Page:Doucet - Moïse Joessin, 1918.djvu/62

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ou de marbre accrochaient les derniers rayons du jour.

Ayant tourné à angle droit, à l’autre bout, sous l’ombrage d’un saule vert, et par de là l’encerclement de pierre d’un peuple absent pour une éternité, dans un enclos de bois aux herbes incultes, nous découvrîmes, aux trois petits cailloux par nous jadis y déposés, l’endroit de la tombe déserte de l’homme fier qui ne ploya jamais que sous les coups redoublés de la grande faucheuse qu’est la mort. Le clocher vibrant dans l’Angelus du soir doucement s’était tu ; la brise rafraîchit soudain, et, retournant comme des cheveux en sueur, les hautes herbes sur la tombe de Moïse Joessin, fit passer son frisson vespéral dans le silence et sur la paix des os engloutis. Par delà le mur gris, des croix aux bras toujours tendus s’endormaient en prière.

Et nous comparions, sans nous le dire, et dans notre pensée, les morts qu’un souvenir veille,