Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/112

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autre chose nécessaire à son entretien, le tout dans un lieu où le blé ne vaut pas un sol de débit, sitôt qu’il y en a un peu, où il n’y a aucun minéraux ni manufactures qui donnent rien aux habitants pour avoir leurs besoins. Tout cela bien considéré, on peut bien assurer le monde qu’on a plus à faire de bourses pleines qu’à remplir, si on veut donner les moyens aux colons de ces nouvelles terres de travailler à un établissement parfait au moyen des manufactures qui s’y peuvent élever peu à peu, que si les habitants n’ont rien dans ces commencements, comme produire de rien est un ouvrage de créateur et non de la créature, il ne faut pas attendre d’eux, mais plutôt il faut s’attendre de les voir périr dans leur nudité et besoin, à la grande compassion des spectateurs de leurs misères qui n’ont moyen d’y subvenir, au reste cette cupidité d’avoir est cause que tout le pays est sans armes, d’autant que le monde n’ayant plus de pelletrie, il à été obligé de les vendre pour avoir de quoi se couvrir, si bien que tout y est exposé aujourd’être la proie des Iroquois quand ils voudront recommencer à faire la guerre, le peuple n’ayant que les pieds et les mains pour toutes armes à se défendre ! Dont la cupidité réduit toutes les dépenses du roi dans un extrême péril d’être perdues avec un assez bon nombre de sujets qu’il a déjà dans ces quartiers qu’on pourrait rendre fleurissants, si on faisait valoir ce qui en pourrait sortir aussi bien et avec autant de politique que font nos voisins qui en usent avec tant de prudence tant au dehors qu’au dedans de leur pays, qu’ils ont la plus grande partie des pelleteries du Canada et que tout le monde est chez soi à son aise, au lieu qu’ici, il est communément misérable ; si les pelleteries ne valaient chez nous qu’un tiers moins que chez les étrangers nos voisins, tous les sauvoges viendraient ici et rien n’iraient chez les étrangers, car outre que les sauvages nous aiment mieux qu’eux, c’est que la chasse se fait chez nous et qu’ils ont la peine de la porter chez les étrangers avec beaucoup de peine.

De l’automne 1668 jusqu’à l’automne 1669 au départ des vaisseaux du Canada.


L’arrivée des ecclésiastiques de l’an dernier ayant grossi le clergé en ce lieu, M. l’abbé de Quélus trouva bon que deux prêtres allassent hiverner dans les bois avec les sauvages, afin de les instruire de notre religion et de s’instruire en même temps de leur langue ; ce qui réussit fort bien à l’un d’entre eux nommé M. Barthélémy, lequel a bien appris le langage des Algonquins et leur