Page:Dostoievski - Niétotchka Nezvanova.djvu/103

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Mais l’appel de la petite princesse lui parut si invraisemblable, que pendant un certain temps il refusa d’en croire ses oreilles. Il était rusé comme un chat, et pour ne pas avoir l’air de s’être aperçu de la faute de la personne qui ouvrait la porte, il s’approcha de la fenêtre, posa ses pattes puissantes sur le rebord et parut examiner la maison d’en face. En un mot, il se conduisait tout à fait comme un étranger en promenade qui s’arrête un moment pour admirer la belle architecture d’une maison. Mais son cœur battait d’une douce attente. Quels furent son étonneraient, sa joie, son enthousiasme quand, devant lui, on ouvrit toute large la porte en l’invitant, en le suppliant de monter et de satisfaire sur le champ sa légitime vengeance !

Avec des cris de joie, la gueule ouverte, terrible, victorieux, il partit en haut comme une flèche.

Son élan était si fort que la chaise qu’il rencontra sur sa route et qu’il repoussa d’un coup de patte alla retomber à deux mètres de là, après avoir fait un tour sur elle-même. Falstaff volait comme le boulet lancé d’un canon.

Mme Léotard poussa des cris d’épouvante… Mais Falstaff arrivait déjà à la porte défendue et la frappait avec ses deux pattes. Il ne réussit cependant pas à l’ouvrir, et se mit à hurler comme un perdu. En réponse éclatèrent les cris d’effroi de la vieille demoiselle. Mais déjà de tous côtés accouraient une légion d’ennemis ; toute la maison se portait en haut, et Falstaff, le terrible Falstaff, une muselière passée adroitement autour de sa gueule, les quatre pattes entravées, abandonna, vaincu le champ de bataille, tiré par une corde.

On envoya chercher la princesse. Cette fois, elle n’était pas disposée à accorder pardon ni grâce. Mais qui punir ? Elle devina tout de suite. Ses yeux tombèrent sur Catherine. C’était bien ça. Pâle, Catherine tremblait de peur. La pauvre petite princesse comprenait seulement maintenant les conséquences de sa polissonnerie. Les soupçons pouvaient tomber sur les serviteurs, sur des innocents, et Catherine était déjà prête à dire toute la vérité.

— C’est toi la coupable ? demanda sévèrement la princesse.

Je remarquai la pâleur mortelle de Catherine et, m’avançant, je prononçai d’une voix ferme :

— C’est moi qui ait laissé entrer Falstaff… sans faire