Page:Diogène Laërce - Vies - tome 2.djvu/86

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que ceux, dont les discours étaient bien rangés, coulants et sans défaut, ressemblaient à la monnaie d’Alexandrie, qui quoique belle et bien marquée, n’en était pas moins de mauvais aloi : au-lieu que les propos d’autres, où il n’y avait ni suite, ni exactitude, étaient comparables aux pièces Attiques de quatre drachmes. Il ajoutait que la négligence surpassait quelquefois l’ornement dans les expressions, et que souvent la simplicité de l’élocution de l’un entraînait celui qui faisait choix de termes plus élevés. Un jour qu’Ariston, son disciple, énonçait mal certaines choses, quelques-unes hardiment, et d’autres avec précipitation : Il faut croire, lui dit-il, que votre père vous a engendré dans un moment d’ivresse. Il l’appelait babillard, avec autant plus de raison qu’il était lui-même fort laconique. Il se trouva à dîner avec un grand gourmand qui avalait tout, sans rien laisser aux autres. On servit un gros poisson, il le tira vers lui comme s’il avait voulu le manger seul, et l’autre l’ayant regardé, il lui dit : Si vous ne pouvez un seul jour souffrir ma gourmandise, combien pensez-vous que la vôtre doive journellement déplaire à vos camarades ? Un jeune garçon faisait des questions plus curieuses que ne comportait son âge. IL le mena vis-à-vis d’un miroir ; Voyez lui dit-il, regardez-vous, et jugez si vos questions sont assorties à votre jeunesse.