Page:Diderot - Le Neveu de Rameau.djvu/115

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une pierre, il me verrait tirer la langue d’un pied qu’il ne me donnerait pas un verre d’eau. Mais il a beau faire, à l’octave, à la septième : Hon, hon ; hin, hin ; tu, tu, tu, turlututu, avec un charivari de diable ; ceux qui commencent à s’y connaître, et qui ne prennent plus du tintamarre pour de la musique, ne s’accommoderont jamais de cela. On devait défendre par une ordonnance de police, à toute personne, de quelque qualité ou condition qu’elle fût, de faire chanter le Stabat de Pergolèse. Ce Stabat, il fallait le faire brûler par la main du bourreau ! Ma foi, ces maudits bouffons, avec leur Servante maîtresse, leur Tracallo, nous en ont donné rudement… Autrefois, un Tancrède, une Issé[1], une Europe galante, les Indes, Castor, les Talents lyriques[2], allaient à quatre, cinq, six mois ; on ne voyait point la fin des représentations d’une Armide[3]. À présent, tout cela vous tombe les uns sur les autres comme des capucins de cartes. Aussi Rebel et Francœur[4] en jettent-ils feu et flamme.

  1. Opéras de Destouches.
  2. Opéras et Ballet de Rameau.
  3. De Lulli.
  4. Directeurs de l’orchestre de l’Opéra.