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mats très-froids ou très-chauds, mais seulement dans les pays tempérés & couverts de bois. On en trouve en Espagne, en France, en Grece, en Italie, en Allemagne, en Suisse, &c. Voyez l’hist. nat. génér. & particul. tome. VIII. Voyez Rat dormeur, quadrupede.

Loir, le, Lidericus, (Géogr.) riviere de France qui prend sa source dans le Perche, passe à Illiers, à Chateaudun, à Claye, à Vendôme, à Montoire, à la Fleche, à Duretal, & se perd dans la Sarte à Briolé, une demi-lieue au dessus de l’île de S. Aubin.

LOIRE, la, (Géogr.) grande riviere de France. Elle prend sa source dans le Vivarais au mont Gerbier-le-joux, sur les confins du Velai, coule dans le Forès, le Bourbonnois, le Nivernois, cotoie le Berry, qu’elle sépare de l’Orléanois, arrose Gien & Orléans ; ensuite se tournant vers le sud-ouest, elle passe à Beaugency, à Blois, à Tours, puis vient à Saumur, sort de l’Anjou, entre dans la Bretagne, baigne Nantes ; & élargissant son lit, qui est semé d’îles, elle se perd dans l’Océan entre le Croisic & Bourgneuf.

Un poëte anglois a peint avec élegance les ravages que cause la Loire dans ses débordemens : je vais transcrire son tableau en faveur des lecteurs sensibles à la poésie de cette langue.

When this french river raisd’ with sudden rains,
Or snows dissolvd, o’erflows the adjoi’ning plains,
The husbandmen with high rais’d banks secure
Their greedy hopes ; and this he can endure :
But if with bays, and dams, they strive to force
His channel, to a new or narrow’r course,
No longer then within his banks he dwells,
First to a torrent, then a deluge swells ;
Stronger and fiercer by restraints he roars,
And knows no bound, but makes his pow’r his shores
.

Je voudrois bien que quelque bon françois nous peignît aussi le débordement excessif des droits honteux qu’on exerce sur cette riviere, sous prétexte de maintenir sa navigation, mais en réalité pour ruiner le commerce. On compte au-moins une trentaine de divers péages qui s’y sont introduits, indépendamment desquels on paie une imposition assez bien nommée le trépas de Loire, ainsi que les droits de simple, double, triple cloison, établis anciennement pour l’entretien des fortifications de la ville d’Angers. On n’en peut guere voir de plus cheres ni de plus mauvaises, à ce qu’assure un homme éclairé.

Le droit de boëte des marchands fréquentant la Loire, a été établi solemnellement à Orléans pour le balisage & le curage de la riviere, dont on ne prend aucun soin, malgré les éloges de ce curage, par le sieur Piganiol de la Force ; mais en revanche, dit avec plus de vérité l’auteur estimable des recherches sur les finances, une petite compagnie de fermiers y fait une fortune honnête & qui mérite l’attention du conseil, soit à raison du produit, soit à raison des vexations qu’elle exerce sur le Commerce.

LOIRET, (Géogr.) petite riviere de France en Orléanois, nommée par Grégoire de Tours Ligeretus, par d’autres Ligericinus, & par plusieurs modernes Ligerulus.

Elle tire sa naissance au-dessus d’Olivet, du milieu des jardins du château de la Source (que le lord Bollingbrocke, & depuis M. Boutin receveur général des finances, ont rendu la plus charmante maison de campagne qui soit aux environs d’Orléans), & coule jusqu’au-delà du pont de Saint Mesmin, où elle se jette dans la Loire, après un cours d’environ deux lieues.

Il s’en faut beaucoup que le Loiret soit une riviere dès son origine ; elle ne mérite même le nom de riviere qu’un peu au-dessus du pont de Saint Mesmin,


jusqu’à son embouchure dans la Loire, c’est-à-dire dans l’étendue seulement d’une petite demi-lieue. En effet, le bassin du Loiret dans cet espace ne contient communément d’eau courante que 500 piés cubiques, trois fois moins qu’il n’en passe sous le pont royal à Paris, où il s’en écoule à chaque instant 2000 piés cubiques, selon la supputation de Mariotte.

Cependant presque tous les auteurs ont parlé du Loiret, comme d’un prodige. Papyre, Masson, Coulon, Léon, Tripaut, François le Maire, Guion, Daviti, Symphorien, Corneille, Peluche, & tant d’autres, nous représentent le Loiret aussi gros à sa naissance qu’à son embouchure, par tout navigable, & capable de porter bateau à sa source même.

Je n’ai rien vû de tout cela sur les lieux, mais ce n’est pas mon témoignage que je dois donner. Il faut lire, pour s’assurer de l’exacte vérité des faits, les réflexions de M. l’abbé de Fontenu sur le Loiret, insérées dans le recueil historique de l’académie des Inscriptions, tome VI. où l’on trouvera de plus la carte détaillée du cours de cette petite riviere.

L’objet principal de l’académicien de Paris a été de rectifier & de ramener à leur juste valeur les exagérations des auteurs qui ont parlé de cette riviere, laquelle ne paroît considérable que parce que ses eaux sont retenues par des digues qui les font refluer dans son bassin.

Cependant M. de Fontenu, après avoir dissipé les fausses préventions dans lesquelles on est dans tout l’Orléanois au sujet du Loiret, convient que cette petite riviere est digne des regards des amateurs de l’histoire Naturelle.

Premierement, l’abondance des deux sources dont le Loiret tire son origine, est curieuse. On voit sortir du sein de la terre par ces deux sources, seize à dix-huit piés cubiques d’eau, qui rendent le Loiret capable dès-lors de former un ruisseau assez considérable. La grande source du Loiret prend de si loin son essor de dessous la terre, que l’antre d’où elle s’éleve est un abîme dont il n’a pas été possible jusqu’à-présent de trouver le fond, en en faisant sonder la profondeur avec 300 brasses de cordes attachées à un boulet de canon.

Cette expérience a été faite en 1583 par M. d’Entragues, gouverneur d’Orléans, au rapport de François le Maire ; & milord Bollingbroke répéta la même tentative, je crois, en 1732, avec aussi peu de succès. Toutefois cette maniere de sonder ne prouve pas absolument ici une profondeur aussi considérable qu’on l’imagine, parce que le boulet de canon peut être entraîné obliquement par l’extrème rapidité de quelque torrent qui se précipite au loin par des pentes souterraines.

Non-seulement la petite source du Loiret ne se peut pas mieux sonder, mais elle a cette singularité, que dans les grands débordemens de la Loire, son eau s’élance avec un bourdonnement qu’on entend de deux ou trois cent pas : la cause vient apparemment de ce que se trouvant alors trop resserrée entre les rochers à-travers desquels elle a son cours sous terre, elle fait de grands efforts pour s’y ouvrir un passage.

Ces deux sources du Loiret annoncent dans le pays, par leurs crues inopinées, le débordement de la Loire vingt ou vingt-quatre heures avant qu’on apperçoive à Orléans aucune augmentation de cette riviere. Ces crues inopinées prouvent que les sources du Loiret tirent de fort loin leur origine de la Loire, & qu’elles ne sont qu’un dégorgement des eaux de cette riviere qui s’étant creusé un canal très-profond, viennent en droiture se faire jour dans les jardins du château de la Source. Ces crues arrivent ici beaucoup plûtôt que la crue de la Loire de-