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gures les représentent, d’un manche de bois garni d’une virole de cuivre.

Lime de cuivre a main, (Marqueterie.) à l’usage de ceux qui travaillent en pierres de rapport. Voyez Pl. de Marqueterie & Pierres de rapport.

Lime a découvrir, (Metteur en œuvre.) cet outil est une lime ordinaire détrempée, c’est-à-dire passée au feu pour lui faire perdre sa dureté, avec lequel on enleve le superflu des sertissures, en limant de bas en haut, & appuyant en même sens avec une certaine force jusqu’à ce que la matiere étendue par ce mouvement, s’amincisse & se coupe sur le feuilleti de la pierre. Si on se servoit d’une lime trempée, elle mordroit trop sur l’argent, & ne le presseroit pas assez sur la pierre, ce qui est un des principaux buts de cette opération.

Limes, en terme d’Orfevre en grosserie, c’est l’outil dont l’usage soit le plus universel avec le marteau parmi les Orfevres. Le grossiers se servent comme les Bijoutiers, Metteurs en œuvre, &c. des limes rondes, demi-rondes, plates, bâtardes, &c. Voyez toutes sortes de limes au bijoutier, Planche d’Orfév. & explic.

Lime plate à coulisse, en terme d’Orfevres en tabatiere, est une espece de lame de couteau taillée en lime sur le dos, dont on se sert pour ébaucher les coulisses. Voyez Coulisses. Voyez les Planches.

Il n’y a que les Orfevres grossiers, & ceux qui fabriquent les tabatieres d’argent, qui s’en servent ; les Bijoutiers en or ébauchent leurs coulisses avec une échope ronde, quelques-uns même la font toute entiere à l’échope, & s’ils se servent d’une lime, c’est de la cylindrique, pour la finir & la dresser parfaitement.

Lime ronde à coulisse, en terme d’Orfevres en tabatiere, est une petite lime exactement ronde & cylindrique qu’on insinue dans la coulisse pour la finir. Voyez Coulisse, & fig.

Cet outil demande bien des qualités pour être bon ; il doit être bien rond, exactement droit, d’une taille ni trop rude ni trop fine, & d’une trempe séche sans être cassante ; quoique celles d’Angleterre soient bonnes, souvent elles ne réunissent pas toutes ces qualités : nous avons un ouvrier à Paris & de Paris (le sieur Rollin) qui y réussit parfaitement, & il est à souhaiter qu’il ait des successeurs ; son ouvrage est desiré chez tous les étrangers, même par les Anglois.

Lime a palette, (Tailland.) c’est ainsi qu’on désigne entre les limes celle qui a une palette au bout de sa queue.

Lime ou Rape, (Pharmacie) instrument dont on se sert en Pharmacie pour réduire en poudre ou en particules déliées les substances qu’on ne peut pulvériser à cause de leur dureté ; telles sont la corne de cerf, le sassafras, les santaux, le gaïac, & autres substances semblables.

Lime, s. f. instrument de Chirurgie, dont se servent les dentistes pour séparer les dents trop pressées, diminuer celles qui sont trop longues, ôter des pointes ou inégalités contre lesquelles la langue ou les gencives peuvent porter, ce qui occasionne des ulcères, &c.

Les limes doivent être d’un bon acier & bien trempées ; on ne les fait pas faire chez les couteliers ; on les achete des quinquailliers qui en font venir en gros. La figure & la grandeur des limes sont différentes. Les plus grandes ont environ trois pouces de long, d’autres n’ont que deux pouces, & d’autres moins. Il faut en avoir de grandes, de petites, de larges, de grosses, de fines, & même plusieurs de chaque espece pour s’en servir au besoin. M. Fauchart, dans son traité intitulé le Chirurgien-Dentiste,


en décrit de huit especes ; 1°. une mince & plate qui ne sert qu’à séparer les dents ; 2°. une un peu plus grande & plus épaisse, pour rendre les dents égales en longueur ; 3°. une appellée à couteau, dont l’usage est de tracer le chemin à une autre lime ; 4°. une plate & un peu pointue, pour élargir les endroits séparés, lorsqu’ils sont atteints de carie ; 5°. une nommée feuille de sauge, qui a deux surfaces convexes, pour faire des échancrures un peu arrondies sur les endroits cariés ; 6°. une demi-ronde pour augmenter les échancrures faites avec la précédente ; 7°. une ronde & pointue, nommée queue de rat, pour échancrer & augmenter la séparation proche de la gencive ; 8°. enfin une lime recourbée, propre à séparer avec facilité les dents du fond de la bouche. Nous avons fait graver quelques limes droites, Planche XXV. fig. 8.

Il seroit trop long de décrire toutes les circonstances qu’il faut observer dans l’usage des limes. En général il faut les appuyer médiocrement lorsque les dents font de la douleur, & les conduire toûjours le plus droit qu’il est possible de dehors en dedans, & de dedans en dehors. Pour éviter que les limes ne soient trop froides contre les dents, & que la limaille ne s’y attache, on doit, lorsqu’on s’en sert, les tremper de tems en tems dans l’eau chaude, & les nettoyer avec une petite brosse. Quand on lime les dents chancelantes, il faut les attacher à leurs voisines par un fil ciré en plusieurs doubles, auquel on fait faire autant de tours croisés qu’il en faut pour affermir ces dents contre les autres. S’il y avoit un intervalle assez large entre la dent solide & la dent chancelante, on remplit cet espace avec un petit coin de bois ou de plomb en forme de coulisse.

L’attitude des malades & celle de l’opérateur sont différentes, suivant la situation de la dent, à droite ou à gauche, sur le devant ou dans le fond de la bouche, en haut ou en bas. Ce sont des détails de pratique qui s’apprennent par l’usage. M. de Garangeot dans son Traité des instrumens, après avoir parlé succintement des limes pour les dents & de leurs propriétés, assure avoir vû plusieurs personnes qui se sont fait égaliser les dents, & qui trois ou quatre ans après auroient souhaité qu’on n’y eût jamais touché, parce qu’elles s’étoient cariées. L’inconvénient de l’usage indiscret de la lime ne détruit pas les avantages que procure cet instrument lorsqu’il est conduit avec prudence, méthode & connoissance de cause. (Y)

Lime, machine à tailler les limes, les rapes, &c. Il y en a de plusieurs sortes, les unes pour tailler les grandes limes, d’autres pour tailler les petites ; mais la construction des unes & des autres a pour objet de remplir ces trois indications. Que la lime avance à la rencontre du ciseau qui doit la tailler d’une quantité uniforme à chaque levée du marteau ; que le marteau leve également à chaque passage des levées fixées sur l’arbre tournant, afin que les entailles que forme le ciseau soient d’égale profondeur, & que le ciseau, relevé par un ressort, se dégage de lui-même des tailles de la lime.

La machine représentée Pl. de Tailland. est supposée mue par une roue à aubes ou à pots, dont l’arbre porte un hérisson A, dont les aluchons conduisent les fuseaux d’une lanterne B, portée par un arbre horisontal 1 ; cet arbre est garni de plusieurs levées 2, 2, qui venant appuyer sur les queues 3, 3 des marteaux 5, 5, les élevent à chaque révolution de l’arbre autant de fois qu’il y a de levées dans sa circonférence.

Au devant de l’arbre sont élevés quatre poteaux espacés en trois intervalles égaux ; ces poteaux sont assemblés par leur partie inférieure dans une se-