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LA RELIGION DES CELTES

Le rôle politique des druides dans l’ancienne Gaule nous est peu connu ; c’est seulement chez Dion Chrysostome que nous trouvons exprimée l’assertion que les rois ne peuvent rien décider sans les druides et qu’il serait juste de dire que ce sont eux qui commandent et que ces rois assis sur des trônes d’or, habitant de magnifiques demeures, sont leurs ministres et les serviteurs de leur pensée[1]. Est-ce d’une élection par les druides qu’il s’agit dans le passage où César nous parle de l’accession au pouvoir de Convictolitavis nommé selon l’usage de la cité par les prêtres, per sacerdotes more civitatis[2] ? N’est-ce pas à leur pouvoir moral plutôt qu’à leur pouvoir politique que les druides doivent d’avoir une grande autorité dans les affaires de la paix, aussi bien que dans celles de la guerre, et de pouvoir apaiser deux armées sur le point d’en venir aux mains en se jetant au milieu des combattants[3] ? Rien ne vient confirmer pour l’époque ancienne l’assertion de Dion Chrysostome. Si les druides avaient une influence politique, elle était sans doute due à leur situation personnelle et ne constituait pas un privilège de leurs fonctions. Diviciacus, dans les nombreux incidents de sa carrière politique, use si peu de sa qualité de druide qu’il semble que César ait ignoré qu’il l’était.

Le meilleur commentaire du texte de Dion Chrysostome se trouve dans une épopée irlandaise intitulée l’Enlèvement des vaches de Cualngé. Cûchulainn le héros d’Ulster, après avoir essayé de repousser à lui tout seul l’invasion des hommes de Connaught, est grièvement blessé ; il se voit alors forcé d’envoyer prévenir le roi Conchobar et l’armée des Ulates du danger qui les menace. Le messager arrive en vue de la forteresse et s’écrie : « On tue, les hommes, on enlève les femmes, on emmène les vaches,

  1. Discours, xliv.
  2. De bello gallico, vii, 33.
  3. Diodore de Sicile, v, 31, 5.