cet usage n’est pas néanmoins si universel & si indispensable, que les qualités & les charges de la personne ne se lisent quelquefois sur le revers, aussi bien que du côté de la tête ; souvent elles sont partagées moitié d’un côté, moitié de l’autre, d’autres fois on les trouve sur le revers, où on ne laisse pas encore, quoique plus rarement, de rencontrer le nom même, celui d’Auguste par exemple, celui de Constantin & de ses enfans.

On trouve quelquefois des médailles sur lesquelles